
L'égalité public-privé a été l'argument majeur du gouvernement pour tenter de faire passer la réforme des retraites. Cet argument se résume au fait que le nombre d'annuités (années de cotisation) nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein est de 37,5 dans le public, contre 40 dans le privé. On a dès lors trouvé l'argument soi-disant inattaquable pour défendre cette réforme : il faut ramener le public à égalité avec le privé !
Pourquoi l'argument public-privé est une illusion
C'est là que l'arnaque monumentale intervient. En effet, les annuités ne sont pas comptabilisées de la même manière dans le public et dans le privé. Voici les deux systèmes de calcul :
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Dans le public, le nombre d'annuités correspond au temps effectivement travaillé. Une personne qui travaille un an à temps plein obtient une annuité, tandis qu'une personne qui travaille un an à mi-temps n'obtient qu'une demi-annuité. Logique, me direz-vous.
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Dans le privé, c'est totalement différent. Le nombre d'annuités dépend des sommes perçues. Ainsi, un cadre qui travaille 3 mois obtient une annuité complète, alors qu'un smicard n'en obtient que 0,5 (vous remarquerez qu'un prof lui n'en obtient que 0,3). Ensuite, toute année complète, même exercée à mi-temps, compte pour une annuité.
Bonifications : une différence majeure entre les deux régimes
De plus, ce que l'on appelle les bonifications (fonction des enfants à charge par exemple) sont elles aussi différentes. Par exemple, dans le privé, une femme obtient deux annuités de « bonus » par enfant à charge, alors que dans le public elle n'en obtient qu'une !
Calcul des retraites : exemple concret public vs privé
Effectuons donc un petit calcul de démonstration :
Une mère de trois enfants décide de travailler 8 ans à mi-temps pour les élever :
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Dans le public, elle aura une bonification de trois annuités et ses 8 ans à mi-temps compteront 4 annuités. Il lui restera alors 37,5 - 4 - 3 = 30,5 annuités à cotiser pour obtenir sa retraite.
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Dans le privé, elle aura une bonification de 6 annuités et ses 8 ans à mi-temps compteront... 8 annuités ! Il lui restera donc 40 - 8 - 6 = 26 années de cotisations supplémentaires pour obtenir sa retraite.
La question que je me pose maintenant est : où est l'inégalité ?
Pourquoi l'argument gouvernemental ne tient pas la route
Comme me l'a toujours dit mon professeur de maths, on ne peut pas additionner des choux et des carottes. J'en conclus simplement que l'argument principal du gouvernement pour défendre sa réforme des retraites n'est que du vent.
Il faudrait peut-être qu'un peu plus de monde prenne conscience de la manipulation médiatique et politique autour de ce dossier, et que les gens réfléchissent par eux-mêmes au lieu de critiquer les grévistes qui se révoltent à juste titre contre une réforme inique !
Il est vrai qu'une réforme des retraites est indispensable, mais celle proposée par le gouvernement actuel n'est pas la bonne, ou tout du moins ses arguments sont erronés.