
Une sortie de l'euro est-elle envisageable ?
Si la France sortait de l'euro pour revenir au franc, la valeur de cette monnaie serait inférieure. On estime que le franc vaudrait environ 11,5 % de moins que l'euro.
Par exemple :
- 1 franc = 1,15 $ contre 1 € = 1,30 $
Rembourser une dette libellée en une monnaie forte (euro, dollar, franc suisse) avec une monnaie plus faible a un coût mécanique important. Ainsi, la dette passerait automatiquement de 1 700 à 1 920 milliards !
Le risque des dettes en devises étrangères
Mais il y a pire. De nombreuses communes françaises ont contracté des dettes libellées en francs suisses auprès de banques helvétiques. Actuellement, le taux de change est d'environ 1 € = 1,21 franc suisse.
Imaginons une commune française qui a une dette de 12 100 000 francs suisses, ce qui représente 10 millions d'euros. Si l'euro s'effondrait jusqu'à la parité avec le franc suisse (ce qui pourrait arriver sans le soutien de la Banque Centrale Européenne), la dette de cette commune passerait de 10 à 12,1 millions d'euros.
Déjà, la simple baisse de l'euro augmente mécaniquement les dettes des communes. Par conséquent, de nombreux projets sont repoussés : construction ou rénovation d'hôpitaux, d'écoles, de parcs sportifs, ou encore aménagements routiers pour fluidifier le trafic.
Quels impacts concrets pour un retour au franc ?
Si nous passions au franc, la monnaie valant 11,5 % de moins que l'euro, les dettes des communes augmenteraient d'un coup de 13 % !
Prenons l'exemple du dollar :
- 1 franc = 1,15 $ donc 1 $ = 0,87 franc
- 1 euro = 1,30 $ donc 1 $ = 0,77 euro
Donc : 0,87 franc = 0,77 euro, ce qui signifie que 1 franc = 0,885 euro.
Si une commune a une dette de 13 millions de dollars :
- Elle coûte 10 millions d'euros (au taux 1 € = 1,30 $).
- Elle coûterait 11,3 millions de francs (au taux 1 $ = 0,87 franc).
Cela représente une hausse de 13 %.
Cette situation serait catastrophique pour les finances des communes. Elle entraînerait la destruction de nombreux emplois et une forte hausse brutale des impôts locaux (taxe d'habitation, taxe foncière), ainsi qu'une augmentation des coûts des services publics comme les crèches.
Quelles conséquences sur le pouvoir d'achat ?
Parce que notre monnaie serait 11,5 % moins chère, les importations coûteraient également 13 % plus chères. Cette hausse du prix des matières premières serait répercutée sur les coûts de fabrication et, finalement, sur les prix à la consommation.
On observerait notamment une hausse du prix du carburant à la pompe (rappelons que la baisse actuelle de l'euro face au dollar contribue déjà à l'augmentation des prix des carburants). En perspective, c'est beaucoup de pouvoir d'achat en moins.
Est-il possible d'emprunter directement à la Banque nationale ?
Certains avancent que l'impossibilité d'emprunter directement à la Banque Centrale aurait causé notre endettement.
En 2011, la France empruntait sur les marchés des OAT à 10 ans au taux d'environ 3,1 %. Sur la même année, l'inflation était de 2,4 %. La France a donc emprunté à un taux réel (inflation déduite) de seulement 0,7 % environ en 2011.
Bien sûr, on pourrait imaginer emprunter à taux 0 %. Mais cela reviendrait aux mêmes effets qu'une monétisation massive, avec une dévaluation de la monnaie due à l'augmentation de la masse monétaire. Cela aurait finalement les mêmes effets négatifs que la chute de l'euro décrite précédemment. De plus, si nous étions déjà sortis de l'euro et que les dettes avaient mécaniquement augmenté de 13 %, une nouvelle baisse de la monnaie serait inenvisageable.
Quel serait l'impact sur les taux d'emprunt ?
L'exemple de l'Angleterre est souvent cité : parce qu'elle gère sa propre monnaie et peut emprunter à sa Banque Nationale, le Royaume-Uni emprunte à seulement environ 2 % sur les marchés, malgré des conditions économiques difficiles.
En réalité, c'est sa capacité à monétiser la dette qui explique ce taux si faible. Après une sortie de l'euro et des dettes augmentées de 13 %, il ne nous serait pas possible, pendant des années, d'envisager de monétiser ou de dévaluer encore davantage. Nos taux d'emprunt ne baisseraient donc pas autant qu'on pourrait le croire.
De plus, comme indiqué plus haut, la France n'a en réalité emprunté qu'à un taux réel de 0,7 %. Il n'y a donc pas d'énormes baisses de taux à espérer.