Ran Halévi affirme que la guerre en Iran était inévitable pour Israël, mais pas pour les États-Unis. Dans une tribune publiée par Le Figaro le 6 mars 2026, l’historien note que la coopération stratégique, militaire et technologique entre les deux pays n’a jamais été aussi étroite dans le conflit avec l’Iran. Il ajoute : « les deux pays poursuivent en Iran des buts de guerre bien distincts ».

Halévi est directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron. Il a publié en 2025 une nouvelle édition en poche de son essai Le Chaos de la démocratie américaine (Gallimard, Folio actuel).
Pour Israël, l’offensive contre l’Iran prolonge la lutte engagée depuis le 7 octobre contre le régime des mollahs et ses satellites, selon sa tribune. Il rappelle qu’au moment de l’attaque du Hamas, l’État hébreu était cerné par des dizaines de milliers de missiles et de drones contrôlés par les clients de la République islamique au Liban, en Syrie, au Yémen et en Iran. Cette pression rendait la guerre inévitable à ses yeux.
La thèse de Halévi : une alliance militaire, des guerres différentes
Halévi ne conteste pas l’apparence d’une seule armée au service de deux États. Il veut empêcher que l’étroitesse de la coopération fasse oublier la divergence des intérêts. Son analyse repose sur l’idée qu’Israël combat pour sa survie face à un encerclement, tandis que les États-Unis peuvent choisir leur niveau d’engagement.
Le titre de sa tribune résume le propos : « Pour Israël la guerre était inévitable, pas pour l’Amérique ». Cette distinction structure la lecture des décisions communes prises par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou.
Une décision commune, scellée depuis 2018
Le Monde du 26 mars 2026 confirme que la guerre en cours contre l’Iran est le produit d’une décision commune des deux dirigeants. Ils partagent l’objectif de neutraliser l’arme nucléaire iranienne, sans pour autant mener « la même guerre », titre le quotidien.
Leur proximité s’était déjà manifestée lors de la « guerre de douze jours » de juin 2025, conduite conjointement contre les installations nucléaires iraniennes. Le partenariat sur l’Iran a été scellé il y a près de huit ans : en mai 2018, le président américain de l’époque avait retiré les États-Unis de l’accord encadrant le programme nucléaire iranien, accord que le dirigeant israélien stigmatisait.
Malgré cette convergence, Public Sénat relève un garde-fou politique : Donald Trump ne veut pas être tenu comptable par son opinion publique d’un alignement sur les choix stratégiques israéliens. La chaîne parlementaire place cette réserve dans un contexte de recul de l’influence américaine au Moyen-Orient, après qu’Israël a modifié unilatéralement le plan de paix pour Gaza et que l’accord sur le détroit d’Ormuz n’a pas impliqué les États-Unis.
La tension entre coopération militaire sans précédent et marge de manœuvre politique distincte éclaire la thèse de Halévi. Elle montre que l’alliance ne supprime pas les buts propres de chaque État. Pour une lecture systémique du conflit, voir Guerre États-Unis-Israël-Iran 2026 : analyse d'un conflit systémique.
La lecture critique : la guerre comme « loi du plus fort »
Une contre-analyse remet en cause le récit officiel et la notion de nécessité. Orient XXI, avec le média Blast, estime que les frappes massives lancées le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran sont illégales au regard du droit international. Selon ces sources, la politique de Trump et Nétanyahou « repose sur la loi du plus fort ».
Le prétexte invoqué par le premier ministre israélien — aider le peuple iranien à se débarrasser de son régime — est contesté comme tel. Orient XXI et Blast rappellent que les bombes ne libèrent pas un peuple, elles tuent et détruisent. Cette position diverge de l’analyse de Halévi, qui part de l’inévitable défensive israélienne sans juger la légalité de l’offensive commune.
Les sources disponibles ne documentent pas de réactions officielles israéliennes ou américaines directes à la tribune de Halévi, hors les positions de fond sur l’Iran. Elles n’offrent pas non plus d’enquête sur la perception des jeunes générations dans les deux pays. La divergence des récits américains et israéliens sur le terrain est aussi traitée dans Deux récits d'une même guerre : quand l'Amérique crie victoire et défaite en Iran.
Halévi invite à ne pas confondre alliance et identité des buts de guerre.