
Dancer in the Dark : l'expérience cinématographique de Björk
Ce film témoigne des premiers (et derniers, car Björk a déclaré ne pas vouloir réitérer l'expérience) pas de la chanteuse sur le grand écran. Le controversé Lars von Trier est aux commandes de ce film étonnant, plein de messages et surtout terriblement touchant.
C'est l'histoire de Selma, ouvrière aveugle qui va se retrouver au centre d'un véritable concours de circonstances qui vont la mener plus loin que prévu, la poussant dans les retranchements les plus sordides de l'Amérique de l'époque. Dancer in the Dark est à la fois un mélodrame, une comédie musicale, un pamphlet contre la peine de mort, et un film d'auteur assez fidèle au principe du « Dogme 95 » (en gros, filmer à la façon d'un documentaire).
La musique est tout simplement magnifique. Je conseille à ceux qui ne connaissent pas encore Björk de commencer par voir le film avant de s'attaquer à sa discographie (la bande originale du film est disponible sous le titre Selmasongs). Ce film a rapporté à Björk le prestigieux prix de la meilleure actrice au festival de Cannes (le film a carrément remporté la Palme d'or !). Dancer in the Dark, c'est le sacrifice d'une mère pour son fils, c'est la dualité du rêve et de la réalité, c'est un grand bras d'honneur au réalisme.
Vespertine : la reine des neiges
En 2001 sort Vespertine, le 4ème album solo de Björk. Les critiques sont assez partagées : il y a les dithyrambiques d'une part qui affirment que l'artiste a atteint un paroxysme de magnificence (c'est aussi mon avis) et les ultra-sceptiques de l'autre qui détestent et s'endorment à l'écoute de cet album introspectif, à la fois chaleureux et glacial (il fallait le faire !).
Vespertine traite du confort enfoui dans l'être que nous sommes, des divers éléments qui font de nous ce que nous sommes devenus. Toutes les chansons sont ainsi assez low-tempo sans batterie, on est loin des jours électro de Björk. Ici, ce sont les celestas (sortes de clochettes) et les harpes qui se succèdent, le tout ayant pour fond les voix angéliques de l'« Iceland Choir », principal guest de l'album. La recherche introspective rend les titres de l'album assez ensommeillés, limpides et glacials (cette particularité venant sûrement du fait que l'artiste, d'origine nordique, ait en elle des sonorités plus polaires que les nôtres).
Album-concept, les titres sont indissociables les uns des autres, mis à part peut-être pour le morceau introductif « Hidden Place » qui servira d'ailleurs de single de promo. Quand on plonge dans les eaux glacées et sombres de la vespertine de Björk, ce n'est pas pour le temps d'une seule chanson. « Pagan Poetry » et « Unison » seront les instants que l'on retiendra, les deux rochers émotionnels au milieu de la rivière de glace.
Cet album connaîtra un succès mitigé, du moins par rapport aux autres, semi-échec commercial explicable par le fait que la première écoute de Vespertine désarçonne. On apprend en effet à apprivoiser et aimer cet album au bout de quatre voire cinq écoutes...
La clipographie de Björk : quand la musique rencontre l'image
Le cinéma a toujours été une des grandes passions de Björk, ce qui se ressent à travers sa musique, toujours très symbolique, servant en quelque sorte de bande originale à la pochette de ses albums, toujours très stylisée. Qui n'a jamais vu un clip de Björk n'a jamais vu un véritable clip ! Souvent difficile à suivre, la clipographie de l'artiste montre une évolution à chaque fois similaire à celle de sa musique.
À l'époque Debut, rien de très original (quoi que) : Björk dans la forêt avec des animaux pour « Human Behaviour », Björk faisant rêveusement une omelette dans « Venus as a Boy ». Jusqu'ici tout le monde suit. C'est à la sortie d'« Army of Me » que certains (dont moi) ont commencé à perdre le fil. Un gorille en salle d'hôpital, Björk à la recherche d'une précieuse pierre : qu'est-ce que cela a en rapport avec la chanson ? En fait, je dois avouer n'avoir compris la signification que de 2 clips à partir de là : « Nature is Ancient » ou l'union d'un spermatozoïde et d'un ovule, et « All is Full of Love » où l'union de deux robots (magnifique clip s'il en est).
Si dans les commentaires, certains ont des hypothèses à apporter, notamment sur la signification des clips « Possibly Maybe », « I Miss You », « Hunter », « Joga », « Pagan Poetry »... N'hésitez pas.
Björk a toujours tenu à cœur ses prestations live et un nombre incroyable de DVD sont mis en vente (à peu près un pour chaque album + les prestations MTV).
Medúlla : expérimentations vocales sous-marines
Derniers albums en date : Medúlla et Drawing Restraint 9... Des expérimentations sur la voix humaine très différentes de ce que Björk avait fait jusqu'à présent : on aime ou on n'aime pas... Moi, j'aime pas (!). Étonnamment, alors que c'est sûrement son album le moins abordable, Medúlla a connu un véritable succès commercial : il s'est hissé à la première place des charts français dès la première semaine, la chanson « Oceania » a été choisie pour l'ouverture des JO de Sydney...
Les fans de groupes assez « space » comme Cocorosie apprécieront Medúlla et Drawing (qui sert de bande originale à une... exposition de peinture !), les autres zapperont après « Where Is the Line » et « Who Is It », les seuls morceaux à peu près potables, d'après moi. Reste l'originalité, qui pour sûr, y est !
Que nous réserve la sculptrice de sons pour les années à venir ? Sûrement pas des concessions au vu de son évolution dernièrement, mais peut-être un retour à quelque chose de plus esthétique et de moins... disons « étrange ». Un album world-électro avec des chœurs africains mêlés à des sons transgéniques, ça serait pas génial, ça ? !