
Anathema : les débuts doom metal à Liverpool
Tout commence en 1990 dans la banlieue de Liverpool, autour des frères Cavanagh. Après une démo et quelques premières parties de concerts prestigieux, ils se font très rapidement signer sur un gros label de metal. Les albums Serenades, Crestfallen et Pentecost III jettent les bases de leur style : un doom metal agressif par moments, calme à d'autres, avec un tempo lent et une noirceur à toute épreuve. Mais un point commun reste omniprésent : la tristesse qui se dégage de chaque chanson vous prend à la gorge et ne vous lâche plus tout au long de l'album.
Vincent Cavanagh au chant : l'émotion brute
En 1995 arrive The Silent Enigma avec un changement notable : le chanteur a fait ses valises et c'est donc Vincent Cavanagh qui, à contre-cœur, prend les rênes. Le pauvre ne sait absolument pas chanter. Pourtant, l'émotion qui se dégage de sa voix comble largement ses lacunes. Musicalement, le tempo est un peu plus rapide, le son est moins grave, mais le résultat est quasiment le même : de la tristesse palpable à chaque instant.
Eternity : l'abandon des voix death
1996, c'est l'année de l'« Antéchrist Superstar » de Marilyn Manson, mais aussi celle de l'album Eternity. Le chant de Vincent Cavanagh s'améliore tout en proposant toujours autant d'émotion et de tristesse à l'état brut, ce qui le rend terriblement attachant. On sent la douleur et on compatit à chacune de ses interventions vocales. Les voix « death » ont disparu et ne reviendront plus jamais, laissant exclusivement la place à des voix claires. Encore un album très sombre, comme en témoignent des morceaux comme Suicide Veil ou Cries On The Wind. C'est aussi un album expérimental, avec beaucoup de sonorités étranges ou peu courantes — qui rappellent Pink Floyd par moments.
Alternative 4 : le tournant musical vers un rock atmosphérique
1998 marque un changement notable. Alternative 4 est gorgé de claviers, et surtout, Vincent a appris à chanter, et pas n'importe comment ! Sa voix est toujours aussi chargée de souffrance, mais il chante vraiment bien, c'est impressionnant. La musique quant à elle reste magnifiquement triste et hypnotique.
Judgement : l'album de la consécration
L'album suivant, Judgement, sort en 1999. Quasi exclusivement joué à la guitare acoustique, cet album est, à mon sens, le plus beau d'Anathema. Et « One Last Goodbye » est certainement une des chansons les plus belles et tristes qu'il m'ait été donné d'entendre. Le clavier a disparu mais le résultat est le même : une tristesse insondable, d'autant plus que la mère des frères Cavanagh est décédée entre Alternative 4 et cet album. Les compositions et les paroles prennent alors tout leur sens : cet album lui est dédié, tout simplement.
A Fine Day to Exit : la reconnaissance finale
2001, dernière livraison studio des Anglais. Anathema s'est fortement inspiré de la pop anglaise pour cet album, très influencé par Radiohead et Jeff Buckley (mais n'allez pas croire non plus que ça ressemble à du Robbie Williams !). À présent, il n'y a plus rien à voir avec le doom teinté de death metal de leurs débuts. Le chant de Vincent Cavanagh atteint ici son sommet — quel changement par rapport à ses débuts ! Les guitares et le clavier sont plus présents que sur Judgement. Au final, un album superbe qui demande du temps avant de rentrer complètement dedans.