
Quelles sont les réactions en Irak ?
La réaction des Irakiens est pour le moins contrastée. Dans les rues de Bagdad et des autres grandes villes, beaucoup ont tiré en l'air en signe de célébration. C'est une méthode surprenante pour exprimer sa joie, et somme toute assez dangereuse, mais elle marque l'importance de l'événement. En revanche, une partie de la population demeure pessimiste et se méfie des intentions américaines, doutant même de l'authenticité de la capture.
Saddam a également été filmé lors d'une « visite médicale » diffusée ensuite à la télévision mondiale. Le résultat est saisissant : il est méconnaissable, barbu et cheveux longs, et on ne lui trouve plus son petit air souriant habituel. On se demande pourquoi : alors que l'on vérifie si le pauvre petit Saddam est en bonne santé, il fait la gueule.
Que penser de l'intervention américaine ?
Il faut reconnaître que, pour une fois, l'opération militaire américaine a été efficace et menée sans tuer personne, ce qui est une bonne nouvelle. Le problème pour la diplomatie française, c'est que cet événement risque de servir d'argument politique. Je suis persuadé que Mister Bush ne manquera pas de nous faire remarquer, avec son tact habituel, que la France aurait dû envoyer ses soldats mourir en Irak aux côtés des États-Unis. Mais bon. L'essentiel reste que les Irakiens soient définitivement débarrassés de ce dictateur.
Où et comment Saddam sera-t-il jugé ?
Autre interrogation majeure : comment et où Saddam va-t-il être jugé ? À l'heure où j'écris ces lignes, le flou persiste. J'espère personnellement que la justice sera rendue au tribunal international de La Haye, garantissant ainsi un procès équitable et reconnu par la communauté internationale. Cependant, comme nos amis d'outre-Atlantique s'en foutent royalement de la plupart des organisations internationales lorsqu'elles ne leur arrangent pas les affaires, ils risquent encore de vouloir organiser un procès expéditif directement en Irak, voire dans le ranch de Mister Bush.
Malgré ces zones d'ombre et ces interrogations politiques, c'est quand même une excellente nouvelle pour la démocratie. Il ne reste plus qu'à capturer Ben Laden pour boucler la boucle, mais ça, c'est une toute autre histoire.