Image 1Ce qu'évoque le nom "Blur" pour moi, c'est incontestablement l'album orange. Pour moi, Blur c'est avant tout le groupe qui se perd dans sa brume islandaise, une musique assez sombre, underground, cachée, lo-fi mais classieuse en même temps. Des odeurs de sciure sur les enregistrements, quelques fantômes passant par-ci par-là. À y repenser, je trouve que toute la période britpop représente assez mal Blur.
Concernant l'écoute, une pensée m'a toujours traversé l'esprit en entendant du Blur : c'est une musique qui a quelque chose de malade. J'ai toujours été frappé par leur manière de faire des chansons avec une patte cassée. Attention ! Ceci n'est pas un reproche, au contraire. Ce qui me scotche à leur musique, c'est justement ce petit truc qui fonctionne pas et qui me pousse à creuser la chanson encore et encore. Cette dimension de dysfonctionnement est très perceptible sur The Great Escape (TGE) : le thème de la comédie humaine, Ernold Same a sa petite vie, tout le monde chante en chœur au karaoké, la grande évasion du week-end, mais au fond, tout ça ne rime à rien, ça ne tient pas debout, c'est de la poudre aux yeux dans une petite vie sans valeur aucune. Et on en fait une comédie musicale. C'est pas beau ce paradoxe ? Je pense que c'est cette dimension du "quelque chose qui cloche", aussi bien sur les thèmes chantés que dans les compositions, qui fait toute l'essence de la musique de Blur.
Pourquoi la musique de Blur est-elle unique ?
Image 2Si on prend deux hits de 95, Country House a quand même une dimension autre qu'Alright de Supergrass. Ce sont deux titres a priori yipee-yipee, sauf qu'au fond Country House est une chanson immensément triste. Un truc double face, très cynique. Graham faisait d'ailleurs remarquer que la musique de Blur n'était pas si simple que ça, et qu'il y avait en permanence une dimension de perversion, quelque chose d'intellectuel qui sous-tendait tout.
L'évolution du style et du cynisme
Image 4Tant qu'ils écrivaient à la troisième personne, non seulement le cynisme de leur musique collait admirablement bien avec leur thème principal (la comédie humaine des personnages de Damon, et en ligne de mire un dénoncement de la maladie de la société, cf The Universal), mais le style dans sa forme était également génial : de la pop anglaise mais amère, aigre. Du Who, des Specials, des Beatles, des Kinks, certes, mais privés de leur évidence, gênants quelque part. Tout n'allait pas de soi. Toujours ce petit quelque chose de travers... Comment réussissent-ils à donner cette ambiance malsaine à Stereotypes ? Mystère...
La transition vers l'introspection
Là où Blur a été décidément extrêmement fort, c'est lorsqu'ils ont abandonné la troisième personne. Privée d'appui extérieur, la musique s'est repliée sur elle-même, est devenue plus souterraine, moins colorée. Mais paradoxalement, peut-être pas plus sombre ni plus difficile d'accès, car beaucoup plus organique. L'album orange fut un pur exercice de forme : la musique de Blur vidée de tous ses personnages (qui finissaient par la bouffer toute entière) se redonnait une nouvelle vie en redémontrant l'étendue de ses capacités : les guitares redeviennent des guitares et non plus des harpes ou des banjos. Mais encore et toujours, quelque chose de malade dans la musique. Pourquoi Strange News est-il si désabusé ?
13 : l'apogée émotionnel
Image 6Comment un amalgame de blips peut-il marcher sur On Your Own ? Avec 13, la peine de cœur de Damon réalise le pont ultime entre Blur et sa musique : pour la première fois, leur musique et son côté obsessionnel servent une écriture à la première personne. 13 est le disque que je considère comme le sommet de l'art de Blur : des chœurs perdus ressassent inlassablement "Caramel" dans des chambres d'écho où se noie un indescriptible mal-être. Plus que jamais, Blur fait de la musique malade. "Tout ça ne devrait pas marcher", nous dit-elle. Et pourtant, on l'écoute.
3 albums essentiels à découvrir
Image 7Modern Life is Rubbish / The Great Escape / Think Tank
1992 - 1995 - 2003
À écouter de toute urgence
Image 8- Song 2
- Charmless Man
- Parklife
- Out of Time
- The Universal
- Globe Alone (bien sûr ^^)
- Battle
- Battery in Your Legs