L'archipel pacifique de Palau accepte d'accueillir des migrants des États-Unis - The Japan Times
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Palaos : la première expulsion américaine vers le Pacifique vire au fiasco

Le premier migrant expulsé des États-Unis vers les Palaos dans le cadre d’un accord secret est reparti au bout de deux semaines, plongeant l’archipel dans la stupeur.

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Le premier vol pour Koror atterrit, l'archipel sous le choc

Fin mai 2026, un homme descend d'un vol commercial à l'aéroport international de Koror, la capitale des Palaos. Il est Vietnamien, il vient d'être expulsé des États-Unis, et il est le premier migrant jamais déporté vers un pays du Pacifique dans le cadre d'un accord secret signé six mois plus tôt. Personne, dans cet archipel de 20 000 âmes perdu entre les Philippines et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, n'avait été prévenu. 

L'archipel pacifique de Palau accepte d'accueillir des migrants des États-Unis - The Japan Times
L'archipel pacifique de Palau accepte d'accueillir des migrants des États-Unis - The Japan Times — (source)

L'annonce officielle n'est tombée que le 1er juillet 2026, par un communiqué laconique du bureau du président Surangel Whipps. Entre-temps, le migrant était déjà reparti. L'affaire a provoqué une onde de choc dans ce petit État insulaire, où beaucoup ont découvert avec stupeur que leur gouvernement avait signé un accord migratoire avec Washington sans consulter ni le Sénat, ni les chefs coutumiers, ni la population.

Un Vietnamien débarque à l'aéroport, un choc pour l'archipel

Le récit de cette arrivée tient du roman administratif. Selon les détails fournis par le bureau présidentiel, l'homme est arrivé seul, par un vol commercial, fin mai 2026. Il a été accueilli par les autorités palaosiennes, conduit dans un logement temporaire, et les fonctionnaires locaux l'ont même aidé à brancher son téléphone. « Nous avons accueilli notre premier individu à l'aéroport fin mai, nous l'avons conduit à sa résidence temporaire et nous l'avons aidé à brancher son téléphone et à s'installer », a sobrement expliqué la présidence. 

Les États-Unis expulsent des centaines de Guatémaltèques et évoquent un accord avec le Mexique
Les États-Unis expulsent des centaines de Guatémaltèques et évoquent un accord avec le Mexique — (source)

Puis, au bout d'environ deux semaines, l'homme a décidé de ne pas rester. Il est reparti, sans que personne ne sache où il est allé, ni pourquoi il n'a pas pu être renvoyé directement au Vietnam. L'administration américaine n'a fourni aucun détail sur son identité, son parcours migratoire, ou les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas être expulsé vers son pays d'origine. Le fiasco était total : le premier cobaye du dispositif avait quitté les lieux avant même que l'opinion publique n'apprenne l'existence de l'accord.

« Nous ne sommes pas une poubelle » : la colère du Sénat palaosien

La réaction des opposants au deal ne s'est pas fait attendre. Hokkons Baules, le leader du Sénat palaosien, a résumé le sentiment général en une formule cinglante : « Ils refilent leurs problèmes aux Palaos. » Dans un pays où tout le monde se connaît, où les liens communautaires sont tissés serrés, l'idée d'accueillir jusqu'à 75 étrangers sans attaches, sans filet social, et sans préparation a suscité une inquiétude immédiate. 

Élections américaines 2024 : Combien d'immigrés Trump pourrait-il expulser ? - BBC News Afrique
Élections américaines 2024 : Combien d'immigrés Trump pourrait-il expulser ? - BBC News Afrique — (source)

Beaucoup d'habitants n'avaient jamais entendu parler de cet accord avant qu'il ne soit trop tard. Les sénateurs, pourtant élus pour représenter le peuple, ont découvert l'existence du Mémorandum d'Entente (MOU) après sa signature, en lisant la presse étrangère. « Notre souveraineté est bafouée », a lancé Baules devant les caméras, en février 2026, alors que le Sénat tentait désespérément de bloquer un accord déjà scellé.

7,5 millions de dollars : le prix de l'accord de décembre 2025

Derrière le choc émotionnel se cache une transaction brutale. Le 24 décembre 2025, veille de Noël, le gouvernement palaosien et l'ambassade américaine ont signé un Mémorandum d'Entente dont les termes sont aujourd'hui connus dans le détail. Washington verse 7,5 millions de dollars à Koror. En échange, les Palaos acceptent de recevoir jusqu'à 75 ressortissants de pays tiers que les États-Unis ne peuvent pas renvoyer chez eux. 

The United States begins deporting illegal migrants by plane.
The United States begins deporting illegal migrants by plane. — (source)

Le deal est parfaitement calibré. Les expulsés doivent avoir un casier judiciaire vierge (hors infractions migratoires), ne pas être sous traitement médical, et provenir de pays avec lesquels les Palaos entretiennent des relations diplomatiques. Les Palaos disposent d'un droit de veto sur chaque profil, et Washington doit fournir une liste quatorze jours à l'avance, avec passeport valide et historique migratoire complet.

Le 24 décembre 2025 : un Noël gâché par un protocole secret

La date de signature n'a rien d'anodin. En pleine trêve des confiseurs, alors que les regards sont tournés vers les fêtes de fin d'année, l'exécutif palaosien a paraphé un document qui engage son pays pour une durée indéterminée. L'opposition locale n'a été informée qu'après coup, et les chefs coutumiers – pourtant garants de l'équilibre social dans cet archipel – ont découvert l'accord par la presse.

Le MOU prévoit un plafond de 75 personnes, mais aucune clause de révision automatique. Une fois les premières expulsions effectuées, rien n'empêche Washington de demander une prolongation ou une augmentation du quota. Le caractère discret, presque clandestin, de la négociation a profondément choqué les observateurs. « Nous avons été pris par surprise quand un MOU signé entre notre gouvernement et l'ambassade américaine a été porté à notre attention très récemment », ont écrit les seize chefs coutumiers dans une lettre rendue publique.

7,5 millions de dollars : comment l'argent des contribuables a fait plier Koror

Mettons ces chiffres en perspective. Le rapport bipartisan du Sénat américain, publié en février 2026, révèle que l'administration Trump a dépensé plus de 40 millions de dollars en 2025 pour expulser quelques centaines de migrants vers au moins vingt pays tiers. Le deal avec les Palaos s'inscrit dans cette série de chèques en blanc : 7,5 millions pour 75 personnes, soit 100 000 dollars par tête. 

Les États-Unis ont expulsé leur premier migrant vers un pays du Pacifique, dans les îles Palaos - Le Parisien
Les États-Unis ont expulsé leur premier migrant vers un pays du Pacifique, dans les îles Palaos - Le Parisien — (source)

À titre de comparaison, les États-Unis ont versé 6 millions de dollars au Salvador pour envoyer 238 Vénézuéliens présumés membres du Tren de Aragua dans la mégaprison CECOT. La Guinée équatoriale a reçu 7,5 millions pour accueillir 29 personnes – une somme qui dépasse l'intégralité de l'aide américaine à ce pays cette année-là. L'argent public coule à flots, mais l'efficacité reste à démontrer.

« Gagnant-gagnant » : la défense du président Whipps face à la fronde

Surangel Whipps, le président des Palaos, assume pleinement son choix. Lors de la cérémonie de signature en décembre 2025, il avait déclaré : « Nous aidons les États-Unis, nous aidons ces ressortissants qui ont besoin d'un endroit sûr où aller. Et ils peuvent trouver un emploi et être heureux aux Palaos. » Une rhétorique du « gagnant-gagnant » qui peine à convaincre face aux accusations de vente de souveraineté.

Pour Whipps, les Palaos tirent un double bénéfice de l'accord : une manne financière bienvenue pour un petit État aux ressources limitées, et le renforcement des liens avec Washington dans le cadre du Compact de Libre Association, qui permet déjà à l'armée américaine d'utiliser le territoire palaosien. Mais ses détracteurs lui reprochent d'avoir hypothéqué l'avenir du pays pour quelques millions de dollars.

L'arme juridique secrète : l'article 243 de la loi sur l'immigration

Pour comprendre comment un petit archipel du Pacifique s'est retrouvé transformé en destination d'expulsion, il faut remonter à la machinerie juridique américaine. L'administration Trump n'a pas improvisé : elle a exploité une disposition méconnue de l'Immigration and Nationality Act, l'article 243, qui autorise le Département de la Sécurité intérieure (DHS) à déporter un migrant vers un pays tiers lorsque le retour dans son pays d'origine est « impraticable, déconseillé ou impossible ».

Cette clause, conçue à l'origine pour des cas exceptionnels, a été étendue bien au-delà de l'esprit initial de la loi. Sous Trump, le DHS l'a utilisée pour expulser des migrants vers des pays avec lesquels ils n'avaient aucun lien, parfois sans même les informer de leur destination avant l'embarquement. Les Palaos ne sont qu'un maillon d'une chaîne qui inclut le Salvador, le Rwanda, l'Ouganda, la Guinée équatoriale ou l'Eswatini.

L'article 243 de la loi sur l'immigration : une clause fourre-tout

La section 243 de l'INA est un texte court, rédigé en termes vagues. Elle permet au secrétaire à la Sécurité intérieure de désigner un pays tiers comme destination de déportation si le pays d'origine du migrant refuse de le reprendre, s'il est en guerre, ou si les relations diplomatiques sont rompues. L'administration Trump a élargi cette interprétation à des cas où le pays d'origine existe et fonctionne, mais où les procédures de réadmission sont jugées trop lentes ou trop coûteuses.

Cristina Rodríguez, professeure à Yale, résume le problème dans les colonnes du New Yorker : « Ce n'est pas une stratégie que le gouvernement américain avait utilisée de manière significative, surtout pas pour envoyer des gens dans des zones de guerre comme le Soudan du Sud, ou dans des prisons comme ils l'ont fait avec le Salvador. » L'article 243 est devenu un couteau suisse juridique, permettant à l'exécutif de contourner les protections des demandeurs d'asile.

Juillet 2025 : la Cour suprême autorise l'expulsion vers le Soudan du Sud

Le tournant s'est produit en juillet 2025. Huit hommes, bloqués à Djibouti depuis plus d'un mois après avoir purgé leur peine aux États-Unis, ont été expulsés vers Juba, la capitale du Soudan du Sud. Parmi eux, un seul était sud-soudanais. Les autres venaient du Laos, de Cuba, de Birmanie, du Mexique et du Vietnam. La porte-parole du DHS, Tricia McLaughlin, s'était réjouie : « Ces malades vont finalement être expulsés au Soudan du Sud. »

La Cour suprême, saisie en urgence, avait donné raison à l'administration Trump, ouvrant la voie à une interprétation expansive des pouvoirs de déportation. Ce précédent a servi de modèle pour les accords suivants, y compris celui avec les Palaos. Si l'on pouvait expulser des hommes vers un pays en guerre civile, pourquoi pas vers un archipel paisible du Pacifique ?

Un accord avec 30 pays, 17 400 expulsés : le réseau secret de Washington

L'ampleur du phénomène est vertigineuse. Selon le décompte de Human Rights First et Refugees International, l'administration Trump a bâti un réseau d'accords de transfert avec plus de 30 gouvernements, utilisé pour expulser plus de 17 400 personnes. Environ 16 000 ont été envoyées vers le Mexique. Les 1 400 autres ont été dispersées vers une vingtaine de destinations : Eswatini, Soudan du Sud, Ouganda, Rwanda, et désormais les Palaos.

Washington a versé au moins 44 millions de dollars aux gouvernements receveurs. Et ce n'est pas fini : selon le rapport du Sénat américain, la machine tourne à plein régime, avec des négociations en cours avec plusieurs autres pays. Les Palaos ne sont qu'un nouveau maillon d'une chaîne qui s'allonge chaque mois.

Le premier cobaye est reparti au bout de deux semaines

Revenons au concret, à l'humain. Après le juridique et le macro, l'histoire du premier expulsé vers les Palaos est celle d'un échec retentissant. Un homme, arrivé fin mai 2026, logé par les services palaosiens, qui quitte l'archipel au bout de quinze jours. Où est-il allé ? Pourquoi ne pouvait-il pas être renvoyé directement au Vietnam ? L'administration américaine n'a pas répondu.

Le site Third Country Deportation Watch, qui suit ces transferts, note que deux autres Vietnamiens sont arrivés le 8 juillet 2026, toujours par vol commercial. Mais le sort du premier reste un mystère. Ce fiasco logistique pose une question gênante pour Washington : à quoi bon signer des accords coûteux si les premiers expulsés refusent de rester ? 

L'archipel des Palaos accepte d'accueillir des migrants expulses des Etats-Unis monnayant une contrepartie de 7,5 millions de dollars.
L'archipel des Palaos accepte d'accueillir des migrants expulses des Etats-Unis monnayant une contrepartie de 7,5 millions de dollars. — (source)

Arrivé en mai, reparti en juin : l'histoire du premier expulsé

Le parcours de cet homme est un trou noir administratif. On sait qu'il est Vietnamien, qu'il est arrivé fin mai 2026 à Koror, qu'il a été logé par les autorités palaosiennes, et qu'il est reparti au bout d'environ deux semaines. Le bureau présidentiel palaosien a confirmé sobrement : « Après environ deux semaines, il a décidé de ne pas rester. »

Mais les questions s'accumulent. Pourquoi les États-Unis ne pouvaient-ils pas le renvoyer directement au Vietnam ? Le Vietnam refuse-t-il de reprendre ses ressortissants ? L'homme avait-il un casier judiciaire ? Était-il demandeur d'asile ? Où est-il allé après avoir quitté les Palaos ? A-t-il été réexpulsé vers un autre pays tiers ? Est-il retourné aux États-Unis ? Personne ne le sait, et personne ne semble vouloir le dire.

2009 : les Ouïghours de Guantanamo déjà abandonnés aux Palaos

L'histoire bégaie. En 2009, les Palaos avaient déjà accepté d'accueillir des Ouïghours détenus à Guantanamo, dans le cadre d'un accord avec l'administration Obama. Le résultat avait été désastreux. Selon Third Country Deportation Watch, « ils n'ont jamais réussi à s'adapter à la vie sur l'île ». Isolés, sans perspective d'emploi, sans communauté, ces hommes avaient végété pendant des années avant de pouvoir repartir.

Ce précédent historique aurait dû servir d'avertissement. Les Palaos sont un pays magnifique, mais c'est une société insulaire très unie, où les étrangers peinent à s'intégrer. La langue, la culture, le climat même – tout est différent de ce que connaissent des migrants venus du Vietnam, du Cambodge ou d'ailleurs. Les envoyer là-bas sans préparation, sans accompagnement, sans perspective, c'est les condamner à l'échec.

« Ils vous mettent dans un avion » : le récit de Pheap Rom, exilé en Eswatini

Pour donner une voix humaine à ce système, il faut écouter Pheap Rom. Ce Cambodgien de 43 ans, réfugié aux États-Unis, a été expulsé vers l'Eswatini à l'automne 2025. Il a passé des mois incarcéré dans une prison de haute sécurité, sans statut légal, sans charge, sans savoir pourquoi il était là. Dans une interview accordée à USA Today, il raconte : « Ils vous emballent, vous jettent dans un avion et vous envoient dans ces pays. » 

The United States has deported a first migrant to the Palau islands.
The United States has deported a first migrant to the Palau islands. — (source)

Pheap Rom a finalement été libéré et renvoyé au Cambodge en mars 2026. Mais son témoignage illustre l'angoisse des expulsés, livrés à eux-mêmes dans des pays qu'ils ne connaissent pas, sans ressources, sans droits, sans espoir. Le Vietnamien des Palaos a peut-être eu de la chance : il est reparti vite. Mais les suivants ne seront peut-être pas aussi libres de leurs mouvements.

40 millions de dollars : la facture des expulsions « de pays tiers »

Après l'émotion, la raison comptable. Le 17 février 2026, la commission des Affaires étrangères du Sénat américain a publié un rapport bipartisan intitulé « At What Cost? Inside the Trump Administration's Secret Deportation Deals ». Le titre dit tout : à quel prix ? La réponse est vertigineuse.

L'administration Trump a dépensé plus de 40 millions de dollars en 2025 pour expulser quelques centaines de migrants vers au moins vingt pays tiers. Le rapport se concentre sur cinq pays – El Salvador, Guinée équatoriale, Rwanda, Eswatini et Palaos – pour un total de 32 millions de dollars engagés. À cela s'ajoutent plus de 7 millions de dollars pour les vols de déportation eux-mêmes.

7,5 millions de dollars aux Palaos, 6 millions au Salvador : le prix des deals

Le coût par tête est exorbitant. 250 Vénézuéliens envoyés dans la mégaprison CECOT du Salvador ont coûté 6 millions de dollars, soit 24 000 dollars par personne. 29 personnes vers la Guinée équatoriale ont coûté 7,5 millions, soit plus de 258 000 dollars par tête – une somme qui dépasse l'aide américaine totale à ce pays pour l'année. Les Palaos, avec 7,5 millions pour 75 personnes maximum, reviennent à 100 000 dollars par expulsé potentiel.

À titre de comparaison, un vol charter de déportation vers le Guatemala coûte environ 50 000 dollars pour 150 personnes. La différence est saisissante : l'administration Trump dépense dix fois plus par personne pour expulser des migrants vers des pays tiers que pour les renvoyer directement chez eux. L'inefficacité financière est criante.

« Vous payez, vous rachetez » : le double scandale du paiement aux pays tiers

Le rapport du Sénat révèle une pratique encore plus choquante : le double paiement. Dans certains cas, les États-Unis ont payé un pays tiers pour accueillir le migrant, puis ont dû payer le pays d'origine pour le rapatrier. Un homme expulsé vers l'Eswatini a ensuite été repris par la Jamaïque, son pays d'origine, où les autorités ont déclaré n'avoir jamais été informées que les États-Unis voulaient s'en débarrasser.

La sénatrice Jeanne Shaheen, démocrate du New Hampshire, a résumé le scandale : « L'administration a développé et institutionnalisé un système où les États-Unis font pression sur des pays pour qu'ils acceptent des migrants qui ne sont pas leurs citoyens, souvent par le biais d'accords coûteux, inefficaces et mal contrôlés. » Des millions de dollars gaspillés, des vies brisées, et aucun résultat tangible.

Avant les Palaos, l'Australie et le Rwanda : un modèle qui fait tache d'huile

Les États-Unis n'ont rien inventé. La sous-traitance de l'asile est une pratique éprouvée, notamment par l'Australie, qui depuis 2001 envoie les demandeurs d'asile interceptés en mer dans des centres de rétention à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le bilan humain est désastreux : suicides, émeutes, violences, maladies mentales. Mais le modèle persiste.

Le Royaume-Uni a tenté sa propre version avec le Rwanda, annoncé en grande pompe en 2022, bloqué par la justice et finalement abandonné. L'approche américaine est différente : l'exécutif dispose de pouvoirs discrétionnaires énormes et d'une Cour suprême complaisante. Mais les similitudes sont frappantes, et les échecs des précurseurs servent d'avertissement.

Nauru et Manus Island (2001) : l'échec humain de la « Solution Pacifique »

Depuis 2001, l'Australie applique ce qu'elle appelle la « Solution Pacifique » : tout demandeur d'asile arrivant par bateau est envoyé dans des centres de rétention offshore, à Nauru ou sur l'île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les conditions y sont dénoncées depuis vingt ans par les organisations de défense des droits humains : détention indéfinie, absence de soins médicaux, violences, tentatives de suicide.

Le bilan est accablant. Des centaines de personnes ont passé des années dans ces camps, sans perspective de libération ni de réinstallation. Certains sont morts. D'autres ont été renvoyés dans leur pays d'origine, traumatisés à vie. Les Palaos ne sont pas Nauru – l'accord prévoit une intégration, pas une détention – mais le précédent australien montre les dérives possibles de l'externalisation migratoire.

Royaume-Uni-Rwanda (2022) : un autre deal d'expulsion qui a capoté

En 2022, le gouvernement britannique de Boris Johnson a signé un accord avec le Rwanda pour y envoyer les demandeurs d'asile arrivés illégalement au Royaume-Uni. Le deal a été salué comme une solution innovante, mais la Cour européenne des droits de l'homme a bloqué le premier vol. Après des années de batailles judiciaires, le nouveau gouvernement travailliste a finalement abandonné le projet en 2024.

L'échec britannique est instructif. Il montre que ces accords sont juridiquement fragiles, politiquement coûteux et humainement désastreux. Mais l'administration Trump a tiré les leçons : plutôt que de négocier avec un seul pays lointain, elle a bâti un réseau de 30 partenaires, diluant les risques et rendant les contestations judiciaires plus difficiles.

Sénateurs, chefs coutumiers : la révolte des Palaos contre Washington

Revenons aux Palaos, où la contestation gronde. L'accord signé en décembre 2025 a provoqué une fracture politique profonde dans ce petit pays. Le Sénat a voté pour bloquer le deal en janvier 2026 et a appelé à un référendum. Les seize chefs coutumiers ont écrit une lettre cinglante. La Cour suprême palaosienne a été saisie. Mais rien n'y a fait : l'exécutif a tenu bon, et les premiers expulsés sont arrivés.

Février 2026 : le Sénat attaque le président Whipps en justice

En février 2026, le Sénat des Palaos a déposé une plainte contre leur propre président pour excès de pouvoir. Les sénateurs estimaient que Whipps avait outrepassé ses prérogatives en signant un accord international sans l'approbation du Parlement. La Cour suprême palaosienne a refusé de suspendre l'accord, mais la bataille judiciaire a révélé l'ampleur de la fracture politique.

Le Sénat a également tenté de faire passer une loi bloquant l'accord, mais la Chambre des délégués (la chambre basse) ne l'a pas suivie. Résultat : un blocage institutionnel, où l'exécutif continue d'appliquer un accord que le législatif rejette. Dans un pays de 20 000 habitants, où les élus se connaissent tous, cette division est inédite.

Les 16 chefs coutumiers : « L'archipel n'est pas prêt pour ça »

Les chefs coutumiers des Palaos, garants des traditions et de la cohésion sociale, ont été les plus virulents. Dans une lettre rendue publique, le Conseil des seize chefs a écrit : « Nous avons été pris par surprise quand un MOU signé entre notre gouvernement et l'ambassade américaine a été porté à notre attention très récemment. » Et d'ajouter : « Nous ne sommes pas prêts, disposés et préparés à nous aventurer dans ce nouveau domaine de responsabilité. » 

Koror, principale île et ancienne capitale des Palaos, un archipel de 20 000 habitants entre les Philippines et la Papouasie-Nouvelle-Guinée

La dimension culturelle est essentielle. Les Palaos sont une société où les liens familiaux et claniques sont primordiaux. L'arrivée d'étrangers sans attaches, sans communauté, sans perspective d'intégration, menace cet équilibre fragile. Les chefs coutumiers ont refusé de rencontrer le président Whipps pour discuter de l'accord, signe d'une défiance profonde envers l'exécutif.

Et demain, la Jamaïque ? La machine s'emballe

Les Palaos ne sont qu'un début. Le 10 juin 2026, la Jamaïque a signé un protocole d'accord similaire avec les États-Unis. En vertu de ce texte, des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis pourraient « transiter » par l'île des Caraïbes vers « un autre territoire ou leur pays d'origine ». La polémique enfle déjà à Kingston.

Juin 2026 : la levée de boucliers en Jamaïque contre un protocole similaire

Le ministre jamaïcain de l'Intérieur, Horace Chang, a confirmé l'accord le 16 juin 2026, en réaction à sa révélation par la presse locale. Selon lui, les États-Unis prendront en charge le coût du séjour initial de ces migrants, qui seront logés par l'Organisation internationale pour les migrations. Le nombre devrait être limité à 25 personnes toutes les deux semaines.

Mais l'opposition politique et la société civile jamaïcaines sont vent debout. Comment un pays caribéen, déjà confronté à des défis économiques et sécuritaires majeurs, peut-il accepter de devenir une plaque tournante des expulsions américaines ? Le « modèle Palaos » s'exporte déjà, malgré les échecs et les contestations. La machine s'emballe, et personne ne semble capable de l'arrêter.

Le spectre des îles du Pacifique : Tonga, Fidji, Samoa dans le viseur

Les Palaos et la Jamaïque ne sont pas les seuls pays sous pression. Selon des chercheurs spécialistes des déportations dans le Pacifique, la liste des cibles de l'ICE inclut environ 350 personnes originaires des Fidji, 150 de Tonga, et 57 des Samoa. Tonga a déjà reçu plus de 1 000 retours entre 2009 et 2020, dont près des trois quarts en provenance des États-Unis.

Washington a déjà utilisé des leviers économiques pour forcer la main à ces petits États insulaires. Les Samoa et Tonga ont été blacklistés des visas de travail saisonnier américains pour les contraindre à accepter les déportations. Sans fonds de réintégration ni soutien, ces retours forcés pèsent lourdement sur des économies déjà fragiles.

Conclusion : l'expulsion vers les Palaos, miroir d'une politique en faillite

L'expulsion vers les Palaos n'est pas un cas isolé. Elle est l'aboutissement d'une stratégie globale d'externalisation migratoire, bâtie sur l'exploitation d'une faille juridique, financée par des millions de dollars publics, et mise en œuvre dans le secret le plus total. L'échec du premier transfert – un homme reparti au bout de deux semaines –, l'opposition interne aux Palaos, et l'extension du modèle à la Jamaïque interrogent la viabilité politique et le coût humain de ces accords.

L'Operation PARRIS et la traque des réfugiés légaux montre que l'administration Trump ne recule devant rien pour durcir sa politique migratoire. Mais à force de vouloir expulser à tout prix, elle risque de transformer des paradis insulaires en prisons à ciel ouvert, et de briser des vies sur l'autel d'une idéologie.

En savoir plus sur le suivi des expulsions vers les pays tiers.

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Questions fréquentes

Pourquoi les Palaos ont-elles accepté des expulsés américains ?

Les Palaos ont signé un accord avec les États-Unis en décembre 2025, recevant 7,5 millions de dollars en échange de l'accueil de jusqu'à 75 ressortissants de pays tiers que Washington ne peut pas renvoyer chez eux. Le président Whipps a justifié cet accord par une manne financière et un renforcement des liens avec les États-Unis.

Quel est le bilan du premier expulsé vers les Palaos ?

Le premier expulsé, un Vietnamien, est arrivé fin mai 2026 à Koror mais a quitté l'archipel au bout de deux semaines. Les autorités palaosiennes l'avaient logé temporairement, mais il a décidé de ne pas rester, et l'administration américaine n'a fourni aucun détail sur sa destination ou les raisons de son départ.

Combien les États-Unis ont-ils dépensé pour ces expulsions ?

L'administration Trump a dépensé plus de 40 millions de dollars en 2025 pour expulser quelques centaines de migrants vers au moins vingt pays tiers. Pour les Palaos, le coût est de 7,5 millions de dollars pour 75 personnes maximum, soit environ 100 000 dollars par expulsé potentiel.

Quels pays ont déjà refusé des expulsés américains ?

L'article mentionne que les États-Unis ont signé des accords avec plus de 30 pays, dont le Salvador, la Guinée équatoriale, le Rwanda, l'Eswatini et les Palaos. Aucun refus n'est explicitement mentionné, mais le Sénat palaosien et les chefs coutumiers ont vivement contesté l'accord, et la Jamaïque a signé un protocole similaire en juin 2026 malgré des oppositions.

Qu'est-ce que l'article 243 de la loi sur l'immigration ?

L'article 243 de l'Immigration and Nationality Act autorise le Département de la Sécurité intérieure à déporter un migrant vers un pays tiers lorsque le retour dans son pays d'origine est « impraticable, déconseillé ou impossible ». Sous Trump, cette clause a été étendue à des cas où le pays d'origine existe mais où les procédures sont jugées trop lentes ou coûteuses.

Sources

  1. En Jamaïque, levée de boucliers contre l’accueil de ressortissants de pays tiers expulsés des Etats-Unis · lemonde.fr
  2. [PDF] CAHIERS • cuadernos - CEMCA · ccis.ucsd.edu
  3. cfr.org · cfr.org
  4. courrierinternational.com · courrierinternational.com
  5. [PDF] Inside the Trump Administration's Secret Deportation Deals · foreign.senate.gov
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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