Soldats américains en patrouille dans un paysage désertique, armes à la main, regardant au loin, dans une atmosphère tendue et incertaine
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Du Vietnam à l’Iran, pourquoi l’Amérique n’arrive plus à gagner ses guerres

Alors que le budget militaire américain atteint des sommets historiques, l’analyse de la Hoover Institution révèle que l’Amérique n’a remporté que trois guerres nettes depuis 1945.

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En 2025, le budget de la défense américaine frôle les 900 milliards de dollars, une somme qui dépasse à elle seule les dépenses militaires des dix pays suivants additionnés. Pourtant, l’analyse historique de la Hoover Institution dresse un constat accablant : depuis 1945, les États-Unis comptent trois victoires nettes (Panama, la guerre du Golfe, le Kosovo) contre une défaite claire (le Vietnam) et quatre résultats ambigus (Corée, Irak, Afghanistan, Libye). Comment se fait-il que la superpuissance planétaire, dotée de l’arsenal le plus sophistiqué de l’histoire, ne parvienne plus à imposer sa volonté par les armes ? Ce paradoxe traverse toute la politique étrangère américaine, des rizières du Vietnam aux montagnes afghanes, jusqu’aux tensions actuelles avec l’Iran. La question n’est plus de savoir si l’Amérique peut gagner une bataille, mais pourquoi elle ne gagne plus les guerres.

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800 milliards de dollars et zéro victoire nette : le paradoxe de la puissance américaine

Le décalage entre la puissance de feu américaine et ses résultats stratégiques n’a jamais été aussi flagrant. Le Pentagone dispose de onze porte-avions nucléaires, de la plus grande flotte de bombardiers furtifs du monde, et d’un réseau de bases militaires couvrant la planète. Mais cet outil taillé pour la guerre conventionnelle se heurte systématiquement à des adversaires qui refusent de combattre selon ses règles.

Un budget militaire record pour un tableau de chasse contesté

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Hoover Institution, think tank conservateur de référence, a passé en revue les conflits majeurs engagés par les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sur huit guerres, trois seulement sont considérées comme des victoires nettes. Panama en 1989, contre un dictateur isolé. La guerre du Golfe en 1991, où une coalition internationale a chassé l’armée irakienne du Koweït. Le Kosovo en 1999, remporté par des frappes aériennes sans perte américaine significative.

En face, le Vietnam reste la seule défaite officielle, mais les résultats ambigus de la Corée, de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Libye ressemblent fort à des échecs stratégiques déguisés. Comme le souligne l’analyse de la Hoover, les États-Unis ont renversé quatre régimes en trente ans. Trois de ces pays sont aujourd’hui des États faillis, en proie à la guerre civile et au terrorisme. La Seconde Guerre mondiale avait réussi parce que l’Amérique s’était engagée dans une reconstruction politique et économique massive après la victoire militaire. Cette leçon a été oubliée.

La loi des rendements décroissants dans les conflits asymétriques

Dominic Tierney, politologue à Swarthmore College, résume le problème avec une clarté désarmante : les États-Unis savent encore gagner les guerres d’autrefois, les conflits conventionnels à la manière de la Seconde Guerre mondiale, mais ils n’ont pas maîtrisé l’art de vaincre des insurgés. Les trois guerres les plus longues de l’histoire américaine — Vietnam, Irak, Afghanistan — sont précisément des guerres civiles complexes, des insurrections où l’ennemi se fond dans la population.

La puissance brute produit des rendements décroissants. Un bombardement de B-2 Spirit coûte plusieurs millions d’euros et peut raser un bâtiment. Une roquette artisanale coûte quelques centaines de dollars et tue tout aussi efficacement. Les drones et les frappes chirurgicales n’ont pas réglé le problème fondamental : comment pacifier un territoire dont on ne contrôle pas la population ? L’armée américaine, conçue pour détruire des divisions blindées soviétiques sur les plaines d’Europe, se retrouve à traquer des combattants en sandales dans des villages afghans.

1973-1975, la double rupture : quand le Vietnam a fracturé l’armée et la nation

Pour comprendre l’impuissance stratégique actuelle, il faut remonter à la source historique du problème. La guerre du Vietnam n’a pas seulement été une défaite militaire et politique. Elle a fracturé en profondeur le lien entre l’armée américaine et la société qu’elle est censée défendre.

La fin de la conscription en 1973 : l’armée de métier s’éloigne de la nation

Maud Quessard, chercheuse à l’IRSEM, analyse ce qu’elle appelle le « syndrome du Vietnam ». La décision la plus structurante ne date pas de la chute de Saigon en 1975, mais de 1973 : la fin de la conscription. En abandonnant le service militaire obligatoire, les États-Unis ont construit une armée de métier ultra-professionnelle, mais totalement déconnectée du corps social.

Les conséquences sont immenses. Sans conscription, les familles américaines ne sont plus directement affectées par les guerres. Envoyer des troupes à l’étranger devient politiquement plus facile pour un président, puisque seuls les cercles de militaires de carrière et leurs proches en subissent les conséquences. Mais cette facilité apparente cache un piège. La lassitude peut s’installer sans conséquences électorales immédiates, ce qui permet aux guerres de s’éterniser. L’armée devient une caste à part, dont les sacrifices sont célébrés lors des matchs de football mais rarement partagés par la majorité des citoyens.

« Syndrome du Vietnam » : la peur de l’enlisement qui paralyse la stratégie

Le traumatisme vietnamien a changé la doctrine militaire américaine en profondeur. L’armée développe une obsession pour la guerre « zéro mort » et les frappes à distance. On bombarde depuis 10 000 mètres d’altitude plutôt que d’engager des troupes au sol. On utilise des drones pilotés depuis le Nevada plutôt que des hélicoptères survolant des rizières.

Ce réflexe devient une faiblesse mortelle face à des adversaires prêts à subir des pertes massives. Les talibans, les milices irakiennes, les Gardiens de la révolution iraniens acceptent des milliers de morts. Pour eux, la guerre est une question de survie existentielle. Pour l’Amérique, c’est une opération de police internationale dont les électeurs se lassent dès que les cercueils commencent à rentrer. L’asymétrie n’est pas seulement tactique, elle est psychologique.

Renverser un régime en 21 jours, perdre un pays en 20 ans : le piège de l’occupation

Les guerres du XXIe siècle incarnent le paradoxe américain dans toute sa splendeur. L’invasion de l’Irak en 2003 et celle de l’Afghanistan en 2001 suivent le même schéma : une facilité déconcertante lors de la phase conventionnelle, suivie d’un enlisement interminable dans la guerre irrégulière.

Le mythe du « Shock and Awe » : quand la supériorité aérienne ne fait pas la paix

En mars 2003, les forces américaines mettent 21 jours pour atteindre Bagdad. Les images de la statue de Saddam Hussein tombant sur la place Firdos font le tour du monde. La doctrine du « Shock and Awe » — la puissance de feu écrasante destinée à paralyser psychologiquement l’ennemi — semble avoir fonctionné.

Mais la conquête éclair cache l’échec de l’occupation. John Nagl, colonel à la retraite et professeur à l’Army War College, écrit dans la revue Parameters que l’armée américaine n’a jamais su devenir compétente en guerre irrégulière. Dès que les chars se transforment en patrouilles d’occupation, la situation se dégrade. L’insurrection explose, attisée par la dissolution de l’armée irakienne et la débaathification. Les États-Unis excellent à détruire, ils échouent systématiquement à pacifier.

2 000 milliards de dollars et des vétérans brisés : l’addition des guerres sans fin

Les chiffres donnent le vertige. La guerre d’Afghanistan a coûté plus de 2 000 milliards de dollars aux contribuables américains. L’Irak, près de 1 700 milliards. Mais le coût humain est plus difficile à chiffrer. Des dizaines de milliers de vétérans reviennent avec des traumatismes psychologiques, des membres amputés, des vies brisées. La crise des suicides chez les anciens combattants atteint des proportions alarmantes.

Les rotations interminables — certains soldats ont effectué cinq ou six déploiements en Irak ou en Afghanistan — ont usé les troupes jusqu’à l’os. La série Generation Kill a montré cette guerre du point de vue des Marines, leur cynisme croissant face à une mission dont le sens leur échappait. L’armée américaine n’est pas vaincue militairement, elle est épuisée stratégiquement.

De la contre-insurrection à l’abandon : la valse des doctrines

La doctrine COIN (Counter-Insurgency) du général Petraeus a été présentée comme la solution miracle. Il s’agissait de gagner les cœurs et les esprits, de protéger la population plutôt que de traquer les insurgés. Pendant quelques années, en Irak, la « surge » de 2007 a semblé fonctionner.

Mais la doctrine COIN exige un engagement politique et financier massif, sur le long terme. Les États-Unis n’ont ni la patience ni la volonté politique nécessaires. L’Amérique a fini par négocier avec les talibans (accords de Doha en 2020) puis par se retirer d’Afghanistan en 2021 dans des conditions chaotiques. Les adversaires des États-Unis ont compris la leçon : il suffit de survivre. La volonté politique américaine s’épuise toujours avant leur propre capacité de résistance.

Iran 2026 : le conflit qui résume toutes les impasses américaines

La confrontation avec l’Iran représente le test ultime des faiblesses structurelles américaines. Contrairement à l’Irak ou l’Afghanistan, l’Iran est un État centralisé, doté d’une administration solide, d’une armée professionnelle et d’une capacité de résilience asymétrique impressionnante.

Quadricoptères à 500 dollars contre F-35 : l’asymétrie retournée

Drone Shahed iranien en vol, vue de côté, silhouette sombre dans le ciel bleu, évoquant la menace asymétrique et le contraste technologique avec les avions de chasse américains
Drone Shahed iranien en vol, vue de côté, silhouette sombre dans le ciel bleu, évoquant la menace asymétrique et le contraste technologique avec les avions de chasse américains

La technologie iranienne a fait des bonds spectaculaires. Les drones Shahed, qui coûtent quelques dizaines de milliers de dollars pièce, menacent les navires de guerre américains dans le golfe Persique. Les missiles balistiques iraniens peuvent atteindre Israël et les bases américaines au Moyen-Orient. Les cyberattaques visent les infrastructures critiques.

Face à cela, le F-35, l’avion le plus cher de l’histoire (près de 100 millions de dollars l’unité), se révèle d’une efficacité limitée. Bombarder des sites enterrés et dispersés, dont la localisation exacte est incertaine, ne produit pas de résultats décisifs. L’Iran a appris la leçon de l’Irak : il a dispersé et enterré ses installations nucléaires, multiplié les sites de lancement de missiles, créé des redondances dans ses chaînes de commandement. La dispersion et la redondance neutralisent la supériorité américaine.

« Triple échec militaire, économique et politique » : le diagnostic américain

L’Institut Montaigne publie en avril 2026 une analyse cinglante de la guerre en Iran. Le diagnostic est sans appel : triple échec. Militaire, parce que la coalition américano-israélienne n’a pas neutralisé durablement les capacités iraniennes. L’Iran conserve des capacités de frappe significatives et a même amélioré ses performances opérationnelles pendant le conflit.

Économique, parce que la guerre a déstabilisé le marché pétrolier mondial sans atteindre ses objectifs. Les prix du baril ont flambé, les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées, et les alliés européens des États-Unis ont subi des dommages collatéraux considérables. Politique, enfin, parce que le conflit a renforcé le régime iranien sur le plan intérieur, permettant à Téhéran de mobiliser le nationalisme perse contre l’agresseur étranger.

Comme l’explique l’analyse de la Brookings Institution, la résilience iranienne repose sur l’asymétrie. L’Iran ne cherche pas à gagner une guerre conventionnelle. Il cherche à survivre assez longtemps pour que l’Amérique se lasse. Et l’histoire montre que cette stratégie fonctionne.

Pourquoi la puissance de feu ne stoppe pas le programme nucléaire

Le dossier nucléaire iranien illustre parfaitement les limites de l’option militaire. Comment bombarder des sites enterrés sous plusieurs dizaines de mètres de roche, dispersés dans tout le pays, sans causer une escalade régionale majeure ? Les frappes chirurgicales ne peuvent pas détruire des connaissances scientifiques. Les centrifugieuses peuvent être remplacées. Les ingénieurs ne meurent pas sous les bombes.

L’incapacité à résoudre le dossier nucléaire par la force démontre la faillite de l’option militaire comme instrument politique. La puissance de feu ne produit pas de résultats diplomatiques. Elle ne fait que retarder l’inévitable : la nécessité de négocier.

Fox News, TikTok et la guerre : le nouveau champ de bataille de l’opinion

La troisième faille du dispositif américain est peut-être la plus profonde. L’opinion publique américaine, profondément divisée et désinformée, ne soutient plus les guerres de manière durable.

Fracture numérique et médiatique : l’Amérique ne regarde plus la même guerre

Le sondage Navigator Research de mars 2026 est une bombe statistique. Les Républicains qui regardent Fox News soutiennent la guerre en Iran à 83 %. Ceux qui ne regardent pas Fox ne la soutiennent qu’à 58 %. À l’inverse, les utilisateurs quotidiens de TikTok s’opposent majoritairement au conflit : 37 % de soutien contre 53 % d’opposition.

Les consommateurs passifs d’actualité — ceux qui ne cherchent pas activement l’information mais tombent dessus par hasard — sont plus opposés à la guerre que les consommateurs actifs. Deux Amériques coexistent, qui ne partagent pas la même perception du conflit. L’une voit des héros combattre le terrorisme. L’autre voit des bombardements tuer des civils.

La fin du « rally around the flag » : la lassitude comme arme ennemie

Le réflexe patriotique qui poussait les Américains à soutenir leur président en temps de guerre s’est considérablement affaibli. Les guerres interminables — Vietnam, Irak, Afghanistan — ont épuisé la volonté de vaincre. Désormais, toute guerre qui dure plus de quelques mois devient impopulaire.

C’est précisément ce que parient les adversaires des États-Unis. Ils ne cherchent pas à gagner militairement. Ils cherchent à survivre assez longtemps pour que l’opinion publique américaine se retourne contre la guerre. Les talibans ont attendu vingt ans. Les Gardiens de la révolution iraniens sont prêts à attendre tout aussi longtemps.

Conclusion : Général Yakovleff, « L’Amérique gagne des guerres et perd la paix »

Trois failles structurelles expliquent pourquoi la superpuissance américaine ne gagne plus ses guerres. La première est l’inadaptation à la guerre asymétrique, comme l’ont montré Nagl et Tierney. L’armée la plus chère du monde est conçue pour un type de conflit qui n’existe presque plus. La seconde est le divorce entre l’armée professionnelle et la société, analysé par Maud Quessard. Une armée de métier déconnectée du corps social peut s’engager dans des guerres sans fin, mais elle finit par s’épuiser sans que la nation ne s’en rende compte. La troisième est l’érosion de la volonté politique, documentée par le sondage Navigator. L’Amérique ne regarde plus la même guerre, et elle se lasse vite.

Le général Yakovleff résume parfaitement la situation dans son analyse de la stratégie américaine : l’Amérique gagne des guerres et perd la paix. La puissance militaire américaine ne produit plus de victoire durable. Les bombardements ne créent pas la stabilité. Les régimes renversés laissent place au chaos.

Reste une question fondamentale : et si, au XXIe siècle, la notion même de « victoire militaire » était devenue obsolète ? Les guerres ne se terminent plus par une reddition signée sur un pont de bateau. Elles s’éternisent en conflits de basse intensité, en guerres de l’information et de l’épuisement. Les États-Unis n’ont pas encore appris à maîtriser cette nouvelle forme de conflit. Leurs adversaires, eux, l’ont parfaitement comprise.

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Questions fréquentes

Pourquoi les États-Unis perdent leurs guerres ?

Depuis 1945, les États-Unis comptent trois victoires nettes contre une défaite et quatre résultats ambigus, selon la Hoover Institution. Leurs forces, conçues pour la guerre conventionnelle, échouent face aux insurrections et aux conflits asymétriques où l'ennemi se fond dans la population.

Quel est le budget militaire américain en 2025 ?

Le budget de la défense américaine frôle les 900 milliards de dollars en 2025, une somme supérieure aux dépenses militaires des dix pays suivants additionnés. Malgré cette puissance de feu record, l'analyse historique montre que l'Amérique ne gagne plus ses guerres.

Le Vietnam a-t-il changé l'armée américaine ?

Oui, la guerre du Vietnam a fracturé le lien entre l'armée et la société. La fin de la conscription en 1973 a créé une armée de métier ultra-professionnelle mais déconnectée du corps social, et le traumatisme a développé une obsession pour la guerre « zéro mort » et les frappes à distance.

L'Iran peut-il résister à une attaque américaine ?

Oui, l'Iran a appris des guerres précédentes : il a dispersé et enterré ses installations nucléaires, multiplié les sites de lancement de missiles et créé des redondances. Sa stratégie est de survivre assez longtemps pour que l'opinion publique américaine se lasse du conflit.

Pourquoi l'opinion américaine ne soutient plus les guerres ?

Les guerres interminables (Vietnam, Irak, Afghanistan) ont épuisé la volonté de vaincre. Les divisions médiatiques, comme entre Fox News et TikTok, créent deux Amériques qui ne perçoivent pas le même conflit, et toute guerre durant plus de quelques mois devient impopulaire.

Sources

  1. Comment l'Amérique d'Obama ment sur la menace jihadiste · lemonde.fr
  2. la politique étrangère de l'administration du président barack obama ... · academia.edu
  3. areion24.news · areion24.news
  4. Has the US lost the Iran war? - Brookings Institution · brookings.edu
  5. hoover.org · hoover.org
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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