
Pas si simple.
Beck et Nigel Godrich : un duo créatif au sommet
Contre toute attente, sur ce 9e album, Beck Hansen redresse la barre. Nettement moins à la ramasse que sur le catastrophique Guero où la star bricoleuse recyclait ses vieux gimmicks de manière trop visible... Conçu avec Nigel Godrich (qui avait déjà produit le très sombre Sea Change en 2002), The Information montre un Beck aux idées claires, ordonnées. On suppose que le producteur de Radiohead a aidé l'artiste dans cette tâche d'agencement. « Il est connu pour ça. Sa production est très naturelle. On a essayé de fabriquer un disque comme Odelay, mais en version live. En gros, on a utilisé la technologie de 1971 pour faire un truc moderne. Il y a beaucoup de beats, de live, de cris, c'est un peu plus simple que ce que j'ai fait avant. Il y a plus d'espace, et des squelettes aussi, des robots, des femmes à moustache. » Plus concrètement, ce sont 15 titres foutraques mais limpides, où l'on retrouve toute la palette sonore du recycleur Beck : basse medium sixties, synthés qui font « pouêt pouêt », guitares cradingues, beats hip-hop, etc. Sur deux bons tiers de l'album, le blond garçon a décidé de rapper à nouveau. À ce phrasé hip-hop de trentenaire désabusé, on préfère les passages où Beck se concentre sur une ligne de basse, une belle suite d'accords et en sort une chanson royale dans la lignée Gainsbourg/Air (« Think I'm in Love », qui évoque le « Contact » de BB). Ce catalogue luxueux des possibilités de production modernes, Beck l'excentrique a mis un temps fou à le réaliser. Il décrit des séances de studio harassantes, étalées sur deux ans et entrecoupées par les autres chantiers de Godrich. Surtout, Beck n'aurait-il pas le syndrome du musicien qui a trop de jouets à sa disposition ?