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Monde

Vie de la cité, vie des immigrés

Un documentaire bouleversant sur les cités françaises : témoignages sur le racisme, le chômage, les violences policières. Une réflexion personnelle touchante.

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Hier soir, prostrée devant la télé, je regardais Indiana Jones sur la 6... Lassée par ce héros beau, intelligent et hollywoodien, je zappais et je suis tombée sur la 5. Je suis restée scotchée toute la nuit.

C'était une sorte de documentaire sur la banlieue, les cités, les immigrés...

Témoignages : la vie quotidienne dans les cités

Écoutez :

La nuit, dans une petite rue, des jeunes serrés l'un contre l'autre dans une pièce.

« Nous aussi on voudrait aller au cinéma, sortir... Mais on nous laisse coincés ici. On est comme eux, on a deux mains, deux yeux, deux jambes... Pourquoi eux ils auraient le droit de s'amuser et pas nous ? Après ils s'étonnent qu'on crame des voitures et tout... »

Racisme et difficultés pour trouver un emploi

Le jour, gris, triste, un homme témoigne :

« On dit que pour trouver du travail, il faut frapper à 10 portes, il y en aura une qui va vous accueillir. Pour nous les étrangers, on doit frapper à 20 portes pour espérer qu'il y en a une qui s'ouvre. Moi, un jour un monsieur m'a dit : moi j'ai rien contre vous, je ne suis pas raciste, seulement j'ai peur que certains de nos clients le soient, alors si on vous embauche on perdra peut-être des contrats...

Même pour des gens qui ont bac+2, bac+5, certains qui ont même un doctorat, ils se retrouvent au chômage. Quand les jeunes voient que ceux qui ont fait des études sont pauvres et qui galèrent, et après ils voient ceux qui ont pas fait d'études mais qui ont fait des petites affaires et qui ont une belle voiture, de beaux vêtements... Qui ils vont suivre ? Quand ils voient que leurs parents ont trimé toute leur vie mais qu'ils sont encore dans la misère, est-ce qu'ils vont continuer les études ? »

Les violences policières : réalité des cités

Dans l'appartement d'un habitant de la cité.

« Voilà, un soir, j'ai entendu la police arriver, je suis allé à ma fenêtre, j'ai pris ma caméra et j'ai filmé ça. Là vous voyez, il y a les CRS qui arrivent, on ne sait même pas pourquoi. La nuit était très calme pourtant. En bas, il y avait des enfants qui faisaient la fête, un anniversaire je crois. Ils avaient entre 10 et 20 ans, pas plus. Alors là, on ne sait pas pourquoi, les CRS les ont gazés. Alors là, les enfants sortent. Ils ont rien fait pourtant... Là, ça dégénère vous voyez. Mais c'est vraiment n'importe quoi.

Là c'est quelques jours après, monsieur le maire, qui parle :

"Non, cette histoire d'enfants arrêtés la nuit pour une fête n'a jamais eu lieu..."

Alors on dit les jeunes sont violents... Non, je vois pas ça moi... Ils se sont défendus. »

Prison et injustice sociale en France

L'intérieur d'une prison, sale, froid. Un détenu parle.

« Ici, y a presque que des gens de classes sociales basses. Y a pas beaucoup de riches, ou sinon ils sont dans les affaires pour dettes de quelques millions, 4 semaines et ils s'en vont. Non, ici y a que des gens de classes sociales défavorisées.

Ouais, j'ai fait une connerie, c'est pour ça que je suis là. Ils espèrent que quand je serai dehors je ne ferai plus de conneries. Mais qui me dit que je vais pas revenir ici ? Dehors, comment je vais trouver du travail ? Une fois que t'es rentré ici, c'est comme si c'était marqué sur ton front, tu trouves plus de travail, t'es fini. Je trouve que ceux qui ont une maison, un travail, une femme, un gosse... moi je trouve qu'ils ont beaucoup de chance. Parce que moi, tous les soirs, je ne peux pas dormir, je pense à comment je vais faire pour trouver à manger. Je me demande à chaque fois comment je vais faire pour survivre demain.

Parfois, il y a des gardiens qui gueulent sur des prisonniers. Ils crient même s'ils ont rien fait. C'est eux les chefs, ils font ce qu'ils veulent. Parfois même, ils les frappent... Ça, ça va pas. »

L'invisibilité des habitants des cités

Vue panoramique de Lyon et son plan.

« Alors là vous voyez sur le plan, il y a les petites maisons devant là et derrière il y a la silhouette du Mont-Blanc. Mais regardez, il y a derrière les petites maisons la cité et ça n'est pas sur le plan. Il faudrait peut-être qu'ils arrêtent de faire comme si on n'existait pas.

Il m'est déjà arrivé qu'on m'appelle, et qu'on me dise voilà on veut des employés mais pas des arabes. Ouais, fait pas bon d'être arabe en France en ce moment... »

À ce moment-là, une vieille dame nous demande de nous pousser pour qu'elle admire le paysage lyonnais.

« Qu'est-ce qui vous dérange madame ? »
« Ce qui me dérange c'est que ce que vous dites ce ne sont que des mensonges ! »
« Madame, vous... »
« Vous êtes mieux en France que nulle part ailleurs... »
« Vous croyez madame que la vie est facile pour les immigrés, ils sont victimes de racisme... »
« Vous avez la haine, c'est de la haine... »
« Oh non ! Je ne hais pas les gens, en France il y a encore des gens bons... »

Dispute

« Je suis désolé mais je suis aussi bien chez moi que cette dame est chez elle ici. Vous voyez c'est à cause des gens comme ça qu'il y a tant de problèmes. Imaginez qu'à ma place, il y avait un jeune. C'est un jeune, il est primaire, il peut pas prendre de recul... Qu'est-ce qu'il va faire face à ça ? Il va se sentir offensé, attaqué, alors il va se défendre par des mots, des insultes ou des coups... Il n'y a pas de fumée sans feu... Mais qui a jeté l'allumette ? »

La destruction des cités : disperser la misère

Des bulldozers déchiquètent une ancienne cité.

« On détruit les grandes barres, pour éparpiller cette misère trop voyante, ou trop tapageuse. »

La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile

Pourquoi fortune et infortune, pourquoi suis-je né
Les poches vides, pourquoi les siennes sont-elles pleines de tunes
Pourquoi j'ai vu mon père en cyclo partir travailler
Juste avant le sien en trois pièces gris et BMW

La monnaie est une belle femme qui n'épouse pas les pauvres
Sinon pourquoi suis-je là tout seul marié sans dote
Pourquoi pour lui c'est crèche et vacances
Pour moi c'est stade de foot sans cage, sans filet, sans même une ligne blanche

Pourquoi pour lui c'est l'équitation pour moi
Les bastons, pour lui la coke, pour moi les flics en faction
Je dois me débrouiller pour manger certains soirs
Pourquoi lui se gave de saumon sur lit de caviar

Certains naissent dans les choux d'autres dans la merde
Pourquoi ça pue autour de moi ? Quoi ! Pourquoi tu me cherches ?
Pourquoi chez lui c'est des Noël ensoleillés
Pourquoi chez moi le rêve est évincé par une réalité glacée

Lui a droit à des études poussées
Pourquoi j'ai pas assez d'argent pour acheter leurs livres et leurs cahiers
Pourquoi j'ai dû stopper les cours
Pourquoi lui n'avait pas de frère à nourrir, pourquoi j'ai dealé chaque jour

Pourquoi quand moi je plonge, lui passe sa thèse
Pourquoi les cages d'aciers, les cages dorées agissent à leur aise
Son astre brillait plus que le mien sous la grande toile
Pourquoi ne suis-je pas né sous la même étoile

Comme Issa, pourquoi je ne suis pas né sous la bonne étoile
Veillant sur moi ? Couloirs plein de toiles, crachats
Tchatche à deux francs, courbettes des tapettes devant
Supporter de grandir dans 1 franc, c'est trop décevant

Simplement en culotte courte
Ne pas faire la pelle mécanique plate avec des pots de yaourt
C'est pas grave, je n'en veux pas à personne, si mon heure sonne
Je m'en irais comme je suis venu

Adolescent incandescent, chiant à tour de bras sur le fruit défendu
Innocents, témoins de types abattus dans la rue
C'est une enfance ? De la pourriture, ouais
Je ne draguais pas, mais virait des tartes aux petites avec les coettes

Pâle de peur devant mon père, ma sœur portait le voile
Je revois, à l'école les gosses qui la croisent, se poêlent
C'est rien Léa, si on n'étaient moins scrupuleux
Un peu de jeu du feu on serait comme eux

Mais j'ai pleuré pour avoir un job, comme un crevard sans boire
Les « je t'aime » à mes parents, seul dans mon lit le soir
Chacun son boulet, sans ambition la vie c'est trop long
Écrire des poèmes, pisser violent dans un violon

Tu te fixes sur le wagon, c'est la locomotive que tu manques
C'est pas la couleur, c'est le compte de banque
J'exprime mon avis, même si tout le monde s'en fiche
Je ne serais pas comme ça si j'avais vu la vie riche.

IAM, Nés Sous La Même Étoile

Ma réaction personnelle face à cette réalité

Après un bon bout de temps, je me suis rendu compte que je pleurais, que je m'enfonçais les ongles dans ma chair...

Pourquoi ?

J'habite près des quatre-milles qu'on est en train de détruire dans le 93... j'ai entendu les bâtiments s'effondrer après avoir fait sauter la dynamite contenue dedans... j'ai vu les ruines, les débris... j'ai vu les familles pleurer... et je n'ai rien fait...

Je me hais de rester les bras croisés, de pleurer comme une conne et de ne pas bouger... Je ne sais qu'écrire un article sur cela et ça n'avance à rien, ne sert absolument à rien... Je me sens inutile...

Comment agir ? Comment ?

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