
Cemetary a mué en Cemetary 1213. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus sur la première incarnation du groupe : jamais écoutée. En revanche, je vais vous dire ce que cette Beast Divine a dans le ventre.
J'avais entendu parler de cette formation comme appartenant à la scène gothique. Effectivement, l'intro incorporée à la première piste ne semble pas laisser de doute à ce sujet : mélodie spectrale sur fond de bruitages indus, thème électro récurrent — le ton est donné. Mais, passé la quarantième seconde, un truc spécial se produit. Ça commence par quelques roulements de caisse claire, sur lesquels vient s'incruster une phrase mélodique, puis on se prend une charge de double grosse caisse dans la figure, habilement secondée par un riff assez puissant pour éplucher une banane à distance. Inutile de vous dire qu'on a déjà entendu des trucs plus gothiques.
Le reste du morceau, passé la phase d'ignition, reste méchamment agressif, autant dans les guitares que dans la voix du chanteur, très éraillée. Et la double grosse caisse est vissée au taquet sur le refrain. Bon, après cette curiosité, la suite est plus classique et effectivement assimilable à la scène gothique. La plupart des recettes du style sont mises à contribution : boucles électroniques, voix plaintives, mélodies à forte charge émotionnelle, refrains qui lorgnent vers la pop, etc.
N'empêche, dès le quatrième titre, Cemetary 1213 nous refait une bizarrerie : un morceau lourd et tendu, avec un chant limite death. Après le thrash speedé du morceau d'ouverture, on nous propose ici la version lente et oppressante, avec un refrain qui s'envole vers des hauteurs mélodiques, caressant l'auditeur dans le sens du poil. En fait, ça fait diablement penser à ce que In Flames peut dernièrement produire, ou même un groupe de néo/power mélodique ricain lambda : alternance entre les vocalises gutturales et un chant clair et mélodique. Et ce sur une bonne partie de l'album.
Toutefois, il faut noter que ça marche très bien : c'est vraiment bien fait et très pro. On sent que le groupe a cherché à caser toutes ses influences sur une galette de 40 minutes, d'où un certain « effet compil' », qui donne l'impression de changer de groupe en même temps qu'on change de chanson. Parfois, on reconnaîtrait presque plusieurs formations au sein d'un même titre — je pense au dernier morceau, qui donne un peu l'impression que Slipknot a fait le début, et un groupe de heavy/goth le reste.
En tout cas, l'album est ultra compact et très court, puisqu'un ghost track (une reprise paraît-il) est planqué à la fin, la durée effective avoisinant les 35 minutes. C'est très peu, mais en contrepartie ça se digère très bien. De plus, de multiples interludes d'inspiration très typée Crest of Darkness viennent aérer cette galette. Au final, on revient souvent se coller ce Beast Divine entre les oreilles, ce qui n'est pas un mal.
Les titres à écouter absolument
The Lightning / Firewire : Celui-là, il le faut ! C'est le morceau d'ouverture, un pur titre de thrash mélodique décoiffant de puissance. Excellent !
Linking Shadows : Assez entraînant, dynamique et presque dansant s'il était dopé aux BPM, sans doute le morceau le plus original de Cemetary 1213.
Anthem Apocalypse : Le morceau de fin, qui résume bien le disque dans son ensemble avec sa manière binaire de faire cohabiter le chant clair et le chant agressif, mais toujours mélodique s'il vous plaît.