
L'analyse de Charles Péguy sur la crise scolaire
Laissons-les donc à leurs palabres sans fin et intéressons-nous plutôt à la réflexion sociale autrement plus globalisante que nous proposait déjà sur ce sujet Charles Péguy au début du siècle. Pour ce libertaire avide de vérité, « la crise de l'enseignement n'est pas une crise de l'enseignement ; elle est une crise de vie ; (...) les crises de vie sociale s'aggravent, se ramassent, culminent en crises de l'enseignement (...) ; quand une société ne peut plus enseigner, ce n'est point qu'elle manque accidentellement d'un appareil ou d'une industrie ; quand une société ne peut plus enseigner, c'est que cette société ne peut plus s'enseigner elle-même ; pour toute l'humanité, enseigner, au fond, c'est s'enseigner ; une société qui n'enseigne pas est une société qui ne s'aime pas, qui ne s'estime pas ; et tel est le cas de la société moderne ».
En liant étroitement l'école à la société, Charles Péguy reprend là la définition du rôle premier de l'enseignement qui consiste à former les futurs citoyens d'une nation et à les intégrer socialement dans celle-ci. Actuellement, une part du discours traitant de la crise de l'enseignement rejette d'ailleurs la faute sur notre société sclérosée, dénuée de toute valeur morale et ne donnant en pâture aux cerveaux lobotomisés de nos chers bambins que des Rambo, Loana et autres stars d'un jour. S'il convient d'accorder une entière légitimité à ces propos, il serait cependant illusoire de s'en contenter, car, comme l'explique Charles Péguy, la crise de l'enseignement n'est pas tant le résultat de l'évolution de notre société, que le reflet même de cette société. Elle est le miroir d'une époque.
L'école face aux mutations de la société

Nous ne sommes plus des citoyens, mais des citoyens du monde… des terriens quoi ! Car si citoyen français pouvait encore signifier Révolution, Jean Moulin ou camembert, citoyen du monde c'est MacDo, la politique de Bush et la télé-réalité. Alors comment l'école pourrait-elle conserver encore son statut actuel de formateur de consciences, quand la télé (à sa manière plus que discutable) s'en charge déjà ? Comment pourrait-elle encore être considérée comme point de référence par la jeunesse, quand celle-ci, désillusionnée, rejette l'action même de penser ? Comment pourrait-on encore l'envisager comme source du savoir, quand nous pouvons accéder à internet sans même quitter notre canapé ? La grande institution qu'a été l'école pendant près de 100 ans, et qui est née d'une nécessité d'alphabétisation d'un peuple encore « sauvage », n'est plus d'actualité. L'homme « civilisé » et « apolitisé » n'y est plus adaptable.
Repenser la place de l'école aujourd'hui
La véritable question concernant la crise de l'enseignement n'est donc pas de chercher les moyens qui permettront la réhabilitation de l'école dans notre société, mais bien de tenter de comprendre les raisons pour lesquelles l'école, telle que nous l'avons toujours envisagée, n'a plus sa place dans cette société.