Ce mardi 24 février 2026 marque un tournant symbolique et politique d'une ampleur rare. En diffusant son message vidéo au Parlement européen, Volodymyr Zelensky n'a pas seulement commémoré le quatrième anniversaire de l'invasion russe ; il a lancé un véritable ultimatum à ses alliés occidentaux. Le contraste est saisissant entre l'urgence vitale ressentie par les Ukrainiens sous les bombes et la réponse administrative, souvent perçue comme tiède, de Bruxelles. Au cœur de cette tension se trouve une demande simple mais explosive : l'Union européenne doit enfin fixer une date précise pour l'adhésion de l'Ukraine. Pour le président ukrainien, il ne s'agit plus de promesses vagues, mais d'un impératif stratégique pour contrer les plans de Vladimir Poutine.

24 février 2026 : Zelensky lance son ultimatum politique au Parlement européen
Le scénario de cette journée restera gravé dans les mémoires politiques. Quatre ans après le déclenchement de l'offensive massive de la Russie, Zelensky a choisi la tribune du Parlement européen pour non seulement rappeler la résilience de son peuple, mais aussi pour exiger des comptes. Visage fatigué mais voix ferme, il a mis les dirigeants de l'UE devant leurs responsabilités historiques. Dans ce discours, la rhétorique habituelle de la gratitude s'est muée en une exigence pressante, celle de ne pas laisser la fenêtre d'opportunité se refermer sous la pression des événements militaires et diplomatiques.
Le président ukrainien a averti que sans un engagement temporel clair, le Kremlin trouvera toujours moyen de diviser le continent. Selon ses propres termes, l'absence de calendrier précis risque d'offrir à Vladimir Poutine l'occasion de « bloquer l'adhésion de l'Ukraine pour des décennies, en vous divisant, en divisant l'Europe ». Cette phrase résonne comme une mise en garde sévère à l'égard des capitales européennes qui, par prudence ou lassitude, pourraient être tentées de repousser l'échéance sine die. Zelensky joue ici sur deux tableaux : celui de la légitimité morale acquise par le sang versé et celui de la realpolitik, rappelant que le vide stratégique profite toujours à l'adversaire.

Cette intervention s'inscrit dans une séquence plus large de Zelensky affirme que Poutine a déclenché la Troisième Guerre mondiale : faut-il le croire ?. La pression exercée sur l'UE est simultanée à l'effort militaire et aux manœuvres diplomatiques visant à maintenir la coalition occidentale unie. Le président ukrainien tente de transformer le soutien émotionnel en garantie juridique, convaincu que seule une perspective d'adhésion tangible peut sceller l'avenir européen de son pays et empêcher tout retour en arrière géopolitique.
Une génération qui ne comprend plus le "aussi vite que possible"
Il existe un fossé croissant entre la génération de dirigeants européens actuels, habitués aux marches de négociation longues et laborieuses, et la jeunesse ukrainienne comme européenne, qui vit à l'heure des réseaux sociaux et de l'immédiateté. Pour ces jeunes, nés après la chute du mur et habitués à une mondialisation fluide, l'expression « aussi vite que possible » utilisée par les technocrates bruxellois sonne comme une fin de non-recevoir. Ils perçoivent le refus de fixer une date non pas comme une nécessité technique, mais comme une trahison des valeurs de solidarité que l'UE prône par ailleurs.
Cette incompréhension générationnelle est alimentée par le contraste brutal entre la rapidité des communications numériques et la lenteur des décisions politiques. Pour un jeune Européen qui voit les images de la guerre en temps réel, l'argument selon lequel le processus est « sans précédent par sa vitesse » apparaît déconnecté de la réalité. Ce qui est historiquement rapide au niveau de l'administration — l'obtention du statut de candidat en quelques mois — est désespérément lent pour ceux qui subissent les bombardements quotidiens. Cette perception d'injustice risque de nourrir un ressentiment durable à l'égard d'une Union européenne perçue comme une forteresse bureaucratique déconnectée des urgences humaines.
Le risque d'un vide stratégique si l'UE tarde
L'argument principal de Zelensky repose sur une analyse géopolitique lucide : le vide politique est toujours comblé par l'adversaire. Sans un horizon politique concret, le soutien financier et militaire à long terme devient extrêmement difficile à justifier auprès des opinions publiques européennes. Les citoyens français, allemands ou italiens, déjà sollicités par la crise économique, accepteront-ils de débloquer des milliards d'euros pour un pays dont l'avenir au sein de l'Europe n'est pas garanti ?
L'absence de date laisse le champ libre à la Russie pour mener des opérations d'influence et d'ingérence. Moscou peut tout à fait miser sur la fatigue démocratique des Européens, pariant que l'absence de perspective d'élargissement finira par éroder la volonté de soutenir Kiev. En refusant de donner une feuille de route claire, l'UE risque involontairement de créer les conditions d'un règlement négocié qui entérinerait les gains territoriaux de la Russie, une perspective que l'Ukraine refuse catégoriquement. Fixer une date, c'est donc verrouiller l'orientation occidentale de l'Ukraine et rendre politiquement intenable toute tentative de retour dans l'orbite russe.

Du record de vitesse à l'impasse bureaucratique : l'Ukraine plus rapide que l'Estonie ?
Pourtant, si l'on replace la situation dans son contexte historique, l'avancée de l'Ukraine est objectivement fulgurante. Comparé aux élargissements précédents, le processus a suivi un rythme effréné. L'Estonie, par exemple, avait mis trois ans entre sa demande et l'ouverture des négociations, tandis que la Hongrie avait attendu quatre ans. En passant de la candidature formelle à l'ouverture des négociations en moins de deux ans, l'Ukraine a battu tous les records de l'histoire de la construction européenne.
Ce record est le résultat d'une mobilisation sans précédent. Le statut de candidat a été accordé dès juin 2022, seulement quelques mois après le début de l'invasion. L'ouverture formelle des négociations a suivi en juin 2024, et le processus de « screening » — cet examen méticuleux de la législation ukrainienne chapitre par chapitre — s'est achevé en septembre 2025. Jamais un pays candidat n'a franchi autant d'étapes en si peu de temps, et encore moins dans des conditions de guerre ouverte. Il s'agit donc d'un paradoxe : objectivement, l'UE a été plus réactive avec l'Ukraine qu'avec aucun autre candidat par le passé, mais subjectivement, cela reste beaucoup trop lent au regard de l'enjeu existentiel.

Malgré ces progrès, l'enthousiasme des débuts cède le pas à la réalité administrative. Une fois passé l'effet de choc des premiers mois, la machine à négocier de l'UE est retournée à son rythme de croisière, pesante et méthodique. Guerre en Ukraine : pourquoi Macron parle d'échec total pour la Russie, mais cette détermination politique se heurte aux murs de la procédure. L'Ukraine se retrouve aujourd'hui coincée entre la reconnaissance de ses efforts extraordinaires et l'immensité de la tâche restante, une situation qui alimente la frustration de Kiev.
L'examen législatif achevé sous les bombes
Il faut mesurer l'absurdité et l'héroïsme de la situation : l'Ukraine a dû réformer sa justice, restructurer son économie et harmoniser ses lois avec les milliers de pages de l'acquis communautaire tout en se défendant contre des missiles russes. Aucun pays membre de l'Union n'a jamais eu à mener des réformes structurelles aussi profondes sous la menace constante d'anéantissement. C'est un exploit bureaucratique autant que politique qui mérite d'être salué, mais qui semble pourtant pris pour acquis par les négociateurs européens.
Malgré ce contexte apocalyptique, l'Ukraine a rempli les conditions nécessaires à l'ouverture de 3 des 6 groupes de chapitres de négociation. Des progrès significatifs ont été enregistrés, notamment en matière de justice indépendante et de lutte contre la corruption des hauts fonctionnaires. Ces réformes, souvent impopulaires en temps de paix car elles touchent aux réseaux de clientélisme, ont été menées à bien alors que la population vivait sous le couvre-feu et les blackouts. Cela renforce le sentiment d'injustice à Kiev : l'effort de conformité est là, souvent supérieur à celui d'autres candidats en temps de paix, mais la récompense ultime — la date d'adhésion — reste invisible.

Les sept étapes infranchissables pour l'instant
La Commission européenne a défini sept étapes fondamentales que l'Ukraine doit franchir pour progresser sur la voie de l'adhésion. Ces étapes couvrent des domaines aussi vastes que variés, allant de la réforme du système judiciaire à la libéralisation de l'économie, en passant par la lutte contre le blanchiment d'argent et la protection des minorités nationales. C'est ici que le bât blesse : même si la volonté politique existait au sommet de l'UE, la machine administrative elle-même constitue un frein structurel difficile à briser pour une « adhésion express ».
L'UE fonctionne sur le principe de l'acquis communautaire, ce corpus de lois et de normes qui dépasse désormais les 35 chapitres de négociation. Chaque chapitre doit être discuté, amendé, voté et ratifié. Face à cette montagne bureaucratique, l'argument de l'urgence diplomatique s'émousse rapidement. Les technocrates de Bruxelles répètent à l'envi qu'il n'existe pas de « procédure accélérée » pour l'adhésion, car l'intégration d'un nouveau membre doit être irréversible et parfaitement solide. Pour l'Ukraine, cela se traduit par une course d'obstacles où chaque réforme validée est immédiatement suivie de l'exigence de la suivante, repoussant sans cesse l'horizon vers lequel Zelensky appelle ses troupes.
Viktor Orbán et Friedrich Merz : les deux hommes qui freinent l'élargissement
Si les obstacles administratifs sont réels, le blocage le plus dur provient aujourd'hui de la politique pure. L'Union européenne n'est pas un bloc monolithique, mais une somme d'intérêts nationaux parfois contradictoires. Deux figures émergent comme les principaux freins à l'élargissement rapide : Viktor Orbán et Friedrich Merz. Le premier, Premier ministre hongrois, use et abuse de son droit de veto pour des raisons à la fois idéologiques et tactiques. Le second, chancelier allemand, incarne la prudence budgétaire et institutionnelle d'une Allemagne qui craint d'importer une instabilité chronique au cœur du continent.
Ces deux leaders, bien que par des méthodes différentes, posent les mêmes limites infranchissables pour l'instant. Pour Orbán, l'adhésion de l'Ukraine est un levier de négociation pour obtenir des concessions de Bruxelles ou maintenir des liens privilégiés avec Moscou. Pour Merz, elle représente un risque économique et structurel majeur qui ne saurait être précipité sous prétexte d'émotion guerrière. Leur conjonction d'intérêts, pour des motifs opposés, crée une muraille infranchissable autour de la date de 2027 que Kiev espérait.
C'est face à ce mur que l'on réalise la complexité de la diplomatie européenne. L'Ukraine ne négocie pas seulement avec une institution, mais avec vingt-sept capitales ayant chacune leur agenda. La voix Veto hongrois : comment un pays bloque toute l'Europe face à Poutine résonne particulièrement fort dans ce concert. Tant que ces deux acteurs clés ne seront pas apaisés ou contournés, l'ouverture de la porte restera symbolique, entrouverte juste assez pour laisser passer l'espoir, mais fermée assez solidement pour empêcher l'entrée.

La Hongrie, fer de lance du blocage systémique
Viktor Orbán a transformé le droit de veto en une arme politique redoutable. Dans le cas de l'Ukraine, le prétexte avancé est la protection de la minorité hongroise de Transcarpatie, une région de l'ouest de l'Ukraine où vivent environ 150 000 personnes d'origine magyare. Budapest reproche à Kiev une loi sur l'éducation, adoptée en 2017, qui limite l'enseignement dans les langues des minorités. Bien que ce sujet technique puisse faire l'objet de compromis, Orbán l'utilise comme un verrou absolu, menaçant de bloquer non seulement l'adhésion, mais aussi l'aide financière cruciale de 50 milliards d'euros destinée à soutenir l'économie ukrainienne.
Ce chantage permanent place l'Union européenne dans une position inconfortable. En acceptant de donner à Orbán un droit de regard sur la politique éducative d'un pays voisin en échange de son silence sur l'élargissement, Bruxelles risque de légitimer l'ingérence. En revanche, en ignorant ses demandes, l'UE se paralyse elle-même. Orbán navigue entre les deux eaux, servant les intérêts du Kremlin en affaiblissant l'unité européenne, tout en tirant profit de la situation pour renforcer son propre régime à Budapest. C'est un jeu dangereux qui illustre les failles de la prise de décision à l'unanimité.
Le "Non" allemand et l'ombre des réformes nécessaires
De l'autre côté, le "Non" allemand est d'une nature différente. Friedrich Merz, chancelier d'une Allemagne économique puissance motrice de l'UE, a clairement indiqué qu'il était « hors de question » que l'Ukraine entre dans l'Union en 2027. Contrairement à Orbán, son opposition n'est pas basée sur un veto idéologique vis-à-vis de l'Ukraine elle-même, mais sur une vision rigoriste des critères d'adhésion. Berlin craint qu'une intégration précipitée n'importe au sein de l'UE un État failli ou économiquement instable, dont les structures démocratiques seraient trop fragiles pour résister aux pressions.
L'Allemagne redoute particulièrement l'impact budgétaire et le coût exorbitant des reconstructions post-guerre si l'Ukraine devient membre sans avoir terminé ses réformes. Pour Merz, l'adhésion doit être la couronne d'un processus de transformation réussie, et non le préalable à cette transformation. C'est la vision classique, juridique et ordonnée de l'Europe, qui s'oppose point par point à la vision géopolitique et émotionnelle portée par l'Est du continent et les pays baltes. Ce choc des cultures politiques au sein de l'UE est l'un des principaux obstacles à l'octroi de la date que réclame Zelensky.
96,5 milliards d'euros : le prix d'entrée que l'UE hésite à payer
Au-delà des considérations politiques et juridiques, l'argent reste le nerf de la guerre... de la paix. L'élargissement à l'Ukraine représente un choc financier sans précédent pour le budget de l'Union européenne. Une étude du Conseil chiffre le coût de l'adhésion de l'Ukraine sur les bases actuelles de la Politique Agricole Commune (PAC) à 96,5 milliards d'euros sur une période de sept ans. C'est près de 19 milliards d'euros par an que les contribuables européens devraient débloquer pour intégrer un pays dont le niveau de vie n'atteint qu'à peine le tiers de la moyenne européenne.
Cette somme vertigineuse est l'argument massue des opposants à une adhésion rapide. Dans un contexte de tensions inflationnistes et de crise énergétique, comment expliquer aux agriculteurs français, polonais ou allemands, qui déjà manifestent pour leur revenus, qu'ils devront partager leurs aides avec un nouveau membre aussi vaste et potentiellement concurrentiel ? La PAC absorbe déjà près de 40 % du budget européen, et l'intégration de l'Ukraine, grenier à blé de l'Europe, nécessiterait soit une augmentation drastique des contributions nationales, soit une baisse significative des aides pour les membres actuels.
C'est ici que l'idéalisme européen se heurte de plein fouet au réalisme comptable. Les dirigeants européens savent que promettre une adhésion rapide, c'est aussi promettre des transferts financiers massifs à long terme. Or, avec l'essor des partis populistes et souverainistes dans de nombreux États membres, la promesse de transférer des dizaines de milliards vers l'Est devient électoralement toxique. Le coût de l'intégration n'est donc pas seulement économique, il est aussi politique, menaçant la stabilité des gouvernements pro-européens.

La peur des agriculteurs européens face au "géant" ukrainien
L'Ukraine dispose de terres arables parmi les plus fertiles au monde et d'un secteur agricole capable de nourrir des centaines de millions de personnes. Son intégration dans le marché unique, couplée aux subventions de la PAC, ferait d'elle un géant de l'agriculture européenne. Cette perspective effraie de nombreux agriculteurs de l'Ouest, qui craignent une concurrence déloyale basée sur des coûts de production bien inférieurs et des normes environnementales parfois moins strictes.
Cette peur n'est pas de la xénophobie, mais une angoisse économique légitime. Les manifestations de tracteurs à travers l'Europe en 2024 et 2025 ont montré la sensibilité de ce sujet. L'idée que les fonds européens servent à moderniser l'agriculture ukrainienne pour qu'elle concurrence ensuite les fermes familiales françaises ou italiennes est un scénario cauchemardesque pour de nombreux ruraux. Ce lobby agricole puissant exerce une influence considérable sur les décisions de Bruxelles, agissant comme un frein invisible mais puissant à toute accélération du processus d'adhésion.
Un investissement ou une charge ?
Pourtant, une vision purement comptable est réductrice. La Fondation Robert Schuman et d'autres think tanks européens soulignent que l'Ukraine apportera une valeur ajoutée considérable au marché commun qui pourrait, à terme, compenser l'investissement initial. L'Ukraine n'est pas seulement un grenier à blé, c'est aussi une réserve de talents techniques, notamment dans le domaine du numérique et des technologies de l'information. De plus, ses ressources en minerais stratégiques, comme le lithium, sont essentielles pour la production de véhicules électriques et l'indépendance technologique de l'Europe face à la Chine.
Considérer les 96,5 milliards comme une charge passagère plutôt que comme un investissement stratégique est donc une question de perspective. L'intégration de l'Ukraine permettrait à l'Europe de sécuriser ses chaînes d'approvisionnement, de renforcer son marché de consommation et de gagner un poids géopolitique majeur sur la scène internationale. C'est un pari sur l'avenir : celui qu'un investissement massif aujourd'hui permettra de créer une zone de prospérité et de stabilité demain, évitant à l'Europe de devoir payer encore plus cher pour sa sécurité militaire ou la gestion de crises migratoires causées par un État effondré à ses frontières.
Au-delà des drapeaux : ce que l'Ukraine apporte concrètement aux jeunes Européens
Pour emporter l'adhésion des opinions publiques, il faut dépasser le discours symbolique des drapeaux bleu et jaune flottant devant le Parlement européen. Les jeunes Européens, en particulier, se demandent : « Qu'est-ce qui changerait pour moi ? ». La réponse est plus pragmatique qu'on ne le pense. L'Ukraine est souvent décrite comme une « superpuissance numérique » qui pourrait injecter une dose de modernité dans les services publics souvent archaïques de l'UE.
Avec son application gouvernementale Diia, qui permet à des millions de citoyens d'accéder à tous leurs documents administratifs sur leur smartphone, l'Ukraine est en avance sur de nombreux membres de l'Union. Son adhésion permettrait un transfert de technologie et d'expertise digitale qui pourrait accélérer la numérisation des administrations françaises, italiennes ou allemandes. C'est une opportunité concrète de modernisation que les jeunes générations, avides d'efficacité numérique, sont prêtes à saisir.
Un autre bénéfice tangible et immédiat est déjà en préparation : l'intégration de l'Ukraine dans la zone d'itinérance (roaming) de l'UE dès le 1er janvier 2026. Cela signifie que les appels téléphoniques et l'utilisation des données mobiles ne coûteront pas plus cher pour les voyageurs européens en Ukraine, et vice-versa. C'est une première victoire concrète de l'intégration progressive, un avant-goût des bénéfices concrets de l'adhésion qui touche directement le quotidien des citoyens.
L'itinérance mobile dès 2026 : une première victoire concrète
La mise en place de l'itinérance sans surtaxe est bien plus qu'une mesure technique ; c'est un symbole puissant de rapprochement des peuples. Dès 2026, les jeunes Européens pourront voyager à Kiev ou Lviv sans craindre une facture exorbitante, et les Ukrainiens pourront rester connectés avec leurs familles exilées en Europe de l'Ouest sans barrières économiques. Cela favorisera les échanges culturels, le tourisme de découverte et les liens humains qui constituent le véritable ciment de l'Union européenne.
Cette mesure d'intégration progressive illustre la stratégie de l'UE : ne pas attendre l'adhésion finale pour commencer à harmoniser les droits des citoyens. C'est une manière de répondre à l'impatience de Zelensky et des Ukrainiens en montrant que les murs tombent petit à petit, même si la porte principale reste fermée pour l'instant. Pour les jeunes, c'est la preuve que l'Europe n'est pas juste un projet bureaucratique, mais un espace de vie en constante expansion.
Une défense européenne renforcée par l'expérience ukrainienne
Enfin, l'apport le plus stratégique de l'Ukraine concerne la sécurité. Après quatre ans de guerre totale, l'Ukraine possède l'armée la plus expérimentée, la plus entraînée et la plus motivée d'Europe. Son adhésion transformerait radicalement la géopolitique de l'Union, la faisant passer du statut de puissance civile à celui d'acteur militaire de premier plan. Pour les jeunes Européens, qui ont grandi dans la sécurité garantie par l'OTAN mais qui ressentent aujourd'hui la menace russe poindre à l'horizon, c'est un argument de poids.
L'intégration de l'Ukraine ne signifie pas seulement ajouter un territoire, c'est ajouter une capacité de dissuasion. L'expérience ukrainienne en matière de guerre hybride, de cyberdéfense et de résilience civile est inestimable. En partageant ce savoir-faire, l'Ukraine aiderait l'Europe à se réarmer plus efficacement face aux menaces futures. C'est une assurance-vie pour les décennies à venir, une raison pragmatique de soutenir l'adhésion qui transcende les clivages politiques habituels.

La bataille de la justice : l'obstacle interne du NABU et de la corruption
Enfin, tous les regards ne doivent pas se tourner vers Bruxelles. L'Ukraine elle-même doit encore prouver qu'elle est prête à devenir un "État de droit" pleinement fonctionnel. La corruption endémique reste le poison qui ronge le système depuis des décennies et constitue l'argument principal des sceptiques en Europe. En 2025, l'Ukraine était classée 105e sur 180 pays pour la corruption, un score bien trop bas pour un pays candidat à l'UE.
Les événements de l'été 2025 ont particulièrement inquiété les partenaires européens. Une tentative législative visant à supprimer l'indépendance du Bureau national anti-corruption (NABU) a failli aboutir, montrant que les oligarques et les vieux réseaux de corruption étaient toujours actifs et capables d'influencer le pouvoir législatif. Ce type d'incident donne des munitions à ceux qui, comme Friedrich Merz, estiment que les réformes de l'Ukraine ne sont que cosmétiques et risquent de s'effondrer dès que la pression internationale se relâchera.
L'UE a donc lié l'ouverture de nouveaux chapitres de négociation à des progrès tangibles dans la lutte contre la corruption. C'est un cercle vicieux : la guerre favorise l'opacité et les marchés noirs, rendant la lutte anti-corruption plus difficile, alors même que l'UE exige plus de transparence pour justifier l'adhésion. L'Ukraine doit donc mener une guerre sur deux fronts : militaire contre la Russie et interne contre ses propres démons institutionnels.
2030 : l'objectif réaliste de Kaja Kallas contre les sceptiques
Face à ce tableau complexe, certains dirigeants européens tentent de tracer une voie médiane. Kaja Kallas, la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, estime que l'adhésion de l'Ukraine et d'autres pays d'ici à 2030 demeure un « objectif réaliste ». Pour elle, ce calendrier permettrait de concilier l'impératif géopolitique de sécuriser l'Europe de l'Est et la nécessité absolue de mener à terme les réformes structurelles.
Cet objectif de 2030 repose toutefois sur une hypothèse critique : que la guerre s'arrête ou se fige. Tant que le conflit fait rage, la normalisation institutionnelle de l'Ukraine reste une gageure. Kaja Kallas et ses partisans misent sur une dynamique de « réussite guidée » où chaque réforme validée rapproche un peu plus du but, gardant la motivation du peuple ukrainien intacte. C'est une ligne de crête étroite entre le pessimisme allemand et l'optimisme ukrainien, mais c'est aujourd'hui la seule perspective qui fasse consensus chez une partie des États membres.
Réformer sous les tirs : la gageure impossible
Il ne faut pas sous-estimer l'exploit que représente la réforme de l'État sous les bombardements. Habituellement, les pays candidats concentrent toutes leurs énergies administratives et politiques sur l'alignement avec les normes de Bruxelles. L'Ukraine, elle, doit diviser ses ressources entre la survie nationale et la modernisation de l'État. Le maintien de l'électricité, la gestion des réfugiés et la logistique militaire passent souvent avant l'adoption de nouvelles régulations bancaires ou environnementales.
Cependant, l'UE reste ferme sur ce point : l'intégration d'un État corrompu ou fragile serait une menace pour la cohésion interne de l'Union. Les exemples de la Hongrie ou de la Pologne, qui ont mis à rude épreuve l'État de droit ces dernières années, servent d'avertissement. Bruxelles ne veut pas importer un problème de plus grande ampleur avec l'Ukraine. L'attente, pour les Européens, est donc que Kiev démontre que les réformes adoptées ne sont pas un vernis provisoire mais des changements profonds et irréversibles, capables de résister à l'épreuve du temps et du conflit.
Conclusion : 2030, l'horizon possible ou le nouveau mirage ?
L'ultimatum lancé par Zelensky le 24 février 2026 met l'Union européenne face à ses propres contradictions. Tiraillée entre l'idéal d'une Europe unie et solidaire et les réalités d'une construction bureaucratique lourde et coûteuse, l'UE cherche l'équilibre. L'émotion du discours du président ukrainien, marquant le souvenir des quatre années de guerre, se heurte à la froideur des calculs budgétaires et aux vetos politiques de Budapest ou Berlin.
L'objectif de 2030, porté par Kiev et relayé par des figures comme Kaja Kallas, reste un horizon possible, mais il ne sera pas atteint par magie. Il exigera de l'Ukraine qu'elle continue ses réformes internes avec une rigueur exemplaire, en dépit de la poursuite du conflit. Il exigera surtout de l'Union qu'elle se réinvente, qu'elle trouve des mécanismes pour contourner les blocages nationaux et qu'elle accepte le coût financier de son propre agrandissement comme le prix de sa sécurité. Si ces deux conditions sont réunies, le mirage de 2030 pourrait bien se transformer en la première grande réalisation géopolitique de l'Europe du XXIe siècle.