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Tchétchénie, vers un génocide à froid

Plongée dans le conflit tchétchène : exactions, violations des droits humains et silence complice de la communauté internationale. Un drame méconnu qui interpelle nos consciences.

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C'est l'histoire d'un pays sous l'emprise de l'empire soviétique. Depuis des siècles, ce peuple vit sous l'influence russe et, au vu de ce qui se passe aujourd'hui, il risque de continuer à souffrir. Que se passe-t-il ? Je n'ai pas peur de mes mots : je parlerai de génocide. « Plus un seul morceau de cette terre tchétchène ne nous échappe. Nous sommes ici pour l'éternité. » (Général Ermolov, 1820)

Deuxième guerre de Tchétchénie : chronique d'un conflit oublié

Déclenchée le 1er octobre 1999 par Vladimir Poutine, l'intervention russe en Tchétchénie aura bientôt trois ans. Entre 80 000 et 100 000 soldats russes sont déployés en Tchétchénie, pour une population locale estimée à 600 000 personnes par les ONG étrangères. Aujourd'hui, la situation s'enlise. Le gouvernement russe veut contrôler ce pays pour ses richesses pétrolières et minières, mais les soldats russes continuent à tomber (environ 10 morts par jour « officiellement »). La résistance tchétchène s'organise dans les montagnes, bombes artisanales et Kalachnikov à l'appui, par ceux que Poutine appelle « terroristes » — mot très à la mode, vous en conviendrez, étant donné que lorsque l'on se défend et que l'on n'a pas de chars, on est considéré comme des terroristes. L'état de guerre est déclaré, mais seuls les assaillants auraient le droit de tuer, sinon ce n'est pas moral. Et attendez de savoir de quelle manière ils procèdent...

Violations des droits humains : témoignages et exactions

Je ne vais pas entrer dans les détails sur l'armée russe, car cela prendrait un article à elle seule. Sachez seulement que l'on y subit les pires violences et humiliations. Pas étonnant alors que les soldats deviennent insensibles et dépourvus de bon sens, même si les ordres viennent de plus haut. Ces soldats, lorsqu'ils s'ennuient, tirent sur les gens qui se promènent dans la rue. On voit alors les Tchétchènes adopter d'étranges habitudes : leur rituel consiste à suivre un chemin bien particulier chez eux pour éviter de passer à côté d'une fenêtre.

Les enlèvements d'hommes sont quotidiens et les prisonniers sont placés dans des puits. On leur jette des bouts de pain chaque jour ; ils sont nus, dans l'humidité et le climat rude. Les familles, déjà pillées, à qui survient ce nouveau malheur, doivent réunir de l'argent pour sauver cette personne, sinon la mort les attend.

Et ce n'est pas fini : les autorités russes organisent des rafles dans les quartiers de Grozny et les autres grandes villes tchétchènes (Khankala, Argoun...). À ce moment, les quartiers sont bouclés, on fait sortir les hommes, on les aligne. Certains sont emmenés et ne reviennent jamais, accusés de terrorisme. Des femmes sont violées et des enfants battus. Des militaires parcourent tout le quartier et les hommes qui tentent de s'échapper sont froidement abattus.

Cela ne vous rappelle rien ? Pour les sceptiques, sachez que je l'ai vu, filmé par « Envoyé Spécial » en caméra cachée. Oleg Mironov s'indigne du racket et des enlèvements perpétrés par les fédéraux contre rançon — « parfois jusqu'à 50 000 dollars ». Il dénonce les tirs d'artillerie « sans raison », les rafles massives et leur cortège de disparus. « Nos soldats ne font qu'attiser la haine à l'égard de la Russie... Ainsi, nous augmentons le nombre des rebelles. » (L'Express) 60 % des citoyens russes souhaitent l'ouverture de pourparlers de paix. En revanche, 29 % restent favorables à la poursuite des opérations militaires.

Tchétchénie : le silence de la communauté internationale

La Russie réussit un tour de force en offrant des marchés aux pays à la politique influente comme la France ou les États-Unis. Elle leur achète leur silence, voire leur soutien — déplorable, vous direz, mais sachez que notre président se trouve dans le lot, en la personne de Jacques Chirac.

« Jacques Chirac prend la défense de la Russie contre l'UE » (Le Monde). Il l'a d'ailleurs reçu il y a quelques mois et aucun homme politique français ne s'est aventuré à faire une remarque sur le conflit tchétchène, à part Raffarin qui a déclaré que le conflit devait se résoudre « politiquement » — quel courage.

Les États-Unis ont été achetés pour leur part lorsque la Russie a déclaré qu'elle serait à leurs côtés dans son combat contre le terrorisme, le fameux terrorisme tchétchène.

Silvio Berlusconi n'a, quant à lui, fait aucun accroc à sa réputation (comment cet homme est-il arrivé à la tête de l'UE ?). Il a été jusqu'à défendre la Russie lors de la visite de Poutine : « La guerre menée par M. Poutine en Tchétchénie est tout à fait justifiée. »

La solution ne semble donc pas venir de nos gouvernements qui disent vouloir créer un monde de paix. Cependant, des membres de l'UE se mobilisent et un député européen fait actuellement une grève de la faim.

Malheureusement, la Russie semble plus forte. Cette année, le nouveau président élu « soi-disant » par les Tchétchènes est pro-russe. Celui-ci collabore complètement avec les Russes. Le cauchemar de ce peuple, en attente d'une paix durable et d'une liberté retrouvée, n'est pas prêt de s'arrêter.

Conclusion : un génocide ignoré par le monde

La seule façon pour un journaliste étranger de travailler « légalement » en Tchétchénie, nous dit le colonel du FSB (services secrets russes), Ilya Chabalkine, est de participer à une visite guidée officielle, sous haute garde armée. (Le Monde)

Pour ce qui est des ONG, la situation a été comparée à celle de la Somalie — « le seul autre pays au monde où nous circulons avec un convoi de soldats », dit un « humanitaire » français.

Si je vous parle de cela, c'est parce qu'à la suite de la visualisation d'un reportage sur la Tchétchénie sur France 2 dans « Envoyé Spécial », mon meilleur ami a fait une dépression et a été hospitalisé. Ce reportage, je l'ai vu. Bouleversant, voire traumatisant, il est à voir si ce sujet vous intéresse.

Voilà, j'espère que le sujet vous a plu. J'aurais voulu en dire plus, mais j'avais envie de toucher le plus de personnes possibles, et un tel sujet se doit d'être concis et d'aller à l'essentiel.

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nilgiro
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