Depuis l'alliance franco-germano-belge créée récemment contre une intervention en Irak, les médias américains se montrent virulents face à des gouvernements déterminés à résoudre le conflit pacifiquement et par la diplomatie.
Origines du sentiment anti-français aux États-Unis
Les dernières élections présidentielles en France n'ont pas flatté son image. Voir un homme politique d'extrême droite arriver au second tour n'a certainement pas dû plaire à nos alliés, qui ont pu comprendre que 20 % des Français étaient racistes, alors que l'événement est bien plus complexe à cerner et que même les politologues les plus brillants ont du mal à l'expliquer.
Une partie de ce sentiment est due au livre de Thierry Meyssan : L'effroyable imposture, qui avance l'hypothèse que les attentats auraient été commandités par les autorités américaines.
Quels arguments pour dénigrer la France ?

Rappeler à la population américaine que leur nation a fortement participé à la résolution de la guerre 39/45 pour ensuite leur dire que les Français ont oublié semble constituer une arme de propagande plutôt simple. La une du New York Post fait froid dans le dos : « Ils sont morts pour la France, mais la France les a oubliés ».
Certains des arguments sont même très violents, comme cette caricature accompagnée de la formule suivante : « Le Français lâche mais pourtant plein de certitudes, arrogant pourtant à l'haleine fétide. Anti-Israélien, anti-Américain et, naturellement, comme toujours, détestant le Juif. Avec tout ce qui se passe dans le monde, n'est-il pas temps pour nous de détester à nouveau les Français ? »

Non, les Français n'ont pas oublié et oui, ils leur sont reconnaissants d'avoir permis à la France de retrouver sa dignité et sa liberté. Mais cette reconnaissance ne doit pas être le prétexte à tout accepter. Parce qu'ils ont été libérés grâce à l'aide des États-Unis, la France devrait approuver toutes ses décisions ?
La liberté qu'elle a retrouvée grâce à ses alliés doit être justement celle qui lui permet de prendre ses propres décisions, sans dire « amen » à tout ce que les États-Unis décident de leur côté.
Cette propagande, si c'est le mot juste, sert à mon avis à rallier la population américaine du côté du gouvernement. Ainsi, selon le sondage Newsweek, 85 % des Américains sont favorables à une intervention si elle bénéficie de l'appui des Nations unies et des alliés des États-Unis. Mais ils ne sont plus que 50 % à soutenir une intervention si elle n'était menée que par les États-Unis et un ou deux de leurs alliés, et seulement 37 % si les États-Unis agissent seuls.
Elle ne se centre même pas sur l'actualité politique et ridiculise les Français pour mieux séduire les citoyens américains : « les Français ont la manie d'être contre tout, même contre cette curieuse habitude américaine de prendre une douche par jour » (New York Post).
Les Français sont-ils vraiment anti-américains ?

Lorsqu'on leur reproche leur propagande anti-française, les Américains avancent un argument inverse : les Français sont au contraire ceux qui sont depuis longtemps des anti-américains virulents.
Notre refus d'importer des produits génétiquement modifiés doit sûrement confirmer cette idée. L'élection de Bush n'a pas été très bien accueillie : on a l'impression qu'il se fixe sur une réorganisation militaire et non pas sur les problèmes sociaux qui touchent son pays. Le désir de résoudre les problèmes terroristes par la guerre ne le rachète pas.
J'admets que le sentiment anti-américain existe en France, mais il n'a jamais atteint les proportions du sentiment anti-français qu'on peut constater actuellement aux États-Unis.
Triste constatation puisque, pour nous punir de notre « insolence », les sénateurs américains étudient un projet de loi pour que soient étiquetés les produits français exportés aux États-Unis : les consommateurs pourront ainsi décider à qui donner leur argent.

Le sentiment est tel que Jacques Chirac a dû expliquer et nuancer sa position aux Américains dans le Time Magazine du dimanche 16 février.
Il me semble que le seul espoir est de voir les manifestations pacifistes se multiplier à travers le monde.