
Les débuts de Björk : des Sugarcubes à "Debut"
Sugarcubes, cela vous dit quelque chose ? Il s'agit du premier groupe de Björk, qui avait connu un certain succès (c'était, il est vrai, il y a un certain temps) dans le monde rock-alternatif avec des titres comme « Birthday » ou « Deus ». Rien de très grave si vous ne connaissez pas : les fans de Björk ne seront pas exactement ceux des Sugarcubes. L'aspect rétro-punky des morceaux de ce groupe peut faire sourire à la première écoute, la voix de l'Islandaise (gonflée à bloc) flirtant avec le ton gueulard parfois désagréable.
Reportez-vous plutôt sur Gling-Gló, un collectif jazzy dont Björk assurait le lead vocal à ses débuts. Celui-ci, pour le coup, est fidèle à l'esprit de la chanteuse qui jette un brin d'excentricité sur des morceaux qui ne le sont pas forcément au départ. Le tout est assez agréable à écouter, plutôt drôle, rappelant un peu l'esprit de « It's Oh So Quiet » mais avec une formation plus réduite.
Bref, quand Björk débarque avec son premier album solo Debut, c'est avec un bagage déjà bien rempli d'expériences studio et scéniques. Debut est un album pour discothèque qui utilise les principes fondamentaux de la house et de la dance pour les beats, de la pop pour les mélodies. Mais là où réside la particularité de cet album, c'est dans son métissage instrumental :
- Traditionnel d'une part (comme les percussions indonésiennes sur « Human Behaviour », la cornemuse sur « The Anchor Song »)
- Électro d'autre part (le beat récurrent de « Venus as a Boy »)
Et comme c'est du Björk, on assiste bien évidemment à quelques excentricités, comme ce titre caché au beau milieu de l'album, ou encore celui qui est enregistré en live dans les toilettes d'un grand hôtel.
L'album connaîtra un vif succès mondial, mais c'est le suivant, Post, qui révèlera véritablement Björk au grand public.
"Post" : la consécration mondiale
La pochette colorée de Post fait penser au « City Life » de Steve Reich, ce qui peut induire en erreur car l'intérieur n'est pas forcément très urbain. On trouve des morceaux aux beats plus lourds et industriels que jamais (« Army of Me », « Enjoy ») avec, en parallèle, quelques titres assez flottants (« Possibly Maybe », « Headphones »). Dans la suite logique de Debut, mais en plus fouillé, cet album a dépassé la barre des 3 millions de ventes dans le monde et demeure à ce jour LE succès de Björk.
"Homogenic" : le tournant expérimental de 1997
1997 fut une année difficile pour Björk. Elle agresse sauvagement une journaliste (les images ont fait le tour du monde) qui s'en prenait à son fils, doit composer avec les tensions entre ses deux amants de l'époque, et se retrouve sur un piédestal de verre. Tout le monde attend Björk au tournant : après le succès gigantesque de Post, les critiques espèrent encore mieux, car « aussi bien » ne serait pas suffisant et indiquerait la stagnation, tandis que « moins bien » annoncerait le déclin.
Dans cette atmosphère malsaine, Björk réussira pourtant à se surpasser pour créer Homogenic (selon moi son meilleur album à ce jour), un disque noir, engagé et profondément influencé par l'Asie (la pochette représente d'ailleurs Björk en geisha). Homogenic affirme un thème récurrent : celui de sortir plus fort de nos douleurs intérieures afin de sauver le monde.
On passe ainsi par plusieurs étapes :
- La mise en scène de la douleur, merveilleusement illustrée dans « Bachelorette » (« I am a path of cinders burning under your feet, I am a fountain of blood in the shape of a girl »), peut-être sa chanson la plus connue à ce jour
- La prise de conscience (« How can I be so immature ? » — Immature)
- Le désir de rétablir la paix (« I knew I could organise freedom ! » — Hunter ; « This is an alarm call, wake up now » — Alarm Call)
- Le plaisir suprême d'avoir soi-même trouvé la paix intérieure (« This state of emergency : how beautiful to be... » — Jóga ; « All Is Full of Love »)
Récurrence aussi dans les orchestrations : les cordes symbolisent le sang qui coule dans les veines (tellement perceptible sur « Jóga »...), les timbales les battements du cœur, et la voix de Björk, la peau, la chair.
Partie 2 : chronique de « Vespertine » et de « Dancer in the Dark », et zoom sur la clipographie de l'artiste.