
Combien d'entre vous ont prononcé cette phrase en réponse à un SDF qui demandait un peu de charité ? Combien d'entre vous ont pensé que ces gens étaient des fainéants ? Combien se sont dit que jamais ils ne rentreraient dans ce monde-là ? Levez la main.
Un engrenage difficile à briser
Rentrons maintenant dans ce monde. Tout n'est pas si simple, voyez-vous. La majeure partie des personnes sont dans la rue non pas par obligation, certes, mais presque. Tout fait partie d'un long engrenage dont on ne voit pas la fin, une partie qui ne peut finir qu'en perdant, une route où l'on roule à contresens.
Beaucoup ont chuté à cause de la drogue, petite fée aux douces paroles qui devient peu à peu une vieille sorcière à sortilèges. Mais pas tous. D'autres se sont retrouvés sur un trottoir sans même s'en rendre vraiment compte, après avoir vécu dans une jolie maison avec un joli mobilier et avec un joli travail. La société est carnassière, ne l'oubliez pas. Quant à certains, ce fut un choix au tout début (envie d'aventures, de vivre au jour le jour, etc.) puis une nécessité par la suite.
Briser les préjugés sur les sans-abris
Et s'il vous plaît, oubliez ces stéréotypes de la cocaïne ou de l'héroïne, de ce camé qui bave au coin d'une rue, qui n'a plus aucune morale et qui serait prêt à battre sa mère pour aller acheter sa dope. Ils existent bien sûr, mais tous ne sont pas comme ça. La vie n'est pas un film, la réalité est beaucoup plus dure.
Car si vous preniez le temps de parler aux « zonards », vous apprendriez énormément. Un bout de vie énorme, un bout de rêve à continuer et un morceau d'amour. Ils ne sont pas des monstres, et s'ils puent l'alcool, c'est pour oublier justement le regard des gens qui reflètent leurs conditions si dures à assumer. Croyez-moi, ils sont bien plus humains que beaucoup d'entre nous.
Et quand je dis beaucoup plus humains, c'est tout autant pour le meilleur que pour le pire : oui ils trahissent parfois, oui ils peuvent mentir et être les auteurs d'abjects vols ; mais qui d'entre nous n'a jamais trompé, volé, menti ? Tout est si extrême dehors, le gris n'existe pas : tout est Noir ou Blanc. Et vous savez, on y vit aussi de superbes moments. Des instants magiques et des rencontres exceptionnelles, bref des bribes de vrais bonheurs.
La réalité du quotidien dans la rue
Ce que vous ignorez, c'est que beaucoup veulent en sortir de cette merde. Ce que vous ignorez, c'est que tous les squats ne puent pas la mort, il en existe de très propres et même où parfois on est beaucoup mieux lotis que la moitié de la ville. Ce que vous ignorez, c'est qu'ils haïssent tous cet alcool qui les détruit tout aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur.
Imaginez un cercle vicieux : comment se sortir de cette situation ? Pour cela, il faut un minimum d'argent. Et pour avoir de l'argent, il faut un travail, on est d'accord. Maintenant, concrètement, comment se présenter à un employeur lorsque l'on dort dehors ? Lorsque l'on a aucun toit ? Oui c'est faisable, mais toutes les chances sont déjà réduites.
Je ne fais aucunement l'apologie du monde de la rue — il est vice, mensonge, dégoût, violence... Mais il n'est pas que ça. Non, lorsque vous passerez devant un homme ou une femme qui vous tend la main, ne lui crachez pas dessus, offrez-lui tout simplement un sourire.