
Le contexte historique de la répression
Au XVIIème siècle, l'ensemble des populations kurdes se trouvent sous la domination de l'empire ottoman jusqu'à la reconquête persane, formant ainsi le Kurdistan d'Iran.
L'empire ottoman devient, avec l'arrivée de Mustapha Kemal en 1920, la "Turquie moderne" après avoir défini les frontières de "son" pays. Au départ, sa venue indifférait les Kurdes, si bien qu'ils participèrent aux différentes batailles dirigées par Mustapha Kemal. Mais le 23 juillet 1923, le traité de Lausanne rompt ce semblant d'accord. Ce traité consacre la victoire du chef turc, niant ainsi toute autonomie pour les Kurdes. Pourtant, il faut remarquer que ce peuple occupe un quart du territoire turc "moderne". Comment faire ?
Mustapha Kemal va alors commencer à pratiquer une politique d'assimilation forcée. Il souhaite moderniser la Turquie avec ou sans l'accord de la plus grande minorité ethnique résidant sur "son" territoire. En effet, il instaure l'idéologie "UN pays; UNE langue; UNE nation". Ce postulat est très problématique compte tenu du nombre de Kurdes. Il va jusqu'à nier l'existence même des Kurdes, qui sont dorénavant désignés par des euphémismes tels que "turcs des montagnes" ou "compatriotes de l'EST". Les mots "Kurdes" et "Kurdistan" sont strictement interdits. Cela commence en 1924 par un décret-loi interdisant les écoles et publications kurdes. Mustapha Kemal, devenu Atatürk en 1934, souhaite "turquiser" les régions du Kurdistan afin de rendre similaire le territoire entier de la Turquie. Une tâche difficile quand on sait que le niveau de vie dans les provinces de l'est et du sud est de 30% inférieur à la moyenne nationale !
Le 10 novembre 1938, après la mort d'Atatürk, la politique d'Ankara reste la même : elle suit toujours une politique de négation absolue du fait kurde. Les successeurs de Mustapha Kemal font pire — si cela est possible. Si je vous dis Newroz-1992, que me répondez-vous ? Sans oublier DTP-2009 ? Ah ! Et le JITEM qui cause de plus en plus de "dégâts" ? Et cette sauvage organisation ultra-nationaliste sous le nom d'Ergenekon ? Que me répondez-vous ? Laissez-nous vous expliquer ce qu'a causé l'héritage d'Atatürk sur le peuple kurde.
Que s'est-il passé lors du Newroz 1992 ?
Tout d'abord, comme tout peuple du monde, les Kurdes ont une Histoire, un vécu, des légendes, des fêtes nationales... Arrêtons-nous précisément sur le Newroz. Ce nouvel an façon kurde fait chaque année des morts, des blessés et des arrestations. Newroz est une fête traditionnelle rimant avec la joie et le bonheur, mais en Turquie, ça ne l'est pas. Depuis 1923, l'État turc a interdit la célébration du Newroz. Il faut comprendre que cette fête est une manière pour nous de nous faire entendre. Malheureusement, nos familles du Kurdistan subissent le fruit de la démocratie version turque. Un exemple : Newroz-1992.
Le 21 mars 1992 était un jour de massacre à Cizre. La célèbre fête a fait près de 105 morts, 200 blessés et une estimation de 2000 à 3000 arrestations. Terrible journée marquée dans l'histoire du Newroz, d'autant que quatre années plus tard, comme si de rien n'était, le gouvernement turc reprend cette fête en se l'appropriant sous un nom vraiment très très original : "Nevruz". Ils nous prennent pour qui ? Allez, applaudissons, s'il vous plaît, l'imagination dont les Turcs ont fait preuve !
Répression politique et le cas du DTP
Outre les abominables représailles du Newroz, regardons le cas de ceux qui ont appliqué la célèbre phrase du Che : "Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux." Nous ne comptons plus tous ces Hommes et Femmes qui remplissaient et remplissent encore arbitrairement les prisons turques. Nous ne comptons plus à combien s'élève la peine de prison de Leyla Zana aujourd'hui. Nous ne comptons plus tous ces militants du DTP arrêtés... quoique... 250 militants ont été arrêtés en avril et certains, comme Ali Simsek, portent encore les marques de l'attaque qu'ils ont subie. Recep Tayip Erdogan refuse d'ailleurs de serrer la main du leader du DTP, Ahmet Türk. Sa défaite écrasante lors des dernières élections laisse des traces, tant mieux, mais ce n'est rien comparé aux séquelles que les Kurdes subissent.
Enfants kurdes : quelles sont les victimes ?
Que des Hommes tuent des Hommes, soit. Mais que des Hommes tuent des enfants, c'est inadmissible !
À l'heure où le premier ministre turc fait son show en pleurant sur le sort des enfants palestiniens, un enfant kurde de 13 ans déclare :
"Ils ont éteint les lumières et ont prétexté la fouille au corps pour toucher certaines parties de mon corps."
Croyez-vous que le fait de participer à une manifestation en faveur d'Abdullah Öcalan mérite des attouchements sexuels ? Il faut croire que pour les policiers turcs, c'est suffisant. L'enfant M-B dénonce :
"Ils ont commencé à me frapper. Les policiers qui m'ont arrêtés m'ont tordu le bras et m'ont donné des coups sur le ventre et le dos."
Ramène-toi vite Erdogan ! Viens pleurer le sort de ceux qui crèvent sous tes yeux ! Cet enfant était seul. Les policiers étaient 10. Il a 13 ans. Ils en ont 15 de plus ! Où est la justice ?
"Ici personne n'aime la police. Ils nous frappent, ils nous arrêtent, ils nous TUENT ! Dès l'âge de 6 ou 7 ans. C'est notre condition de Kurdes."
Voilà ce que déclare un autre enfant, Dijwar, 16 ans. S'il fallait brûler des voitures pour se faire entendre, croyez bien que les enfants kurdes le feraient ! Mais c'est malheureusement bien plus compliqué. Le père de Dijwar affirme :
"Dès le ventre de leur mère, ils connaissent la difficulté d'être Kurde."
Tristes paroles, pourtant si réelles...
"Femme ou enfant, peu importe, nos forces de sécurité feront le nécessaire."
Admirez les paroles d'Erdogan prononcées lors des émeutes de 2006 à Diyarbakir. Lui qui part faire l'artiste, faire le pauvre homme triste devant des corps d'enfants en Palestine ! Admirez comment le gouvernement de l'AKP (Parti de la Justice et du Développement) traite NOS enfants et compatissez ensuite lorsque vous l'entendrez parler des enfants palestiniens ! C'est à cause de son si beau gouvernement qu'Ugur Kaymaz a été fusillé par 13 balles ! C'est à cause de son si beau gouvernement que Seyfi Turan s'est fait tabasser à coups de crosse de fusil ! Et c'est bien lui qui pleure le sort d'enfants tués injustement ?
Toutes ces morts sont les conséquences de cette politique de négation absolue à l'égard des Kurdes.
JITEM et Ergenekon : les réseaux nationalistes
Des témoignages prouvant la sauvagerie des Turcs, il y en a malheureusement à l'appel. Nous avons en mémoire celui d'Abdülkadir Aygan, ancien membre du JITEM (service de renseignements clandestin de la gendarmerie turque), qui déclare :
"Nous l'avons enlevé dans un café [...] Un caporal expert en torture l'a accroché au plafond par les mains avec des poids aux pieds. Et il le battait."
Acte de barbarie commis sur Murat Aslan, jeune homme kurde de 25 ans. Torturé, pourquoi ?
"On lui a mis un bandeau sur les yeux et des menottes puis un sous-officier l'a arrosé d'essence et a mis le feu."
Voilà comment les lâches du JITEM opèrent ! C'est ainsi que ce jeune homme s'est retrouvé enterré au bord d'une route comme un vulgaire animal. Grâce au témoignage d'Aygan, nous savons qu'il existe près de 1500 dossiers connus de disparus, 5000 en comptant les meurtres inexpliqués, dans le sud-est de la Turquie entre 1987 et 2001. Cela ne s'arrête pas là : nous connaissons aussi l'atroce existence des "puits de la mort" dans lesquels 7 corps furent jetés en 1994 après avoir été dissous dans l'acide ou brûlés. Ces techniques nous rappellent beaucoup le mode d'opération des américains dans les prisons d'Abou Ghraib en Irak ! N'oublions pas ERGENEKON, ce réseau ultra-nationaliste dirigé par les kémalistes qui continuent de faire des apparitions sanglantes en Turquie. Réseau qui est alimenté par des hommes politiques turcs... Enfin, pour tous ceux qui brandissent fièrement les symboles du parti extrémiste MHP, sachez qu'une partie des victimes dans le sud-est de la Turquie a été tuée par le MHP. Vous pouvez être fiers d'avoir causé la terreur au Kurdistan ! Ça, oui ! Vous pouvez en être fiers !
Conclusion : quelle issue pour le peuple kurde ?
La répression turque a donc commencé très tôt, dans les années 20. Atatürk a voulu dénigrer rapidement les Kurdes, peu importe la quantité de sang qui coulait de ses mains. On aurait pu croire que tout allait cesser après sa mort, or les perpétuels meurtres et les perpétuelles arrestations n'ont fait qu'augmenter d'année en année. Il ne faut pas se leurrer : certains d'entre vous penseront que le gouvernement turc fait tout pour améliorer les conditions de vie des Kurdes, ils auront en tête TRT6, pourquoi pas, mais cette chaîne n'est que sottise ! Les dates le prouvent, encore aujourd'hui des meurtres et des disparitions font surface ! Ayez bien en tête les paroles d'Erdogan et dites-vous que ses fidèles les appliquent À LA LETTRE !