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Travail ?! Vous avez dit travail ?

Le travail éloigne-t-il vraiment de l'ennui, du vice et du besoin ? De Candide à nos jours, cette dissertation interroge les contradictions d'une société qui sacralise le travail tout en ignorant ses effets aliénants.

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Dans notre société, le travail est considéré comme une fin en soi, l'accomplissement de l'être. Mais, étymologiquement, le travail est une torture. En effet, le mot vient du latin trepalium : « trois pieux », en référence à un instrument de torture fréquemment utilisé dans l'Empire romain.

Peut-on dès lors penser qu'une torture peut éloigner de l'ennui, du vice et du besoin ? Nous ferons tout d'abord la genèse du travail, pour ensuite montrer en quelle mesure le travail est, actuellement, primordial, pour enfin montrer qu'il y a des limites à cette nécessité.

L'origine et l'évolution historique du travail

De prime abord, il faut se rappeler que le travail n'a pas toujours existé. En effet, le travail naît en même temps que l'humanité et est donc le fait de la sédentarisation de l'homme.

De l'homo habilis à l'homo sapiens sapiens que nous sommes, le travail a évolué en même temps que l'homme pour prendre la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Ainsi, la hiérarchisation de la société fait que de l'Antiquité au Moyen Âge, le travail était réservé aux catégories dites inférieures de la population. Les têtes pensantes du peuple — pharaons, rois, patriciens — s'occupaient des choses de la ville : la politique.

Plus tard, l'abomination qu'est la traite négrière qui, au-delà des considérations raciales, n'est que la perpétuation du servage, tire son explication dans le fait que l'homme n'est pas fait pour travailler. En effet, l'esclavage était jugé nécessaire et rendu possible par le fait que ces Noirs n'étaient pas considérés comme des hommes, ni même comme des animaux.

De nos jours, l'intégration à la société passe par le travail. Comment, après une telle genèse, cela a-t-il été possible ?

Pourquoi le travail est devenu primordial dans nos sociétés

La suprématie du capitalisme sur le communisme justifie la place prépondérante qu'a prise le travail dans nos vies. Ceci s'explique par le simple fait que certains arguent qu'« il faut travailler […] tout bien vérifier, le travail est bien moins ennuyeux que s'amuser » (Charles Baudelaire, Journaux intimes).

Dans une société où seul le profit compte, celui qui travaille est considéré, par les économistes, comme actif. En effet, la notion d'activité est ici employée par opposition à l'inactivité, le repos et donc accessoirement l'oisiveté, le travail sortant de l'ennui.

Mais le travail trouve son essence dans le fait qu'il est source de revenu et donc permet de subvenir à ses besoins. Car, pour survivre dans cette société de consommation, il faut disposer d'un pouvoir d'achat suffisant et donc d'une rémunération. Or, « il n'y a qu'un moyen légitime qui est le travail, de se procurer de l'argent » (Alexandre Dumas fils).

Par la même, l'honorabilité du travail le place au-dessus de tout vice. Car, en tant qu'actifs, nous sommes soumis à une éthique qui nous écarte de cette disposition naturelle à faire le mal, à agir contre nature.

En ce sens, la société actuelle est organisée de telle sorte qu'en travaillant, nous soyons à l'abri de l'ennui, du vice et du besoin. Mais c'est un raisonnement purement théorique.

Les limites du travail : entre soumission et aliénation

Naguère, le travail était considéré comme une malédiction divine car, après une longue période que l'homme contemporain a tendance à qualifier d'oisive, l'essentiel du temps était consacré à travailler. Dans la société moderne, le mythe se perpétue implicitement.

Ainsi, la glorification du travail est d'usage dans les régimes totalitaires. En effet, que ce soit sous le régime de Vichy dont le leitmotiv était « Travail, Famille, Patrie » ou dans le régime stalinien où le mythe de l'ouvrier herculéen — le stakhanovisme — permettrait l'émulation des travailleurs, le travail faisait partie d'une stratégie politique. En effet, tous les dictateurs l'ont compris : le travail inhibe la pensée de l'homme, car on ne peut travailler et réfléchir en même temps. « L'oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l'excès de travail est le père de toutes les soumissions » (Albert Jacquard).

Le travail comme générateur de nouveaux besoins

De plus, s'il est vrai que le travail écarte temporairement le besoin, il en génère d'autres. De nos jours, il est impensable de travailler sans moyen de transport, ni de mise correcte. C'est un cercle vicieux : on doit travailler pour se nourrir, mais paradoxalement, on doit se nourrir pour travailler.

L'ennui et la fatigue morale au travail

En outre, si pour certains « l'ennui est une maladie dont le travail est le seul remède » (Duc de Lévis, Maximes et Réflexions), le travail dans son fondement est créateur d'ennui. Si le travail est la santé, pourquoi tant de gens protestent-ils contre le fait de travailler quarante ans ? Il ne s'agit pas de fatigue physique mais bien de fatigue morale car « le travail est une chose élevée, digne, excellente et morale mais, assez fastidieuse à la longue » (Léon-Paul Fargue, La Lanterne magique). Le métier, qu'il soit mal choisi ou pas, n'étant pas inscrit dans le génotype de l'homme, est l'ennui.

Le travail : un vice moderne ?

Par ailleurs, force est de constater que le travail est le plus grand vice de la société actuelle. C'est l'esclavage moderne, la domination des puissants sur les faibles. En effet, « l'esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail salarié » (G. B. Shaw, Bréviaire du révolutionnaire).

Un vice ne peut pas éloigner du vice mais bien en produire d'autres. Ceci expliquerait bien le chapelet de détournements de fonds, harcèlement sexuel et moral, racisme et autres qu'égrène la presse à longueur de temps. Si le travail endiguait le vice, bon nombre de professions seraient inexistantes, entre autres toutes celles relatives à la justice.

Ainsi, le travail ne repousse ni l'ennui, ni le besoin, ni le vice car ils sont ses enfants.

Conclusion : une vérité théorique contredite par la réalité

Par conséquent, il est absurde de prétendre que le travail éloigne de l'ennui, du vice et du besoin. Sur le court terme, c'est une évidence ; dans une perspective globale, c'est une incohérence. Car, si indubitablement pour subvenir à ses besoins il faut travailler, l'appât du gain que cela crée engendre le vice et crée obligatoirement l'ennui, et donc les maux d'ordre psychologiques liés à une recherche d'idéal poussée.

Cependant, le travail étant un fait de société, il convient de se demander si l'ensemble des maux qui en découlent n'est pas lié à la perception et à l'idéalisation du travail.

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blackpanther971
blackpanther971 @blackpanther971
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