Affrontements entre la police anti-émeute et des civils devant le siège du CHP à Ankara
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Turquie : assaut policier du 24 mai contre le CHP, le jour où l'État de droit a vacillé

Le 24 mai 2026, la police turque a pris d’assaut le siège du CHP pour en déloger son chef Özgür Özel, après une décision de justice contestée.

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24 mai 2026 : le jour où les gaz lacrymogènes ont envahi le siège de l'opposition turque

Ce dimanche 24 mai 2026 restera dans les mémoires comme l'un des jours les plus sombres de la démocratie turque. Peu après midi, des centaines de policiers anti-émeute ont pris d'assaut le siège du Parti républicain du peuple (CHP) à Ankara, le principal parti d'opposition. Les images capturées par un photographe de l'AFP montrent des agents casqués, boucliers levés, pénétrant dans le bâtiment après avoir fait usage de gaz lacrymogènes. À l'intérieur, les députés avaient formé des barricades de fortune avec des meubles, tentant de bloquer l'accès au 12ᵉ étage où leur dirigeant élu, Özgür Özel, s'était retranché.

Affrontements entre la police anti-émeute et des civils devant le siège du CHP à Ankara
Affrontements entre la police anti-émeute et des civils devant le siège du CHP à Ankara — (source)

Dehors, des canons à eau dispersaient les centaines de partisans rassemblés pour défendre leur chef. Selon les témoignages recueillis par la BBC, des nuages de gaz lacrymogène enveloppaient l'entrée du bâtiment, mêlés aux cris des manifestants. La scène évoquait un champ de bataille, pas le siège d'un parti politique dans un pays membre de l'OTAN.

L'opération faisait suite à une demande des représentants de Kemal Kılıçdaroğlu, l'ancien dirigeant du CHP que la justice venait de réinstaller à la tête du parti. Ils avaient sollicité la police pour « faire appliquer la décision de justice ». Mais pour Özel et ses partisans, il s'agissait d'une invasion illégale, d'un coup de force ourdi par le pouvoir.

Police anti-émeute devant le siège du CHP à Ankara
Police anti-émeute devant le siège du CHP à Ankara — (source)

Vers 15 heures, après des heures de résistance, Özel a finalement été extrait du bâtiment. Mais au lieu de s'avouer vaincu, il a conduit des centaines de supporters vers le Parlement turc, à quelques kilomètres de là. Le défi était lancé.

« Je ne sortirai pas » : le défi d'Özgür Özel aux forces de l'ordre

Depuis le 12ᵉ étage du siège du CHP, Özgür Özel avait lancé un appel qui a fait le tour des réseaux sociaux. « Nous ne sortirons pas d'ici ! » avait-il déclaré dans une vidéo partagée sur X, quelques heures avant l'assaut. Autour de lui, des députés formaient une chaîne humaine pour bloquer les portes. Le message était clair : la direction élue du parti ne céderait pas à ce qu'elle considérait comme un coup d'État judiciaire.

Mais la détermination des policiers a eu raison de cette résistance symbolique. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz poivre pour disperser les députés, avant de pénétrer dans la pièce où se trouvait Özel. Selon le récit de RFI, l'extraction a été brutale, mais sans violence physique excessive contre le dirigeant lui-même. Le symbole, lui, était dévastateur : pour la première fois dans l'histoire de la République turque, un chef de l'opposition était délogé de son propre siège par la police.

« Je me révolte contre l'alliance de ceux qui veulent s'emparer du parti d'Atatürk et de ceux qui veulent livrer au pouvoir le parti d'Atatürk ! » a-t-il lancé après sa sortie, cité par RFI. « À partir d'aujourd'hui, le CHP sera sur les routes, dans les rues, sur les places, en marche vers le pouvoir. »

Canons à eau et barricades de fortune : les images choc de l'assaut contre le CHP

Les images diffusées ce jour-là ont fixé le récit de l'événement. On y voit des policiers anti-émeute, casqués et boucliers au poing, forcer l'entrée d'un bâtiment dont les fenêtres sont barricadées avec des chaises et des tables. Dehors, des canons à eau projettent des jets puissants sur les partisans qui tentent de s'approcher. L'AFP, présente sur place, a capté des clichés où la fumée des gaz lacrymogènes se mêle à la lumière crue du soleil d'Ankara.

Assaut policier sur le siège du CHP à Ankara avec fumée et banderoles politiques
Assaut policier sur le siège du CHP à Ankara avec fumée et banderoles politiques — (source)

Ces images rappellent étrangement celles des manifestations de Gezi en 2013, ou plus récemment des rassemblements étudiants en France. Mais ici, il ne s'agit pas de contestataires anonymes : ce sont des députés élus, le chef de l'opposition, le personnel politique légitime du premier parti de Turquie. La violence de l'intervention contraste avec la dignité affichée par les occupants du bâtiment.

Sur les réseaux sociaux, les vidéos tournent en boucle. Des jeunes Turcs filment avec leurs smartphones, commentent en direct, partagent leur indignation. Ces images deviennent immédiatement le symbole d'une démocratie qui vacille.

Du 21 au 24 mai : la cascade juridique qui a permis de piéger le CHP

Pour comprendre l'assaut du 24 mai, il faut remonter au 21 mai. Ce jour-là, la 36ᵉ chambre de la cour d'appel régionale d'Ankara a rendu une décision qui allait changer le paysage politique turc. Elle a déclaré le congrès du CHP de novembre 2023 « absolument nul et non avenu » pour « fraude », destituant Özgür Özel et tous les organes du parti. Kemal Kılıçdaroğlu, l'ancien dirigeant battu par Özel en 2023, était réinstallé à la tête du parti par décision de justice.

Les forces de l'ordre en formation devant le siège du parti d'opposition à Ankara.
Les forces de l'ordre en formation devant le siège du parti d'opposition à Ankara. — (source)

Le timing n'avait rien d'anodin. La décision tombait juste avant les neuf jours de congés de l'Aïd al-Adha, qui débutaient le vendredi. Une manœuvre destinée à minimiser les manifestations de masse, selon l'analyse du WSWS. La veille du jugement, Kılıçdaroğlu avait publié une vidéo sur ses réseaux sociaux laissant entendre son retour, comme s'il avait été averti de la décision imminente.

Les motifs invoqués par le tribunal étaient des « irrégularités » lors du congrès de 2023 : pressions sur les délégués, promesses de recrutement, achats de voix. Des accusations que la direction sortante a toujours rejetées, y voyant un prétexte pour une intervention politique déguisée en décision de justice.

« La démocratie turque aura l'opposition qu'elle mérite » : quand Erdogan préparait le terrain

Le président Recep Tayyip Erdoğan n'avait pas caché ses intentions. Sur X, il avait écrit quelques jours avant la décision : « La démocratie turque aura l'opposition qu'elle mérite. » Une phrase rapportée par Le Monde, qui prend tout son sens rétrospectivement. Le message était clair : l'exécutif avait préparé l'opinion publique à une intervention contre le CHP.

Le tribunal s'est appuyé sur des « irrégularités » précises. Selon les juges, des pressions auraient été exercées sur les délégués du congrès de 2023, avec des promesses de recrutement et des achats de voix. La procédure avait été lancée par des membres du parti écartés de la nouvelle direction, proches de Kılıçdaroğlu. Pour les observateurs, ces motifs étaient suffisamment vagues pour justifier n'importe quelle décision politique.

« Ce n'est pas une décision de justice, c'est une décision politique rendue sous la pression du gouvernement », a commenté un analyste cité par le WSWS. Le précédent est dangereux : si un tribunal peut annuler un congrès interne pour des « irrégularités » non vérifiées, aucun parti d'opposition n'est à l'abri.

Le YSK contourné : l'arme juridique qui a servi à destituer Özel

La décision de la cour d'appel d'Ankara présente un vice de procédure majeur. Elle viole l'autorité du Conseil électoral suprême (YSK), l'organe constitutionnellement chargé de superviser et d'approuver les congrès des partis politiques. En annulant le congrès de 2023 sans passer par le YSK, la cour d'appel s'est arrogé un pouvoir que la Constitution ne lui accorde pas.

Les appels du CHP auprès du tribunal et du YSK ont été immédiatement rejetés. Le message était clair : la voie judiciaire était fermée. Ne restait que la rue.

Cette violation constitutionnelle est au cœur de l'analyse du WSWS, qui y voit « la fin possible du système multipartite constitutionnel, même limité, en Turquie ». En contournant le YSK, le pouvoir exécutif a montré qu'il était prêt à utiliser la justice comme une arme politique, sans égard pour les règles constitutionnelles. L'autonomie des partis d'opposition, déjà fragile, est désormais caduque.

Génération Z turque : les jeunes Turcs face à l'effondrement de l'opposition

Au-delà de la mécanique juridique et politique, l'événement du 24 mai a profondément marqué la jeunesse turque. Pour les 18-30 ans, Özgür Özel n'était pas un dirigeant comme les autres. Élu en 2023 sur une promesse de renouvellement face à l'ancienne garde de Kılıçdaroğlu, il incarnait l'espoir d'une génération qui avait voté massivement pour le CHP aux élections locales de 2024.

Sur TikTok et X, les réactions des jeunes militants turcs sont unanimes. « C'est la fin de la démocratie en Turquie », écrit un étudiant d'Istanbul. « Nous avons voté, nous avons gagné, et maintenant ils nous volent notre victoire », poste une jeune femme de 22 ans, vidéo à l'appui. Les hashtags #CHPyiSavun (Défendons le CHP) et #ÖzelinYanındayız (Nous sommes avec Özel) explosent.

Cette génération a grandi sous Erdoğan. Elle a connu les manifestations de Gezi en 2013, la tentative de coup d'État de 2016, la répression des médias et des universités. Mais l'assaut contre le siège du CHP représente un seuil symbolique. « Ils ont franchi une ligne rouge », confie un militant de 25 ans. « Si le parti d'opposition n'est plus libre, alors rien ne l'est. »

« Özel devient le symbole » : l'icône générationnelle de la résistance au CHP

La popularité d'Özgür Özel auprès des jeunes n'est pas un hasard. Ancien pharmacien, député depuis 2011, il a construit une image de renouveau face à Kılıçdaroğlu, perçu comme un apparatchik usé par des décennies de pouvoir interne. En 2023, il avait promis de « rendre le CHP aux citoyens », de le moderniser, de le tourner vers les préoccupations des jeunes : chômage, liberté d'expression, droits LGBTQ+.

Aujourd'hui, son éviction par la force le transforme en martyr politique. « Özel devient le symbole de la résistance », analyse un observateur cité par France 24. Pour les jeunes Turcs, il incarne la lutte contre un système qui ne leur laisse aucun espace. Son appel à « marcher vers le pouvoir » résonne particulièrement chez ceux qui ont le sentiment d'avoir été trahis par la justice et par l'État.

« Nous ne les laisserons pas faire », écrit un étudiant d'Ankara sur Instagram. « Özel est notre voix. S'ils la réduisent au silence, nous crierons plus fort. »

Sur TikTok et X : comment la génération Z documente l'invasion policière

Le 24 mai, les smartphones étaient partout. Des jeunes Turques et Turcs ont filmé l'assaut en direct, diffusant leurs vidéos sur TikTok, Instagram et X. Ces images, souvent plus brutes que celles des médias traditionnels, montrent la police anti-émeute en action, les barricades qui cèdent, les députés qui crient.

Mais la répression algorithmique guette. Plusieurs comptes militants ont signalé une baisse soudaine de leurs vues, des vidéos dépubliées pour « violation des conditions d'utilisation ». La plateforme X, sous la direction d'Elon Musk, a été critiquée pour sa modération inégale. Pourtant, les activistes s'adaptent : ils changent de hashtags, utilisent des comptes secondaires, chiffrent leurs messages.

Cette résilience numérique est une forme de contre-information. Alors que les médias officiels turcs minimisent l'événement, les réseaux sociaux deviennent le seul espace où la vérité peut circuler. Pour la génération Z, c'est une arme de survie politique.

De l'état d'urgence en France à l'assaut d'Ankara : les mêmes images pour des régimes différents ?

Pour un public français, les images du 24 mai suscitent un sentiment de déjà-vu. Les gaz lacrymogènes, les barricades, les charges policières : ces scènes rappellent les manifestations des gilets jaunes ou les rassemblements contre la réforme des retraites. Pourtant, la similitude visuelle cache une différence fondamentale.

Le siège du Parti républicain du peuple (CHP) à Ankara, au cœur de l'actualité politique turque

En France, les interventions policières visent des manifestants, des citoyens qui contestent une décision gouvernementale dans l'espace public. Le cadre légal est celui du maintien de l'ordre, contestable mais défini. En Turquie, le 24 mai, la police n'intervenait pas contre des manifestants, mais contre le siège du premier parti d'opposition, sur décision d'un tribunal aux ordres. La cible n'était pas une foule, mais une institution démocratique.

Cette différence d'échelle est cruciale. En France, malgré les débats sur la « Loi Sécurité Globale » et les accusations de violences policières, l'État de droit reste globalement respecté. Les partis d'opposition siègent au Parlement, leurs dirigeants ne sont pas délogés par la police. En Turquie, l'assaut du 24 mai montre que ce rempart a cédé.

Gaz lacrymo, barricades, arrestations : quand les images se ressemblent

Les similitudes techniques sont frappantes. Les policiers anti-émeute turcs utilisent le même matériel que leurs homologues français : boucliers, casques, canons à eau, gaz lacrymogènes. Les barricades de fortune des députés du CHP ressemblent à celles des manifestants français. Les accusations de violence policière sont les mêmes.

Mais cette ressemblance est un piège. Elle peut faire croire que la Turquie est simplement une version plus extrême de la France, alors que la nature du régime est différente. En France, la police agit dans le cadre d'un État de droit imparfait mais réel. En Turquie, elle exécute les ordres d'un exécutif qui a méthodiquement détruit l'indépendance de la justice.

« Ce n'est pas une simple dérive sécuritaire, c'est une transformation du régime », explique un chercheur cité par Libération. Les images se ressemblent, mais le contexte politique les rend radicalement différentes.

Ce que la France peut apprendre du coup de force d'Erdoğan contre sa justice

L'affaire Özel est un avertissement pour toutes les démocraties. Elle montre ce qui arrive quand l'indépendance de la justice est détruite et quand la police exécute sans filtre les ordres de l'exécutif. En France, les débats sur la nomination des procureurs, le rôle du parquet financier et les pouvoirs du ministère de l'Intérieur prennent une dimension nouvelle à la lumière de ce précédent.

La Turquie n'est pas devenue autoritaire en un jour. Le processus a été progressif : contrôle des médias, épuration de la justice, répression des opposants, arrestation des maires de l'opposition. L'assaut du 24 mai n'est que l'étape la plus visible d'une longue dérive.

Pour la France, la leçon est claire : la séparation des pouvoirs n'est jamais définitivement acquise. Elle doit être défendue chaque jour, dans les tribunaux, dans les médias, dans la rue. L'antiaméricanisme ou le simple refus du gouvernement ne suffisent pas à protéger une démocratie. Il faut des institutions solides et une vigilance citoyenne.

De l'arrestation d'İmamoğlu à la destitution d'Özel : l'élimination méthodique des rivaux d'Erdoğan

L'assaut du 24 mai ne sort pas de nulle part. Il s'inscrit dans une chronologie implacable qui montre l'élimination méthodique de tout contre-pouvoir élu en Turquie. Le CHP, pourtant sorti large vainqueur des élections locales de 2024, croule depuis sous les enquêtes et les arrestations.

L'an passé, le maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, figure la plus populaire de l'opposition, a été arrêté pour « corruption » et placé en détention le jour même de sa désignation comme candidat à l'élection présidentielle de 2028. Un scénario qui avait déjà suscité l'indignation nationale et internationale. Aujourd'hui, c'est au tour d'Özel.

« Le CHP est méthodiquement décapité », analyse le WSWS. Après İmamoğlu, après Özel, il ne reste plus aucune figure nationale capable de mobiliser l'opposition. Le message du pouvoir est clair : aucun adversaire ne sera toléré, aucun espace démocratique ne sera laissé intact.

Cette stratégie a un coût. La Turquie, déjà fragilisée par une crise économique chronique, voit son image internationale se dégrader. Les investisseurs hésitent, le tourisme décline. Mais pour Erdoğan, l'essentiel est ailleurs : verrouiller le pouvoir avant l'élection de 2028.

2024-2026 : la chronique d'une mort annoncée de l'opposition turque

La séquence est implacable. En mars 2024, le CHP remporte les élections locales avec une avance historique, prenant la mairie d'Istanbul, d'Ankara et de nombreuses grandes villes. C'est un séisme politique. Pour la première fois depuis 2002, Erdoğan semble vulnérable.

Fin 2024, le maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu est arrêté pour « corruption ». La veille, il avait été désigné candidat à la présidentielle de 2028. La justice le place en détention provisoire. L'opposition crie au coup d'État judiciaire.

Mi-2026, c'est au tour d'Özgür Özel. La cour d'appel annule son élection, la police prend d'assaut le siège du CHP. En deux ans, l'opposition turque a perdu ses deux figures les plus populaires. Aucun espace démocratique n'est laissé intact.

« La scène politique turque est méthodiquement vidée de tout contre-pouvoir élu », résume un analyste. Les partis d'opposition, les maires, les députés : tous sont sous pression. Le système multipartite, déjà affaibli par des années de dérive autoritaire, est désormais en sursis.

L'OTAN silencieuse, l'UE divisée : quel avenir pour les relations avec la Turquie ?

Face à cette dérive, la communauté internationale reste timide. L'Union européenne, qui avait suspendu les négociations d'adhésion avec la Turquie depuis des années, a publié un communiqué appelant « au respect de l'État de droit ». Mais aucune sanction concrète n'a été annoncée.

L'OTAN, dont la Turquie est membre, observe un silence gêné. Pourtant, l'assaut du 24 mai a eu lieu alors que les tensions avec les alliés occidentaux sont vives. En marge du sommet de l'OTAN à Ankara, des manifestations avaient éclaté, et « Trump, va-t'en ! » avait scandé la foule. Les arrestations s'étaient multipliées.

Ce silence a un prix. Pour la Russie, l'affaiblissement de l'opposition turque est une aubaine. Elle renforce sa position régionale, tandis que l'OTAN perd un allié fiable. Les investissements étrangers en Turquie, déjà en baisse, pourraient encore chuter. Le tourisme, secteur vital pour l'économie turque, est menacé.

« La Turquie est en train de devenir un État paria », analyse un diplomate européen cité par France 24. Mais les divisions internes à l'UE et les intérêts économiques de certains États membres empêchent une réponse ferme.

Le CHP dans la rue, la démocratie turque au bord du gouffre

L'assaut du 24 mai n'est pas un simple incident de parcours. C'est la démonstration qu'il n'existe plus de séparation des pouvoirs en Turquie. La justice, la police, l'exécutif agissent de concert pour éliminer toute opposition légale. Le CHP, privé de son siège et de sa direction, n'a plus d'espace institutionnel pour agir.

Sa survie passe désormais par la rue et les réseaux sociaux. Özel l'a compris, qui appelle à « marcher vers le pouvoir ». Ses partisans, jeunes pour beaucoup, refusent de céder. Ils filment, partagent, manifestent. Mais la répression est féroce. Les arrestations se multiplient, les comptes sont censurés.

L'incertitude est radicale. L'élection présidentielle de 2028 approche, mais dans quelles conditions se tiendra-t-elle ? Avec İmamoğlu en prison et Özel destitué, l'opposition n'a plus de candidat crédible. Erdoğan peut envisager un nouveau mandat sans véritable adversaire.

Pourtant, un espoir subsiste. Celui des militants qui continuent à se battre, des jeunes qui refusent la confiscation de la démocratie. « Je me révolte contre l'alliance de ceux qui veulent s'emparer du parti d'Atatürk et de ceux qui veulent livrer au pouvoir le parti d'Atatürk ! » a lancé Özel en quittant le siège du CHP. Cette révolte, pour l'instant, est leur seule arme.

La résistance par la rue : un pari risqué mais nécessaire

La marche d'Özel et de ses partisans vers le Parlement turc, le 24 mai, a marqué le début d'une nouvelle phase. Les députés du CHP, privés de leur siège, ont annoncé des rassemblements quotidiens dans les grandes villes du pays. L'objectif est de maintenir la pression sur le gouvernement et d'empêcher que l'éviction d'Özel ne devienne un fait accompli.

Mais la rue est un terrain dangereux en Turquie. Les manifestations sont systématiquement réprimées, les arrestations arbitraires. Les militants le savent, mais ils estiment n'avoir plus le choix. « Nous avons essayé la voie judiciaire, elle nous a été fermée. Nous avons essayé la voie politique, on nous a volé notre parti. Il ne reste que la rue », explique un jeune militant d'Ankara.

Cette résistance pourrait toutefois s'essouffler. Sans direction claire, sans financement, sans accès aux médias, le CHP risque de se fragmenter. La question est de savoir combien de temps les militants tiendront face à la fatigue et à la répression.

Un avenir incertain pour l'opposition turque

L'éviction d'Özel laisse un vide politique immense. Le CHP, qui était devenu le premier parti de Turquie après sa victoire aux élections locales de 2024, se retrouve décapité. Kemal Kılıçdaroğlu, réinstallé par la justice, est perçu comme un dirigeant illégitime par une large partie de la base militante.

Les scénarios possibles sont nombreux. Une scission du CHP, avec la création d'un nouveau parti par les partisans d'Özel. Une radicalisation de la contestation, avec des manifestations de plus en plus dures. Ou au contraire, une démobilisation progressive, laissant le champ libre à Erdoğan.

Ce qui est certain, c'est que la démocratie turque a franchi un seuil. En utilisant la justice et la police pour éliminer l'opposition, le pouvoir a montré qu'il était prêt à tout pour se maintenir. La question n'est plus de savoir si la Turquie est une démocratie, mais si elle peut le redevenir.

Conclusion

L'assaut du 24 mai 2026 contre le siège du CHP à Ankara marque un tournant dans l'histoire politique turque. En trois jours, du 21 au 24 mai, la justice a destitué la direction élue du principal parti d'opposition, et la police a délogé son chef par la force. Cette opération, rendue possible par le contournement du Conseil électoral suprême et par une décision de justice à motivation politique, illustre l'élimination méthodique de tout contre-pouvoir élu en Turquie.

Les images de gaz lacrymogènes, de barricades et de policiers anti-émeute rappellent d'autres contextes, mais la nature de l'événement est radicalement différente : ce n'est pas une manifestation qui a été réprimée, mais l'institution même de l'opposition démocratique. La génération Z turque, qui avait placé ses espoirs dans Özgür Özel, se retrouve privée de représentation politique.

La communauté internationale, OTAN et UE en tête, reste timide face à cette dérive. Pourtant, l'enjeu dépasse la Turquie : c'est la question de la résistance des démocraties face à l'autoritarisme qui se joue à Ankara. La rue et les réseaux sociaux restent les derniers espaces de contestation, mais leur capacité à inverser le cours des choses est incertaine. L'avenir de l'opposition turque se joue dans un équilibre fragile entre la détermination des militants et la répression d'un pouvoir qui ne recule devant rien.

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Questions fréquentes

Pourquoi la police a-t-elle attaqué le siège du CHP le 24 mai 2026 ?

La police a pris d'assaut le siège du CHP à Ankara pour exécuter une décision de justice qui destituait Özgür Özel et réinstallait Kemal Kılıçdaroğlu à la tête du parti. Les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour déloger le chef de l'opposition et les députés qui s'étaient barricadés à l'intérieur.

Quelle décision de justice a permis la destitution d'Özgür Özel ?

Le 21 mai 2026, la 36ᵉ chambre de la cour d'appel régionale d'Ankara a annulé le congrès du CHP de novembre 2023 pour « fraude », destituant Özgür Özel et tous les organes du parti. Cette décision contournait l'autorité du Conseil électoral suprême (YSK), normalement chargé de superviser les congrès des partis.

Quel rôle a joué Recep Tayyip Erdoğan dans l'affaire du CHP ?

Quelques jours avant la décision de justice, le président Erdoğan avait écrit sur X : « La démocratie turque aura l'opposition qu'elle mérite », préparant l'opinion publique à l'intervention. Selon l'article, cette phrase montre que l'exécutif avait orchestré l'opération contre le CHP en utilisant la justice comme une arme politique.

Comment la génération Z turque a-t-elle réagi à l'assaut policier ?

Les jeunes Turcs ont massivement partagé des vidéos de l'assaut sur TikTok et X, utilisant les hashtags #CHPyiSavun et #ÖzelinYanındayız. Ils considèrent Özgür Özel comme un symbole de résistance et expriment leur sentiment de trahison, estimant que la démocratie est en train de s'effondrer.

Quelle est la différence entre l'assaut d'Ankara et les violences policières en France ?

En France, les interventions policières visent des manifestants dans l'espace public, dans le cadre d'un État de droit imparfait mais réel. En Turquie, la police a attaqué le siège du premier parti d'opposition sur décision d'un tribunal aux ordres de l'exécutif, ce qui constitue une attaque directe contre une institution démocratique.

Sources

  1. bbc.com · bbc.com
  2. Turquie : le chef de l’opposition, Özgür Özel, délogé du siège du CHP par la police · france24.com
  3. lemonde.fr · lemonde.fr
  4. Turquie : après la destitution du chef de l’opposition, la police prend d’assaut le siège du parti à Ankara · liberation.fr
  5. rfi.fr · rfi.fr
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Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

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