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RDC élections 2018 : Des artistes musiciens bientôt au parlement Congolais ?

Werrason et d'autres artistes musiciens congolais envisagent d'entrer en politique via la plateforme « À nous le Congo » aux élections 2018.

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Les élections prévues en République Démocratique du Congo s’annoncent comme un tournant majeur. À mesure que la date approche, des révélations susceptibles de modifier les calculs électoraux traditionnels émergent dans ce vaste pays de plus de cent millions d’habitants. La plus commentée concerne l’engagement de certains artistes musiciens en tant que candidats. Le pays a déjà connu des footballeurs en politique, mais jamais des artistes musiciens de cette envergure. Quelques-uns ont clairement exprimé leur intention de participer activement au scrutin, avec des ambitions allant du poste de député provincial à celui de député national, voire à la présidence de la République. Réaliste pour certains, surréaliste pour d’autres, une chose est certaine : la situation évolue pour ces artistes musiciens, longtemps considérés comme des faire-valoir des politiciens en quête de notoriété.

Serait-ce pour eux une manière prestigieuse de conclure une carrière musicale ? La loi congolaise est stricte : un élu ne peut exercer une activité lucrative parallèlement à sa fonction. Beaucoup d’artistes musiciens, ayant survécu aux dépens des hommes politiques, n’ont pu se construire une image digne d’eux-mêmes. Ces élections représentent une opportunité importante pour abandonner cette pratique prolongée.

Un mouvement politique en cours

Que des artistes musiciens congolais s’engagent en politique est une réalité, une révolution silencieuse en marche. À la tête de ce mouvement se trouve l’artiste ultra-populaire Noël Ngiama Makanda, connu sous le nom de scène Werrason. Né à Kikwit le 25 décembre, il se dit prêt à mener ce combat au profit de tous. Werrason se présente comme facilitateur du rêve politique de ses collègues. Il propose aux artistes et jeunes majeurs désireux de se présenter d’adhérer à sa plateforme « À nous le Congo », lancée en mai à Kinshasa.

Contrairement aux footballeurs qui se présentaient sous les tickets des partis politiques, la méthode de Werrason paraît alternative et plus commode pour ceux qui refusent l’étiquette de politicien traditionnel, préférant celle de réformateur. Cet argument électoral s’avère puissant dans un pays où le peuple a perdu confiance en son élite politique.

« À nous le Congo » est interpellatrice comme dénomination. Elle exprime une revendication identitaire, célébrant le droit de chaque citoyen de s’investir dans la gestion des affaires publiques. Werrason, connu pour son engagement social et caritatif, n’en est pas à sa première tentative d’influencer l’électorat congolais. Lors des législatives de 2006 et 2011, il avait facilité le succès de proches en menant personnellement leurs campagnes. Cette fois-ci, les électeurs pourraient retrouver son nom sur leur bulletin de vote, marquant un véritable changement d’agenda.

Les griefs des artistes musiciens

Plusieurs questions méritent d’être posées : qu’est-ce qui révolte tant les artistes musiciens ? Pourquoi s’engager en politique ? Même accusés de vivre aisément sur le dos des hommes politiques, les artistes musiciens ont leurs propres regrets et insuffisances :

  • Ils se plaignent de ne pas vivre de leur travail. Beaucoup possèdent des véhicules de luxe mais manquent de liquidités pour les entretenir.
  • L’État n’accorde pas d’assistance sociale aux artistes en difficulté, malgré leur contribution à la gloire nationale.
  • Le piratage des œuvres artistiques constitue une source majeure d’appauvrissement, insuffisamment combattu par l’État.
  • L’absence d’un plan national de rémunération des droits d’auteur après le décès des artistes pose problème.

L’État, de son côté, blâme le comportement peu coopératif des artistes musiciens congolais, entravant les initiatives collectives. La scène musicale est dominée par des guerres de leadership et des polémiques. Il y a plus de douze ans, l’État avait soutenu la création de l’Amicale des Musiciens Congolais, réunissant pour la première fois les grandes figures de la musique congolaise au parc Maisha. Cette initiative, censée canaliser l’aide sociale, s’est effondrée deux ans après sa création suite à des conflits de leadership et des suspicions. Ces problèmes révoltent des figures ultra-populaires comme Werrason, qui estiment nécessaire d’utiliser le pouvoir politique pour les résoudre.

Une menace pour l’ordre politique établi

Le déterminisme des artistes musiciens n’échappe pas aux hommes politiques. Pourquoi craignent-ils leur entrée en politique ? Le poids qu’ils représentent auprès des masses pose problème. Loin d’être des figurants, ils seront de véritables concurrents. C’est une nouvelle donne dans la course au pouvoir en République Démocratique du Congo.

Werrason, connu pour son charisme, est accompagné à chaque sortie publique par des foules impressionnantes, perturbant parfois l’ordre public. Le même phénomène s’observe chez d’autres artistes musiciens depuis des années. Récemment, sa tournée à travers les grandes villes de la RDC pour financer la construction de stades l’a présenté comme un véritable homme d’État, adoptant un langage éloigné de celui du musicien. Il aborde des questions d’emploi des jeunes et de divertissement. Parmi ses ambitions phares : construire une série de stades permettant à la RDC d’accueillir la Coupe d’Afrique dans un futur proche. Des projets ambitieux pour une âme d’artiste.

Beaucoup de politiciens voient cette incursion d’un mauvais œil. Ils perdront une part importante de leurs campagnes électorales. Ils avaient l’habitude d’embaucher des artistes de renom comme Werrason pour influencer l’électorat, en contrepartie de présents.

Les tensions internationales et le positionnement politique

Les motivations des artistes musiciens pour se lancer en politique sont complexes. Aujourd’hui, il leur est interdit de se produire en Europe par des mouvements d’opposition au régime de Kinshasa, qui les accusent d’avoir consolidé le pouvoir actuel. Les artistes musiciens sont accusés de manipuler les sentiments populaires au profit du Président Kabila et de ne pas dénoncer la misère de leur peuple, alors qu’ils acceptent des contrats du régime pour entonner des chansons triomphalistes.

Pour leurs détracteurs, ils devraient privilégier une musique de conscientisation des masses interpellant l’autorité. Lors de leurs tournées en Europe, les artistes musiciens congolais font face à des violences et à des spectacles saccagés. Bien que ce ne soit pas toute la diaspora qui s’oppose à eux, même leurs plus fervents admirateurs désertent pour éviter ces incidents. Quoiqu’ils aient rejeté ces accusations, des artistes comme Werrason ont souffert de cette situation, voyant leurs carrières affectées au sommet de leur popularité.

Werrason n’est pas seul : tous les artistes musiciens en paient le prix. Les tentatives de renouer avec leur ancien public ont échoué. Les artistes ont dénoncé l’inaction du régime malgré les services rendus, ainsi que l’absence de stratégie et de dialogue constructif entre le régime et les mouvements de résistance. Le régime de Kinshasa a fait la sourde oreille, peut-être considérant cette opposition comme temporaire ne méritant pas d’énergie investie. Les artistes musiciens, en désaccord avec le régime sur ce dossier, se sont progressivement détachés de lui.

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richie ronsard
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