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Mouloud FERAOUN : la mort d'une étoile

Écrivain kabyle d'expression française, Mouloud Feraoun est l'auteur algérien le plus lu. Assassiné par l'OAS en 1962, il a marqué la littérature avec « Le Fils du pauvre » et son « Journal » sur la guerre d'Algérie.

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Né le 8 mars 1913 à Tizi-Hibel, un village kabyle des Aït-Douala, Mouloud Feraoun a été assassiné le 15 mars 1962 en compagnie de cinq de ses collègues de l'Inspection des Centres sociaux à El-Biar, à Alger, par l'Organisation armée secrète (OAS). Cette organisation, sentant l'indépendance de l'Algérie proche, avait lancé une vaste campagne de terreur faisant des centaines de victimes. La mort de Mouloud Feraoun, l'un des grands écrivains algériens, survenait trois jours avant le cessez-le-feu conclu entre les révolutionnaires du FLN et la France.

Biographie de Mouloud Feraoun : de la Kabylie à l'enseignement

En 1932, il réussit le concours d'entrée à l'École normale de Bouzaréah. Par tirage au sort (code de l'indigénat), il sera exempté du service militaire en 1934. L'année suivante, il devient instituteur à l'école primaire de Taourirt Moussa — village du regretté Lounès Matoub, le chanteur kabyle engagé assassiné par les islamistes du GSPC de Hassan Hattab le 25 juin 1998. Ce n'est qu'en 1949 qu'il découvrira Paris !

En 1950, il publie aux éditions du Nouvel Humanisme « Le Fils du pauvre ». En 1951, Mouloud Feraoun écrira à Albert Camus : « L'hiver dernier j'avais demandé à Pierre Martin du SCI de vous faire parvenir un exemplaire du Fils du pauvre. Lui aussi pouvait me communiquer votre adresse. Néanmoins, je n'avais pas osé vous écrire. »

Reconnaissance littéraire et carrière d'écrivain

En 1953, le prix populiste sera décerné à cet éminent écrivain kabyle d'expression française pour son excellent ouvrage intitulé « La Terre et le Sang ». Il entame son journal en 1955 et sera nommé en 1957 directeur de l'école « Nador » de Clos-Salembier (Alger). La même année, il publie « Les Chemins qui montent » aux éditions du Seuil.

Il sera enfin nommé inspecteur des Centres sociaux d'El-Biar (Alger). Homme intègre, il rejettera la violence — une violence qui le ravira aux siens. De nos jours, il reste l'écrivain algérien le plus lu ! Ses romans sont traduits en plusieurs langues (anglais, russe, arabe, berbère...).

« Le Fils du pauvre » : résumé de l'œuvre emblématique

Rédigé en 1939, publié à compte d'auteur en 1950 puis réédité par Le Seuil en 1954, ce livre connaîtra un retentissant succès. Dans cet ouvrage, l'auteur raconte le quotidien difficile de l'enfant kabyle habitant les montagnes. Il oppose à cette rudesse naturelle les interdits nés des coutumes ancestrales. Il rappelle que face aux épreuves, l'homme kabyle était contraint de s'exiler pour subvenir aux besoins de sa famille. Il souligne également la détermination de l'enfant kabyle à réussir ses études.

« La Terre et le Sang » et « Les Chemins qui montent » : suite romanesque

Ces deux romans dépeignent la vie des Kabyles en France et au pays. Au-delà des intrigues sentimentales, l'auteur décrit la situation du village. Dans « La Terre et le Sang », il évoque la question religieuse : l'épouse du personnage principal est une Kabyle chrétienne — une forte communauté chrétienne kabyle existe encore aujourd'hui dans cette région berbérophone d'Algérie. Une histoire d'amour impossible entre Amer et Chabha...

Ce récit trouvera sa suite dans « Les Chemins qui montent », qui raconte cette fois un sentiment amoureux entre le fils d'Amer et Dahbia. Alors qu'il venait de décider d'épouser Dahbia, Amer découvrira qu'elle n'était pas vierge. Avant de se suicider, il aura cette réflexion : « Dieu m'est témoin que j'étais sincère, prêt à lui donner mon affection, ma vie. J'étais heureux, mille projets se formaient dans ma tête, tout me paraissait limpide. Je découvrais tout d'un coup pourquoi j'étais là à Ighil-Nezmane, pourquoi j'étais seul, pourquoi j'avais vingt-cinq ans, pourquoi j'étais beau, fort et tendre. Tout cela c'était pour Dahbia. »

« Le Journal » : témoignage inédit sur la guerre d'Algérie

Ce livre de 350 pages relate la guerre d'Algérie, les assassinats et les attentats commis. L'auteur y rejette la violence, d'où qu'elle émane. Cette position lui vaudra les foudres des révolutionnaires comme des colons français. Dans cet ouvrage, il nous laisse une phrase qui vaudra plus tard son pesant d'or : « Vos ennemis de demain seront pires que ceux d'aujourd'hui ». Mouloud Feraoun n'avait pas tort. Toutefois, dans l'une de ses correspondances, il n'hésitera pas à critiquer les prises de position de son ami Albert Camus.

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rachidyahou
rachidyahou @rachidyahou
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