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Monde

Tueriez-vous Hitler ?

Si vous pouviez remonter le temps, tueriez-vous Hitler ? Entre paradoxes temporels et questions éthiques, je tente de répondre à cette interrogation posée par Stephen King dans Dead Zone.

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Johnny Smith, le héros du roman Dead Zone, a acquis la capacité de connaître le passé et l'avenir des gens, simplement en les touchant. Au cours d'un meeting politique, il serre la main d'un candidat à la présidentielle et découvre que cet homme est voué à détruire le monde. À partir de ce moment, Johnny Smith posera régulièrement la question : « Si vous pouviez voyager dans le temps, tueriez-vous Hitler en 1932 ? »

Indirectement, Stephen King nous pose cette question. Et je tenterai d'y répondre point par point, bien que la réponse paraisse évidente.

Voyage temporel : trame unique ou multivers ?

Il faut tout d'abord préciser la définition du temps. Selon Wikipédia, le temps est un concept développé pour représenter la variation de l'Univers : tous les éléments qui le composent bougent, se transforment et évoluent. C'est le cas même du concept du temps, dont la signification philosophique et scientifique change au cours des siècles. C'est alors que se pose cette question : le temps est-il une propriété fondamentale de notre univers ou simplement le produit d'une observation intellectuelle, de notre perception ?

La science-fiction définit le temps comme principe fondamental. Mais cela ne suffit pas, car elle distingue deux « types » de temps : une trame temporelle unique et le multivers. Ce dernier serait, selon certaines interprétations de la physique quantique, l'ensemble de tous les univers, dont le nôtre. C'est-à-dire qu'en voyageant dans le temps, on voyage dans des univers parallèles. Le multivers se révèle être la solution aux paradoxes temporels :

  • Paradoxe du grand-père : je remonte dans le temps pour tuer mon grand-père à une époque où mon père n'est pas né (en supposant que ma grand-mère est fidèle...). Si mon grand-père est mort, mon père n'a pas pu naître, donc moi non plus, donc je n'ai pas pu remonter dans le temps pour tuer mon grand-père. Donc ce dernier engendre mon père qui m'engendre et moi je tue mon grand-père. Etc, etc... Moralité : le principe de causalité, action réaction et non pas le contraire. Mais grâce au multivers, il n'y a pas de paradoxe, puisque ce n'est pas le grand-père de mon univers que je tue.
  • Paradoxe de l'écrivain : je découvre un livre envoyé du futur dont je suis l'auteur, en précisant que je n'en ai pas entamé la rédaction ou n'en ai pas l'idée. Ne me cassant pas la tête, je recopie le livre et l'édite. Moralité : la conséquence est sa propre cause. Cela ne peut pas être possible dans le multivers.

Mais la question de Stephen King semble se fixer sur la trame temporelle unique, avec des conséquences liées à la modification du passé. Donc si je tue Hitler durant la Première Guerre Mondiale (personne ne s'en rendra compte car personne ne connaît encore le futur dictateur), qu'est-ce qui me prouve que je ne vais pas disparaître ? Qu'est-ce qui me prouve que je ne suis pas une conséquence de la Seconde Guerre Mondiale, comme le serait la rencontre de mes parents, grands-parents ou arrière-grands-parents ? Alors en tuant Hitler, ne risquerais-je pas de disparaître, recréant alors le paradoxe du grand-père ?

Donc, pour des raisons techniques (les principes de causalité et surtout le fait que la machine à voyager dans le temps n'existe pas) et de survie (je sais, comparé à 6 millions de juifs, ma vie ne vaut pas tripette aux yeux du monde, mais franchement, dans la mesure où je suis pas malheureux et que je m'aime plutôt bien, je ne vois pas pourquoi j'irais risquer ma vie pour des inconnus), je ne tuerais pas Hitler.

Faut-il tuer Hitler : question d'éthique ?

Faisons donc fi des paradoxes temporels et des machines à voyager dans le temps. Admettons que je puisse remonter le passé et que je survive au paradoxe dû à la mort d'Hitler. Voyons donc ce qui pousserait à tuer ou ne pas tuer Hitler :

D'un point de vue égoïste => La Seconde Guerre Mondiale est tout de même un sujet inépuisable. Sans elle, nous n'aurions pas eu des chef-d'œuvres tels que Paris brûle-t-il ? ou Il faut sauver le soldat Ryan, ou même Star Wars (faites le rapprochement entre les costumes nazis et ceux des officiers de l'Empire). Et tous ces jeux vidéo à l'image de Medal of Honor ne méritent pas de disparaître, on s'ennuierait davantage sans eux.

D'un point de vue d'anticipation => Laissons tomber cette histoire de voyage temporel et rapprochons-nous un peu plus du roman Dead Zone. Johnny Smith a vu l'avenir et sait que le candidat présidentiel va conduire le monde au bord du gouffre. Il n'a absolument pas le recul que nous avons sur l'Histoire. La question exacte serait alors : « Si vous saviez qu'un homme va être responsable de millions de morts, le tueriez-vous de sang-froid en risquant votre vie ? »

La réponse est simple : oui. Car si je ne tue pas cet homme, il y a de fortes chances que je fasse partie des millions de morts en sursis. Alors puisque je suis condamné, quitte à mourir, que ce soit pour la bonne cause.

Conclusion : Hitler ou futur dictateur ?

« Tuer Hitler ? » Non. L'Histoire est ce qu'elle est, tâchons juste d'en tirer profit. « Tuer un futur dictateur ? » Oui.

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amok
amok @amok
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