Karex, le plus grand fabricant mondial de préservatifs, prévoit d'augmenter ses prix de 20 à 30 % si les perturbations de la chaîne d'approvisionnement liées à la guerre au Moyen-Orient persistent. Le PDG Goh Miah Kiat a déclaré à Reuters et Bloomberg : « Nous n'avons pas d'autre choix que de répercuter les coûts sur les clients ».

L'entreprise malaisienne produit plus de 5 milliards de préservatifs par an. Elle fournit les marques Durex et Trojan, le système de santé britannique (NHS) et des programmes d'aide de l'ONU. Le Royaume-Uni a par ailleurs déployé des chasseurs Typhoon au-dessus de Bahreïn dans ce conflit Guerre au Moyen-Orient : pourquoi les Typhoon britanniques patrouillent au-dessus de Bahreïn.
Le détroit d'Ormuz coupe les matières premières
Le conflit perturbe le détroit d'Ormuz, passage maritime essentiel pour les flux pétrochimiques. Karex utilise des dérivés du pétrole : naphta, huile de silicone, nitrile, ammoniac. La naphta approvisionne 41 % de l'Asie depuis le Moyen-Orient.
Les coûts ont explosé depuis fin février. L'huile de silicone, lubrifiant, a bondi de près de 30 %. Le nitrile, caoutchouc synthétique, a doublé. L'aluminium, pour l'emballage, a atteint 3 672 dollars la tonne à la mi-avril, son plus haut niveau depuis mars 2022.
Les livraisons vers l'Europe et les États-Unis prennent désormais près de deux mois, contre un auparavant. Goh Miah Kiat signale que beaucoup de préservatifs restent bloqués sur des navires. La fabrication de ces dispositifs médicaux suit des normes strictes, ce qui empêche de changer de recette rapidement pour réduire les coûts.
Un leader mondial contraint de répercuter les coûts
Karex évoque une hausse de 25 à 30 % de ses coûts de production. Le PDG résume : « La situation est vraiment très fragile, les prix sont élevés ». L'entreprise dispose de réserves pour quelques mois et cherche à augmenter sa production.

Reckitt Benckiser, propriétaire de Durex, a alerté sur un choc énergétique. À 110 dollars le baril pour le reste de 2026, l'impact brut atteindrait 130 à 150 millions de livres par an. Le groupe a aussi subi une baisse de revenus au premier trimestre. Durex pâtit en outre d'une nouvelle TVA chinoise sur les préservatifs.
Des récits divergents sur l'origine de la crise
Les sources ne décrivent pas la guerre de la même façon. Le Figaro écrit que l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, fin février, a déclenché le conflit. La BBC rapporte que l'Iran a répondu à des frappes américaines et israéliennes par des menaces sur les navires dans le détroit d'Ormuz, fermant de fait le passage.
Ces versions restent des comptes rendus de médias, non une certitude sur la responsabilité unique. La guerre s'enlise selon notre article Guerre au Moyen-Orient : 100 jours d'enlisement et des négociations au point mort.
Stocks tampons et conditionnalité de la hausse
La hausse annoncée n'est pas actée. Elle dépend de la durée des perturbations. Karex assure avoir suffisamment de stocks pour quelques mois. La demande mondiale a augmenté d'environ 30 % cette année, car les retards de fret ont érodé les réserves des clients.

En France, plus de 115 millions de préservatifs masculins ont été vendus en 2024, selon Santé publique France citée par Le Figaro. Un impact en aval est possible, mais les réserves de Karex couvrent encore quelques mois.
Répercussions pour les systèmes de santé
Le NHS britannique et les programmes de l'ONU dépendent de Karex. Une hausse prolongée renchérirait l'accès aux contraceptifs, surtout dans les pays vulnérables. Reckitt Benckiser transmet déjà une partie du coût énergétique à ses marques.
L'incertitude porte sur la durée du blocage d'Ormuz. Si les perturbations durent, les prix suivront. Sinon, les stocks tampons protègent le marché à court terme.