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Vouloir rend-t-il supérieur ?

La volonté suffit-elle à expliquer la supériorité de l'homme sur l'animal ? En analysant points communs et différences, cet article révèle que c'est l'ensemble des facultés mentales qui distingue l'humain.

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Pour commencer, analysons la question en détail. Plusieurs mots-clés y sont contenus et nous tenterons de les définir clairement pour ensuite en saisir les implications. Nous parlons de deux êtres, l'humain et l'animal, que nous voulons comparer. L'humain est un être rationnel et religieux, à la différence de l'animal qui, agissant davantage par instinct, ne fait pas preuve de rationalité. Un autre point les distinguant est la volonté, élément nécessaire pour transformer nos désirs en réalité de manière consciente et délibérée, en fournissant un effort, car l'homme en possède alors que l'animal, non. Ces différences peuvent servir de base à une comparaison reconnaissant la supériorité de l'homme par rapport à l'animal, c'est-à-dire sa capacité à dominer l'animal de manière physique ou intellectuelle. Enfin, portons attention au mot « seulement », car il indique que s'il existe une seule autre caractéristique que la volonté capable d'expliquer la supériorité de l'homme sur l'animal, il est possible de confirmer l'hypothèse de départ. Maintenant que les termes sont clairement définis, il est aisé de constater ce que la question initiale implique : l'être humain est-il réellement supérieur à l'animal ou lui est-il, au contraire, semblable ? Si nous convenons du fait qu'il y a des différences entre les deux, nous devons alors déterminer si ces différences constituent effectivement un avantage pour l'homme. Si c'est le cas, il nous sera alors possible de démontrer, à travers l'exemple d'autres qualités de l'homme, que la présence de la volonté chez lui n'est pas la seule différence capable d'expliquer sa supériorité par rapport à l'animal.

Points communs entre l'homme et l'animal

Observons donc ce qui fait de l'homme un animal comme les autres.

Les instincts humains

Premièrement, s'il est possible de décrire l'animal comme un être répondant à ses instincts, il en va de même, dans une certaine mesure, pour l'homme. On remarque l'instinct d'agressivité, par exemple, lorsqu'on observe des combats de boxe à la télévision ou les batailles entre garçons dans les cours de récréation au primaire. L'instinct de conservation, lui, peut être remarqué dans le développement de réflexes pour se protéger après une blessure à la cuisine. On pourrait également souligner l'instinct grégaire de l'homme qui, non seulement vit en société, mais qui, en plus, par sentiment de sécurité sans doute, préfère marcher sur un trottoir encombré plutôt que sur un qui est désert.

Quant à l'instinct maternel, il est présent quand la mère prodigue des soins à son enfant en le cajolant et en le protégeant. La société capitaliste dans laquelle nous vivons est basée sur les idées d'Adam Smith, idées qui répondent bien à notre instinct de possession. Chez les adolescents, l'attirance physique entre un garçon et une fille, que nous nommons communément « crush », est en fait le résultat de notre instinct sexuel. Reste l'instinct migratoire qui, lui, est beaucoup plus atténué, mais qu'on pourrait tenir responsable dans les cas où les Canadiens décident de passer leur hiver en Floride plutôt qu'à la Baie James, car il y fait moins froid.

Les contraintes communes à l'homme et l'animal

Ensuite, les hommes, tout comme les animaux, connaissent des contraintes. Les loups fonctionnent selon un « code social » qui établit une hiérarchie déterminant, par exemple, qui se nourrira le premier. De la même manière, l'homme doit respecter des conventions sociales dans le groupe auquel il appartient. L'homme connaît également des limites d'ordre pratique dans ce qu'il est capable ou non de faire, tout comme l'animal. Par exemple, l'homme, comme la tortue, ne peut pas voler par lui-même. À cela se rajoutent des contraintes spatio-temporelles : l'un comme l'autre ne peuvent être à deux endroits au même moment ou remonter dans le temps.

Le désir et la communication

Un troisième point de comparaison est le désir, présent chez l'homme comme chez l'animal. Ce désir apparaît souvent comme une impulsion physique ou par des signes physiologiques (cœur qui bat, transpiration) et peut viser, chez les deux êtres, à combler des besoins physiologiques et des besoins de sécurité.

Enfin, remarquons la capacité de communiquer avec l'environnement, qui est commune aux deux ; rien qu'en existant, les corps reflètent leur couleur, la communiquent aux êtres environnants. Les deux produisent de la chaleur, qui peut être communiquée à l'entourage. Les deux émettent des sons qui peuvent être interprétés par leurs pairs comme étant des « messages ».

Toutes ces contraintes font de l'homme un animal comme un autre.

Ce qui distingue l'homme de l'animal

À la lumière de cette réalisation, l'homme peut conclure qu'il n'est presque rien. Et pourtant, selon Kant, entre rien et presque rien, il y a une infinité. Par cette prise de conscience, l'homme ne peut se libérer des contraintes qui le restreignent, mais il peut néanmoins inverser le rapport en observant qu'il est spirituellement supérieur à l'arbre ou à l'animal, car même s'il ne peut aller au-delà de certaines limites, par la pensée, qui peut concevoir ce qui n'existe pas, il peut triompher de cette « prison » que constitue la réalité matérielle. Voyons comment.

La discipline et l'éducation

Premièrement, par la discipline, il est possible pour l'homme d'être conditionné, c'est-à-dire éduqué. Nous avons dit tantôt que l'homme répond, dans une certaine mesure, à des instincts. Cela est vrai, mais par l'éducation, on maîtrise beaucoup ces pulsions qui résultent des instincts. L'éducation permet à l'homme de penser avant d'agir, de préméditer et d'anticiper, ce que l'animal est incapable de faire.

L'échappement au déterminisme

Et justement, parce que l'homme est capable de contrôler ses instincts, il échappe au déterminisme. Comment y parvient-il ? Tout d'abord, par la volonté, qui lui permet de répondre à ses désirs, grâce à la persévérance et l'effort. Ensuite, par sa mémoire, ce qui inclut la mémoire sociale et individuelle, et par son imagination qui reproduit et modifie pour inventer, l'homme parvient à créer non pas par nécessité mais par esthétique. Il ne répond alors plus aux « lois » de la nature où l'animal n'a pour but que de survivre et de faire perdurer l'espèce. Enfin, alors que la vie de l'animal a un caractère répétitif et d'habitude, l'homme possède une conception du temps, notamment grâce au langage qui lui permet de dire qu'hier est distinct d'aujourd'hui et de demain.

Le pouvoir de choix et l'identité personnelle

Parce qu'il échappe au déterminisme, l'homme peut, à la différence de l'animal, avoir des préférences et faire des choix. Le pouvoir de décider se reflète, par exemple, dans le fait que les humains possèdent des convictions, des valeurs et des opinions. Cette capacité à faire des choix relève de deux facultés mentales, soit le jugement (capacité à discerner) et l'affectivité (capacité de ressentir des émotions). Les animaux possèdent peut-être dans une certaine mesure ces deux facultés, mais pas assez pour pouvoir rivaliser avec l'homme, en raison de la différence dans la constitution du cerveau : les stimuli sont traités dans un premier temps dans une région du cerveau appelée cortex et ils sont ensuite interprétés dans le lobe préfrontal, ce qui permet de ressentir des émotions. Chez l'homme, la partie du lobe préfrontal est considérablement plus développée que chez l'animal. Contrairement à la croyance populaire, c'est précisément cette émotivité qui permet à l'homme de si bien juger, car toutes les décisions possibles comportant des avantages et des désavantages, seules les émotions permettent de départager les « bonnes » solutions des mauvaises.

Enfin, puisque l'homme est capable de faire des choix et qu'il a donc des préférences, il a une identité ; il n'est pas, à l'instar d'un poisson dans un banc, un être parmi tant d'autres, il a une valeur dont il est conscient. Par ses choix et préférences, l'homme se différencie de ses semblables ; il agit alors en tant qu'individu et non comme espèce.

Conclusion : la supériorité humaine va au-delà de la volonté

Pour synthétiser le tout, il nous est possible de faire quatre constats : premièrement, l'homme répond à des instincts mais peut en contrôler l'intensité grâce à la discipline et à l'éducation. Deuxièmement, l'homme échappe au déterminisme auquel est soumis l'animal par sa pensée, façonnée par le langage. Troisièmement, l'homme a des préférences et des convictions, ce qui est impossible à l'animal en raison de son manque de discipline et de la manière dont se comporte son cerveau. Quatrièmement, l'homme a une identité propre. C'est ainsi que l'homme est supérieur aux autres êtres du règne animal.

C'est, en somme, l'ensemble des facultés mentales de l'homme (perception, mémoire, imagination, volonté, jugement et affectivité) combinées à la conscience de l'homme qui font de l'humain un être supérieur à l'animal ; ce n'est pas la volonté seule.

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chopin_virtuose
Corina M. @chopin_virtuose
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