Un char russe détruit et rouillé abandonné sur une route en zone rurale ukrainienne.
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Zéro gain territorial russe en Ukraine en mars 2026 : explications

Zéro gain territorial russe en mars 2026 : derrière ce bilan inédit se cachent 6462 drones, des soldats enterrés un an et une Ukraine vulnérable par manque de missiles Patriot.

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En mars 2026, l'armée russe n'a conquis aucun kilomètre carré en Ukraine. Zéro. Un chiffre vertigineux quand on se souvient des offensives meurtrières de ces dernières années. C'est la première fois depuis septembre 2023, soit deux ans et demi, que l'avancée tombe à ce niveau absolu. Mieux encore : les forces ukrainiennes ont repris 9 km² sur l'ensemble du front. Moscou contrôle toujours un peu plus de 19 % du territoire ukrainien après quatre années d'invasion, dont environ 7 % déjà sous sa coupe avant 2022 — Crimée et poches du Donbass. Mais pour la première fois depuis longtemps, la ligne de front n'a pas bougé d'un millimètre en faveur du Kremlin. Comment en est-on arrivé là, alors que la machine de guerre russe semblait irrésistible il y a encore quelques mois ? !PROTECTED_0

Front ukrainien figé en mars 2026 : données et historique

Carte de l'invasion russe de l'Ukraine montrant les avancées et les zones de bombardement en février 2022.
Carte de l'invasion russe de l'Ukraine montrant les avancées et les zones de bombardement en février 2022. — (source)

L'Institute for the Study of War (ISW), en collaboration avec le Critical Threats Project de l'American Enterprise Institute, a compilé les données de contrôle territorial pour le mois de mars 2026. Le résultat est sans appel : un gain net de 0 km² pour la Russie. L'analyse, reprise par Le Figaro et RTE, confirme ce que les cartographes du conflit observent depuis des semaines : la ligne sur la carte se fige, comme un électrocardiogramme plat au milieu d'une bataille.

Le front ukrainien, figé en mars 2026, s'étend sur plus de 1 000 km du nord-est au sud-est du pays

Méthodologie de l'ISW et gain net à zéro

La méthodologie de l'ISW est rigoureuse et exclut délibérément les opérations d'infiltration ponctuelles au-delà de la ligne de front ainsi que les revendications russes non confirmées de manière indépendante. Les analystes croisent les images satellites, les données de signaux radio, les rapports des deux états-majors et les témoignages de terrain pour établir un contrôle territorial quotidien. On ne parle donc pas de propagande, mais de géographie vérifiée. Quand l'ISW dit zéro, c'est que la géographie le confirme.

Carte du renseignement britannique illustrant les zones contrôlées par la Russie et les axes d'avancée en février 2023.
Carte du renseignement britannique illustrant les zones contrôlées par la Russie et les axes d'avancée en février 2023. — (source)

Dernier zéro territorial daté de septembre 2023

Pour mesurer l'ampleur de cet événement statistique, il faut replonger dans l'historique du conflit. La dernière fois que la Russie n'avait pas enregistré de gain territorial sur un mois complet, c'était en septembre 2023. Depuis, la progression avait été continue, même lorsqu'elle se réduisait à quelques hectares par jour. Ce retour à zéro ne constitue pas un simple accident calendaire. Il marque une rupture de rythme profonde dans la dynamique du conflit, une première en trente mois de guerre d'usure. Comme l'avait souligné Emmanuel Macron en qualifiant d'échec total la stratégie russe, les résultats territoriaux de Moscou sont en décalage croissant avec les moyens déployés.

19 % du territoire ukrainien sous contrôle russe

Moscou contrôle toujours un peu plus de 19 % du territoire ukrainien après quatre années d'invasion. Mais ce chiffre global masque une réalité historique : environ 7 % de cette surface était déjà sous coupe russe avant février 2022 — la Crimée annexée en 2014 et les poches séparatistes du Donbass. L'invasion à grande échelle n'a donc « rapporté » que 12 points de pourcentage supplémentaires en quatre ans de combats acharnés, au prix de centaines de milliers de victimes. Le zéro de mars ne gomme pas ces gains antérieurs. Il les fige, les rend presque intangibles — comme si la ligne de front s'était cristallisée dans le paysage.

Carte de l'incursion de 2025 dans l'oblast de Belgorod illustrant les zones contrôlées par l'Ukraine et la Russie ainsi que la zone contestée.
Carte de l'incursion de 2025 dans l'oblast de Belgorod illustrant les zones contrôlées par l'Ukraine et la Russie ainsi que la zone contestée. — Bukansatya / CC BY-SA 4.0 / (source)

Soldats ukrainiens bloqués un an dans les tranchées sans rotation

Le zéro sur la carte ne signifie pas le calme sur le terrain. Si le front ne bouge pas, les soldats, eux, restent sur place — parfois jusqu'à un an sans être relevés. C'est ce que les reportages de France Info révèlent avec une précision chirurgicale : ce qui était autrefois considéré comme exceptionnel — et publiquement reconnu par Volodymyr Zelensky — est devenu « presque banal ». Les drones rendent toute extraction périlleuse, et les commandants hésitent à risquer des vies pour des relèves qui peuvent tourner au désastre. Un front gelé ne ressemble en rien à la paix. C'est l'enfermement souterrain prolongé, une forme de détention militaire où la survie se mesure en mètres de profondeur.

Témoignage d'un soldat : 130 jours sous terre

Un soldat ukrainien ayant passé 130 jours consécutifs au front a raconté à France Info la destruction de sa position par des drones ennemis : « C'était terrible. Mais on avait tellement creusé pour s'enfoncer un peu plus sous la terre qu'on a survécu sans blessure. » Cette phrase résume à elle seule la réalité du combat en 2026. La survie ne dépend plus de manœuvres tactiques brillantes, de contre-attaques coordonnées ou de supériorité numérique. Elle dépend de la profondeur du trou. Les soldats creusent, creusent encore, s'enfoncent dans la terre comme des taupes. Le front ne bouge pas parce que les hommes sont littéralement enterrés vivants, transformés en occupants permanents de bunkers improvisés.

Trois soldats ukrainiens dans un abri sombre et improvisé près de la ligne de front.
Trois soldats ukrainiens dans un abri sombre et improvisé près de la ligne de front. — (source)

Relèves à 140 km/heure pour échapper aux drones

Quand une rotation devient nécessaire, elle prend des allures de film d'action. Un chauffeur d'élite ukrainien a décrit comment il extrait des soldats du front à 140 km/heure pour semer les drones de reconnaissance et d'attaque qui traquent tout mouvement. « On a quand même eu un drone ennemi. J'ai roulé à 140 km/heure. Il n'a pas réussi à nous rattraper », raconte-t-il. Cette vitesse folle est devenue la norme pour les relèves, rendant les rotations à la fois rares et traumatisantes. Un commandant a témoigné de l'angoisse de ces extractions : « Dans le froid et l'humidité, on entendait le son des drones au-dessus de nous. À ce moment-là, j'étais assis et je priais. »

Deux soldats manipulant une tablette et une télécommande de drone près d'un véhicule militaire en Ukraine.
Deux soldats manipulant une tablette et une télécommande de drone près d'un véhicule militaire en Ukraine. — (source)

Détérioration psychologique dans les positions souterraines

La conséquence directe de cette impossibilité à se déplacer est une détérioration psychologique que les chiffres ne captent pas. Des hommes restent dans des positions souterraines pendant des semaines, des mois, sans voir la lumière du jour autrement qu'à travers un viseur. Le froid, l'humidité, le bruit permanent des drones et de l'artillerie fabriquent un environnement carcéral. Le mot « traumatisme » perd son sens quand le traumatisme n'est pas un événement ponctuel — c'est la condition même de l'existence quotidienne. Le front ne bouge pas parce que les hommes ne peuvent plus bouger, physiquement et mentalement. Cette réalité de guerre d'usure en 2026 rappelle à quel point le conflit s'est enlisé dans une logique de destruction pure.

Décélération de l'offensive russe de 319 km² à zéro depuis janvier 2026

Maintenant que la réalité du terrain est posée, il faut remonter la courbe pour comprendre que mars 2026 n'est pas un accident isolé. C'est l'aboutissement d'un ralentissement progressif, mesurable mois par mois, qui raconte l'épuisement de la machine offensive russe. Selon les données compilées par RTE, les chiffres parlent d'eux-mêmes et dessinent une trajectoire de décroissance accélérée. Ce n'est pas un effondrement soudain, c'est une asphyxie lente et méthodique, comme un moteur qui perd ses cylindres un par un.

Courbe des gains russes : 319, 123 puis 0 km²

Trois chiffres résument l'histoire : 319 km² en janvier 2026, 123 km² en février 2026, et 0 km² en mars. La visualisation est saisissante. Janvier avait déjà marqué un net ralentissement par rapport aux mois précédents. Février représentait le mois le plus faible depuis avril 2024, un signal d'alerte que peu d'observateurs avaient alors pleinement mesuré. Mars a fait passer cette baisse à zéro absolu, comme si la courbe avait heurté un mur. L'accélération du ralentissement est elle-même accélérée — un paradoxe qui caractérise les guerres d'usure à leur stade terminal.

Premier trimestre 2026 deux fois moins productif qu'en 2025

La comparaison interannuelle achève de donner sens à cette tendance. Sur le premier trimestre 2026, les gains territoriaux russes représentent environ 50 % de ceux réalisés sur la même période en 2025. La machine de guerre russe ne s'est pas arrêtée d'un coup. Elle perd en efficacité depuis des mois, de manière continue mais invisible tant qu'on ne regarde pas les agrégats. Cette division par deux en un an dit quelque chose de fondamental : chaque kilomètre conquis coûte aujourd'hui deux fois plus qu'il y a douze mois. À ce rythme, l'équation mathématique de la guerre penche inexorablement vers l'impasse.

Rendements décroissants face aux défenses ukrainiennes

Ce que la courbe illustre, c'est un principe économique transposé au champ de bataille : la loi des rendements décroissants. Les premières lignes de défense ukrainiennes, construites pendant l'hiver 2023-2024, étaient les plus solides. Les avoir franchies a coûté cher. Les secondes lignes, renforcées depuis, sont tout aussi denses. Chaque nouveau kilomètre exige davantage de troupes, davantage de munitions, davantage de temps — pour un résultat de plus en plus maigre. La Russie ne manque pas nécessairement d'hommes ou de matériel. Elle manque de rendement. Elle investit de plus en plus pour rapporter de moins en moins, jusqu'à ce zéro de mars qui ressemble au point mort d'une équation insoluble.

Gains et pertes territoriales russes à Kramatorsk et Dnipropetrovsk

Le zéro gain net mérite cependant d'être précisé, car il recouvre une réalité plus complexe qu'une simple immobilité. D'après l'analyse détaillée par Le Figaro, la Russie a bel et bien avancé à certains endroits — mais elle a simultanément reculé à d'autres. Le zéro est un solde comptable, le résultat d'additions et de soustractions qui s'annulent, pas une photographie d'un front totalement statique. Comprendre cette arithmétique, c'est comprendre la nature même de la guerre de position en 2026.

Poussée russe de 50 km² vers Kramatorsk au nord

Au nord du secteur de Donetsk, les troupes russes ont gagné environ 50 km² en direction de Kramatorsk et Sloviansk, deux villes stratégiques que Moscou cherche à atteindre depuis des mois. Cette poussée n'est pas négligeable sur le plan tactique : elle rapproche les lignes russes de ces objectifs urbains majeurs et maintient la pression sur les défenses ukrainiennes de la région. L'offensive nord n'a donc pas cessé. Elle a simplement été compensée, dans le bilan global, par des pertes subies sur un autre segment du front.

Trois soldats en tenue de combat armés de fusils se tenant en formation sous un ciel nuageux en Ukraine.
Trois soldats en tenue de combat armés de fusils se tenant en formation sous un ciel nuageux en Ukraine. — (source)

Poche sud rétrécie de 400 km² à 144 km² en trois mois

C'est dans la zone frontalière entre le Donetsk et le Dnipropetrovsk que s'est joué le contrepoids de cette avancée nord. La poche sous contrôle russe dans ce secteur est passée de plus de 400 km² en janvier à 200 km² en février, puis 144 km² en mars. Les forces ukrainiennes ont méthodiquement grignoté ce territoire, réduisant la saillie russe comme on rétrécit une peau de chagrin. Le net zéro de mars est donc le produit de deux mouvements opposés qui s'annulent parfaitement — l'image la plus exacte possible d'une guerre de position à l'équilibre.

Un char russe détruit et rouillé abandonné sur une route en zone rurale ukrainienne.
Un char russe détruit et rouillé abandonné sur une route en zone rurale ukrainienne. — (source)

Bilan net trompeur d'une guerre de mouvements contraires

Cette arithmétique rappelle une vérité fondamentale de l'analyse militaire : le bilan net est un résumé commode mais trompeur. Derrière le zéro se cachent des dizaines de combats locaux, des centaines de positions attaquées et défendues, des milliers d'obus tirés. Le soldat qui meurt en défendant un hectare repris le lendemain n'est pas un chiffre nul. Le solde territorial efface la violence réelle du conflit, la transforme en une ligne plate sur un graphique. Ce type de statistique donne l'impression d'un calme trompeur alors que le terrain, lui, tremble sous les impacts.

Record de drones russes en mars 2026 malgré zéro gain territorial

Voici le paradoxe central de ce mois de mars 2026 : le front terrestre ne bouge pas d'un mètre, mais l'intensité du combat atteint des niveaux records. La Russie a tiré au moins 6 462 drones de longue portée sur l'Ukraine en mars, un chiffre vertigineux qui traduit une stratégie de substitution. Faute de pouvoir percer au sol, Moscou bombarde par le ciel. Et ce n'est pas tout : le 19 mars, l'Ukraine a détruit 32 systèmes d'artillerie russes en une seule journée. Le 28 mars, l'état-major ukrainien a déclaré 1 300 soldats russes tués ou blessés en vingt-quatre heures. Le zéro territorial cache une bataille d'une violence inouïe.

6 462 drones tirés, un record absolu depuis 2022

Ce chiffre de 6 462 drones représente une hausse de 28 % par rapport à février 2026 — et c'est le deuxième mois consécutif de progression. Surtout, c'est le plus haut volume mensuel enregistré depuis le début de l'invasion en février 2022. Les drones servent aujourd'hui à tout : reconnaissance, ajustement d'artillerie, frappes directes, terreur psychologique. Ils remplacent progressivement l'artillerie conventionnelle là où les munitions manquent ou les canons sont détruits. Le ciel ukrainien est devenu le véritable front de cette guerre, saturé d'engins qui ne dorment jamais.

1 300 soldats russes perdus en une journée

Le 28 mars, selon les chiffres de l'état-major ukrainien — qu'il convient de manier avec la prudence habituelle pour les bilans de guerre — la Russie a perdu 1 300 soldats en une seule journée. Des chiffres similaires de plus de 1 000 pertes quotidiennes ont été rapportés tout au long du mois. Croisés avec les 32 systèmes d'artillerie détruits le 19 mars, ces données dessinent le portrait d'une armée qui dépense un capital matériel et humain colossal pour un résultat territorial strictement nul. C'est l'absurdité mathématique de la guerre de position poussée à son paroxysme : on meurt par milliers pour ne pas avancer d'un mètre.

Un soldat observant un parachutiste en descente au-dessus d'un champ en Ukraine.
Un soldat observant un parachutiste en descente au-dessus d'un champ en Ukraine. — (source)

Drones comme substitut aux offensives terrestres

Ce glissement tactique est fondamental. Faute de pouvoir percer les lignes ukrainiennes au sol, la Russie a déplacé le centre de gravité de son effort de guerre vers les frappes aériennes par drones. Le front terrestre est gelé, mais le ciel est saturé. Cette stratégie de substitution a une logique : les drones coûtent moins cher que des assauts d'infanterie, ils réduisent les pertes propres en théorie, et ils maintiennent la pression sur l'Ukraine sans exiger de percée décisive. Le problème, c'est que les résultats territoriaux de cette approche sont visiblement nuls. On frappe, on détruit, on terrorise — mais on ne conquiert pas.

Après le résultat et le paradoxe, il faut chercher les causes. Pourquoi la machine russe est-elle soudain grippée ? L'ISW, cité par Le Figaro, identifie trois facteurs explicatifs, dont deux sont purement logistiques et presque invisibles dans les comptes rendus habituels du conflit. Les contre-offensives ukrainiennes jouent un rôle, bien sûr. Mais l'interdiction pour la Russie d'utiliser les terminaux Starlink sur le territoire ukrainien et le blocage par le Kremlin de l'accès à Telegram ont profondément perturbé les capacités opérationnelles russes. Ce sont des causes invisibles qui produisent des effets très concrets sur le terrain.

Les terminaux Starlink de SpaceX étaient devenus un outil tactique clandestin pour l'armée russe, qui s'en servait pour la coordination des unités, le repérage des cibles et le guidage d'opérations. L'interdiction de leur utilisation sur le territoire ukrainien a privé les troupes d'un moyen de communication essentiel, particulièrement dans les zones reculées où les infrastructures russes sont défaillantes. Sans connexion satellite fiable, les unités avancées perdent en cohésion, en temps de réaction et en capacité de manœuvre coordonnée. Avancer sans Starlink, c'est un peu comme jouer aux échecs les yeux bandés : chaque coup est une estimation, chaque mouvement un risque calculé à l'aveugle.

Blocage de Telegram par le Kremlin et conséquences militaires

La décision du Kremlin de restreindre drastiquement l'accès à Telegram — devenu quasiment inutilisable en raison des blocages — relève d'une logique politique interne de contrôle de l'information. Mais elle a des conséquences militaires directes. Telegram était l'outil de communication de terrain privilégié par les soldats russes : canaux de commandement, échanges de coordonnées, alertes de danger. Moscou promeut désormais une plateforme nationale alternative baptisée « Max », mais le problème est simple : au milieu d'une bataille, personne n'a le temps de migrer vers un outil non testé. Le résultat est une dégradation brutale des communications au moment même où elles sont les plus nécessaires. Cette situation de blocage s'inscrit dans un contexte plus large de tensions informationnelles entre Moscou et les plateformes occidentales.

Infrastructures numériques devenues cibles militaires

Ce que ces deux exemples révèlent, c'est une dimension souvent sous-estimée des conflits contemporains : la dépendance critique aux infrastructures numériques civiles. Une armée moderne ne se bat plus seulement avec des chars et des obus. Elle se bat avec des satellites, des applications de messagerie, des réseaux de communication que personne ne pensait comme des armes il y a quinze ans. Couper Starlink ou bloquer Telegram, c'est frapper au cœur du système nerveux d'une armée en temps réel. Les généraux russes l'ont appris à leurs dépens en mars 2026 : la guerre se gagne aussi dans les serveurs et les protocoles de transmission.

Pénurie de missiles Patriot et vulnérabilité ukrainienne malgré le zéro gain

Le zéro territorial russe ne doit pas faire illusion. Si la Russie n'avance plus, l'Ukraine reste profondément vulnérable, particulièrement dans le domaine de la défense antiaérienne. En mars 2026, l'Allemagne a livré 35 missiles intercepteurs PAC-3 destinés aux systèmes Patriot ukrainiens. D'après le rapport de L'Indépendant, ce stock permettrait de tenir environ deux semaines, compte tenu de l'intensification des attaques de missiles russes. L'écart de magnitude avec d'autres théâtres est sidérant. L'Ukraine défend un territoire immense avec des stocks dérisoires, et chaque livraison occidentale ressemble à une goutte d'eau dans un océan de besoins.

35 missiles Patriot pour deux semaines de protection

Le calcul est implacable. 35 missiles PAC-3, c'est l'autonomie estimée à quatorze jours de protection pour les villes ukrainiennes face aux barrages de missiles russes. Pour donner un ordre de grandeur : 800 missiles Patriot ont été utilisés en trois jours de combat au Moyen-Orient. Cette comparaison n'est pas là pour humilier mais pour dimensionner le problème. L'Ukraine ne dispose pas d'un bouclier, elle dispose d'un parapluie percé qu'il faut réparer chaque semaine. Les alliés européens le savent, et certains pays comme la Bulgarie commencent à renforcer leur propre posture de défense face à la menace persistante. Mais pour Kyiv, l'urgence est immédiate : sans missiles intercepteurs, les infrastructures civiles et énergétiques sont à la merci du prochain barrage.

Un secouriste en gilet orange œuvrant dans les débris d'une structure effondrée et enfumée en Ukraine.
Un secouriste en gilet orange œuvrant dans les débris d'une structure effondrée et enfumée en Ukraine. — (source)

Moyen-Orient et fenêtre de vulnérabilité pour Poutine

Les dirigeants européens craignent que Vladimir Poutine ne profite de la diversion causée par le conflit au Moyen-Orient pour intensifier ses frappes sur les infrastructures ukrainiennes. L'attention américaine est partiellement détournée, les ressources de défense antiaérienne sont redéployées vers d'autres théâtres, et les stocks occidentaux s'épuisent. Ce contexte crée une fenêtre de vulnérabilité que Moscou pourrait exploiter. Le gel du front terrestre pourrait ainsi masquer une escalade aérienne dévastatrice. L'Ukraine a besoin non seulement de tenir le front, mais de survivre au ciel — et sur ce second front, elle perd.

Déséquilibre entre front terrestre et défense aérienne

Toute la contradiction du mois de mars 2026 se résume dans cette asymétrie. Au sol, les deux armées sont à l'équilibre — le zéro territorial le prouve. Dans les airs, la Russie conserve une supériorité écrasante que les livraisons occidentales ne parviennent pas à compenser. Si Moscou décide de transformer son essai aérien en offensive massive contre les villes et les infrastructures énergétiques ukrainiennes, le zéro territorial deviendra un souvenir lointain, non pas parce que la Russie avancera au sol, mais parce que l'Ukraine s'effondrera sur ses arrières. Dans ce contexte, l'exigence de Zelensky d'obtenir une date d'adhésion à l'UE prend une dimension supplémentaire : c'est aussi une demande de garantie stratégique de long terme. Le front ne se défend pas seulement avec des fusils dans les tranchées. Il se défend avec des missiles dans le ciel.

Conclusion : guerre d'usure en Ukraine et impasse territoriale

Ce gel du front en mars 2026 est une pause tactique dans une guerre d'usure où les deux camps saignent à flot, et non un signe de victoire ukrainienne ni de défaite russe définitive. La Russie n'a pas perdu la capacité de combattre — elle a perdu la capacité d'avancer, du moins temporairement. L'Ukraine n'a pas reconquis son territoire — elle a simplement stoppé l'hémorragie territoriale. Derrière le zéro comptable se cachent 6 462 drones, 1 300 pertes quotidiennes selon l'état-major ukrainien, des soldats enterrés depuis un an et 35 missiles Patriot pour deux semaines de survie. La guerre n'est pas finie. Elle est suspendue dans un équilibre précaire, un match nul sanglant où le prochain mouvement pourrait venir non pas du front terrestre, mais du ciel, des négociations secrètes ou d'un basculement géopolitique imprévu. La question n'est plus « qui avancera demain ? » mais « qui tiendra le plus longtemps ? » — et pour l'instant, personne ne gagne.

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Questions fréquentes

Pourquoi la Russie n'a-t-elle rien conquis en mars 2026 ?

Ce gel s'explique par l'épuisement face aux défenses ukrainiennes, mais aussi par des pertes logistiques invisibles. L'interdiction d'utiliser Starlink et le blocage de Telegram par le Kremlin ont gravement dégradé les communications et la coordination des troupes russes sur le terrain.

Combien de drones la Russie a-t-elle tirés en mars 2026 ?

La Russie a tiré au moins 6 462 drones de longue portée, un record absolu depuis le début de l'invasion en 2022. Ce chiffre illustre une stratégie de substitution : face à l'impossibilité de percer au sol, Moscou reporte son effort de guerre vers le ciel.

Combien de temps durent les relèves des soldats ukrainiens ?

Certains soldats ukrainiens restent bloqués dans leurs tranchées jusqu'à un an sans rotation, une situation devenue presque banale. Les drones rendant toute extraction extrêmement périlleuse, les relèves s'effectuent parfois à 140 km/heure pour échapper aux engins ennemis.

Que valent 35 missiles Patriot pour l'Ukraine ?

Cette livraison allemande ne permettrait de protéger les villes ukrainiennes que pendant environ deux semaines face aux barrages de missiles russes. À titre de comparaison, 800 missiles Patriot ont été utilisés en trois jours de combat au Moyen-Orient, soulignant la vulnérabilité critique de l'Ukraine dans les airs.

Quel est le bilan territorial net russe au premier trimestre 2026 ?

Après un gain de 319 km² en janvier et 123 km² en février, la Russie a enregistré un gain net de 0 km² en mars. Sur ce trimestre, ses conquêtes représentent environ 50 % de celles réalisées sur la même période en 2025, illustrant une forte baisse de rendement.

Sources

  1. Les cartes de la guerre en Ukraine, depuis le début de l’invasion russe, en février 2022 · lemonde.fr
  2. dosequotidienne.ca · dosequotidienne.ca
  3. Invasion de l'Ukraine par la Russie — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  4. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  5. Sur les buts de guerres russes et la perspective d’une neutralité de l’Ukraine - Institut Thomas More · institut-thomas-more.org
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond. Si tu veux juste les résultats, y'a L'Équipe. Si tu veux comprendre ce que le sport dit de nous, reste ici.

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