Le 9 juin 2026, l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO) a publié son rapport annuel « Conflict Trends : A Global Overview, 1946–2025 ». Les conclusions sont sans appel : avec 65 conflits impliquant au moins un État en 2025, le monde a atteint un niveau de violence inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas un simple pic conjoncturel, mais l’installation durable dans un nouveau régime de violence élevée, dont les conséquences économiques, sociales et psychologiques se font sentir jusqu’en France.

Le triste record de 65 conflits en 2025 : de quoi les chiffres du PRIO sont-ils le nom ?
L’étude norvégienne ne se contente pas de compiler des statistiques. Elle alerte sur un changement de paradigme. Les données, issues du Uppsala Conflict Data Program (UCDP), distinguent trois catégories de violence : les conflits impliquant au moins un État, les conflits non étatiques, et les violences unilatérales contre les civils. Le chiffre qui frappe d’emblée est celui des 65 conflits étatiques, le plus haut niveau depuis 1946.
Ce n’est pas une crise passagère. C’est un changement de climat géopolitique. Le monde ne traverse pas un orage : il s’installe dans une nouvelle normalité où la guerre est devenue un mode de régulation des relations internationales. Les mécanismes de dissuasion et de diplomatie qui avaient contenu les violences interétatiques pendant des décennies semblent avoir perdu leur efficacité.
« Les chiffres sont choquants » : l’alerte de Siri Aas Rustad
La chercheuse Siri Aas Rustad, directrice de recherche au PRIO, n’a pas mâché ses mots dans l’entretien accordé à Franceinfo : « D’habitude, j’arrive toujours à trouver quelque chose de positif, mais cette année, les chiffres sont choquants. » Cette déclaration, inhabituelle dans le milieu académique, traduit l’ampleur de la bascule.
La méthodologie du PRIO repose sur les données du UCDP, un programme de recherche suédois reconnu pour sa rigueur. Les 65 conflits recensés incluent toutes les formes d’affrontements armés où au moins un État est partie prenante. Le chiffre anéantit l’idée d’une simple « crise passagère » : la tendance est linéaire depuis plusieurs années, avec une accélération marquée en 2025.
Guerres entre États : le tabou est brisé
L’indicateur le plus alarmant est le doublement des conflits interétatiques : 8 en 2025 contre 4 en 2024. C’est un record en 80 ans. L’après-Guerre froide était dominé par les guerres civiles, les conflits entre États étant considérés comme une anomalie. Ce retour en force des guerres entre nations (Ukraine-Russie, Israël-Iran, tensions en Asie du Sud-Est) signale un effondrement du droit international.
Les grandes puissances ne jouent plus leur rôle de gendarmes de la paix. Au contraire, elles sont devenues des moteurs de l’instabilité. La course aux armements s’accélère, les traités de désarmement sont remis en cause, et la notion de souveraineté nationale est invoquée pour justifier des interventions militaires. Le tabou de la guerre interétatique, qui avait tenu bon pendant près de quatre décennies, est définitivement brisé.
Afrique, Asie, Moyen-Orient : la carte des zones de fracture
La répartition géographique des conflits dessine une carte mondiale de la violence. L’Afrique reste l’épicentre avec 29 conflits étatiques, suivie par l’Asie (17) et le Moyen-Orient (10). L’Europe, qui s’était habituée à une paix relative depuis 1945, compte désormais 3 conflits — un chiffre historiquement haut.
Ces régions ne sont pas simplement en guerre : elles entrent dans un cycle de violence auto-entretenu. Les conflits créent des déplacements de population, qui à leur tour génèrent des tensions ethniques et des rivalités pour les ressources. La pauvreté, le changement climatique et l’effondrement des États fragiles alimentent ce cercle vicieux. Le Soudan, la République démocratique du Congo et la Birmanie illustrent parfaitement cette mécanique.
Le prix de la peur : 21 800 milliards de dollars engloutis par la violence mondiale
Après le choc des chiffres bruts, il faut analyser le coût pour le monde réel. La violence a un prix concret qui pèse sur les générations futures. Le Global Peace Index (IEP), publié au même moment que l’étude du PRIO, apporte un éclairage économique indispensable.
Une douzième dégradation consécutive : l’érosion silencieuse de la paix mondiale
Le Global Peace Index 2026 confirme la tendance : la paix mondiale s’est détériorée de 0,7 % en 2025. C’est la 12e année consécutive de baisse, et le 15e déclin en 18 ans. Ce n’est pas un accident ponctuel, mais un état qui se dégrade en continu.
Cette érosion silencieuse est d’autant plus inquiétante qu’elle est cumulative. Chaque année, les tensions s’aggravent un peu plus, les dépenses militaires augmentent, et les mécanismes de coopération internationale s’affaiblissent. Le monde n’est pas simplement plus violent : il est structurellement moins pacifique.
21 800 milliards de dollars : l’économie mondiale saignée par les conflits

L’impact économique mondial de la violence a atteint 21 800 milliards de dollars en 2025, soit 10,5 % du PIB mondial. C’est une hausse de 3,2 % par rapport à 2024. Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est plus que le PIB cumulé de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni réunis.
Ces 21 800 milliards représentent l’ensemble des dépenses liées à la violence : dépenses militaires, sécurité intérieure, pertes économiques directes et indirectes, soins de santé pour les victimes, reconstruction. C’est autant d’argent qui n’est pas investi dans la transition écologique, l’éducation, la santé ou les infrastructures. Chaque balle tirée, chaque bombe larguée, chaque soldat déployé a un coût d’opportunité qui grève l’avenir.
L’équation impossible pour les États : le canon ou l’assiette ?
Cette hausse des dépenses militaires et de sécurité intérieure crée un dilemme d’allocation des ressources pour les États. En Europe, la menace venue de l’Est et les tensions au Moyen-Orient obligent les gouvernements à augmenter les budgets de la défense. Mais cet argent doit être pris quelque part.
Quand il faut financer le canon, ce sont les budgets sociaux, l’éducation ou les aides aux jeunes qui trinquent. La guerre n’est pas un mal abstrait : elle a un coût fiscal réel. Chaque euro dépensé pour un char Leclerc ou un missile antiaérien est un euro qui ne va pas dans la rénovation des écoles, les bourses étudiantes ou les hôpitaux. Les jeunes générations paient deux fois : une fois par l’impôt, une fois par la dégradation des services publics.
De Gaza à l’Ukraine : les ressorts d’une guerre qui n’en finit pas de s’étendre
Les chiffres globaux prennent tout leur sens quand on les ancre dans l’actualité immédiate. Les conflits en Ukraine, à Gaza et au Soudan ne sont pas des accidents isolés : ils sont les symptômes d’une tendance lourde que l’étude du PRIO décrit avec précision.
Israël, États-Unis : les « agresseurs » pointés du doigt
L’étude du PRIO, rapportée par Franceinfo, est sans ambiguïté : Israël « est clairement un des pays les plus agressifs dans le monde en ce moment ». La guerre à Gaza, qui a fait des dizaines de milliers de victimes civiles, s’est étendue à l’Iran et à la Syrie, créant un embrasement régional que l’on peut qualifier de guerre Iran-USA 2026 : 7 jours qui ont changé la face du monde.
Les États-Unis ne sont pas en reste. « Ils ne se contentent pas d’attaquer et d’accroître la violence, il y a aussi les barrières commerciales », souligne l’étude. Les grandes puissances ne sont plus des gendarmes de la paix mais des moteurs de l’instabilité. Leur utilisation des sanctions économiques comme arme de guerre ajoute une dimension économique à la violence militaire.
245 000 morts au combat : la mécanique de la mort industrielle
Environ 245 000 personnes ont été tuées dans les combats en 2025, ce qui en fait la 3e année la plus meurtrière depuis la fin de la Guerre froide. À cela s’ajoutent 76 500 victimes de « violence unilatérale » — ces attaques délibérées contre des civils, attentats terroristes, massacres de populations.
Ces chiffres révèlent une mécanique de la mort industrielle. Les conflits modernes ne font pas de distinction entre combattants et civils. Les bombardements de zones résidentielles, les frappes sur des hôpitaux et des écoles, l’utilisation d’armes à sous-munitions dans des zones peuplées : tout cela participe d’une stratégie où la terreur est une arme de guerre à part entière.
La guerre hybride made in 2025
Les conflits de 2025 ne ressemblent plus à ceux du XXe siècle. Drones, cyberattaques, désinformation de masse, utilisation de l’intelligence artificielle sur les champs de bataille : la guerre est devenue hybride. Elle ne se joue plus seulement sur des fronts, mais dans l’économie, les médias et les esprits.
Cette guerre « totale » a un effet de souffle direct sur les jeunes générations. La menace existentielle n’est plus abstraite : elle s’affiche sur les écrans de téléphone, dans les notifications d’alertes, dans les conversations entre amis. Le conflit en Ukraine illustre parfaitement cette bascule, comme le montre notre article sur « Tout le monde a peur de mourir » : la lutte pour recruter des soldats en Ukraine tourne à la violence.
Service militaire, inflation, anxiété : l’onde de choc sur les jeunes Français
Après avoir décortiqué les causes macro, il faut montrer les conséquences micro. Comment cette nouvelle ère de violence change la vie d’un jeune de 16 à 25 ans en France ?
Le retour de la guerre dans le débat français : service national et angoisse sécuritaire
La guerre en Ukraine et les tensions au Proche-Orient ont fait entrer la notion de « menace existentielle » dans le débat public français. Pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, des jeunes Français envisagent sérieusement la possibilité d’un conflit armé impliquant leur pays.
Le débat sur le retour d’un service militaire obligatoire ou d’un service civique renforcé agite la classe politique. Des propositions de « service national universel » durci, incluant une formation militaire, sont régulièrement avancées. L’idée que la France pourrait avoir besoin de ses jeunes pour défendre le territoire n’est plus une hypothèse de science-fiction. Comme le montre la situation en Ukraine, où la lutte pour recruter des soldats tourne à la violence, la question des ressources humaines en temps de guerre est devenue centrale.
L’inflation importée : quand votre plein d’essence et votre assiette dépendent de la paix mondiale
Le coût de la vie est directement lié aux conflits. Les prix de l’énergie — gaz russe, pétrole du Moyen-Orient — et des matières premières agricoles — blé ukrainien, engrais — explosent à chaque regain de tension. Pour un jeune Français, cela se traduit par des conséquences très concrètes.
Le loyer est plus cher parce que le coût de la construction a augmenté avec le prix de l’énergie. Les courses sont plus chères parce que le blé et l’huile de tournesol viennent de régions en guerre. Les difficultés à se loger s’aggravent parce que l’inflation ronge le pouvoir d’achat. La guerre n’est pas un phénomène lointain : elle se niche dans votre portefeuille et votre assiette.
Au-delà des bombes : la violence légale et l’effet de serre sécuritaire
La « nouvelle ère de violence » ne se limite pas aux champs de bataille. Elle inclut la régression des droits, la montée des autoritarismes et la normalisation de la violence d’État. Le Code pénal taliban : violence légale et apartheid des femmes en 2026 illustre parfaitement cette tendance.
En Afghanistan, les femmes sont privées de tout droit, soumises à une violence institutionnalisée qui fait partie du système légal. Cette violence structurelle pèse directement sur les jeunes générations, en particulier les femmes. Elle crée un « effet de serre sécuritaire » : la peur et la répression s’étendent comme une nappe de brouillard, asphyxiant les libertés.
La paix n’a pas dit son dernier mot : les régions qui résistent à la tendance
Pour éviter le fatalisme, il faut identifier les signaux faibles d’accalmie. La violence n’est pas une fatalité, et des contre-modèles existent.
Conflits non étatiques en baisse : une victoire discrète mais réelle
Les violences non étatiques — conflits entre groupes armés, milices, guérillas — ont légèrement baissé en 2025, avec 75 conflits recensés et environ 14 500 morts. Cette baisse peut traduire des accords de paix locaux, l’épuisement de certaines guérillas ou l’absorption de groupes armés dans des structures étatiques.
C’est un contre-point utile pour montrer que la machine de la violence n’est pas irréversible. Même dans un contexte de hausse globale, des dynamiques de paix existent. Elles sont discrètes, souvent invisibles dans les médias internationaux, mais elles témoignent de la capacité des sociétés à sortir de la guerre.
L’Afrique des solutions : des paix locales oubliées
L’Afrique est la région la plus touchée avec 29 conflits étatiques. Mais c’est aussi là que se négocient des paix discrètes. Dans la Corne de l’Afrique, des accords locaux entre communautés pastorales ont permis de réduire les violences liées à l’accès à l’eau et aux pâturages. En Afrique de l’Ouest, des mécanismes de médiation traditionnelle coexistent avec les processus officiels.
Sans donner de faux espoirs, ces exemples montrent que des mécanismes de résilience existent. Les sociétés africaines, qui ont connu des décennies de conflits, ont développé des stratégies de survie et de reconstruction qui méritent d’être étudiées.
À quoi sert de compter la guerre ? Le PRIO comme arme de transparence
Le travail des instituts de recherche comme le PRIO et l’IEP est essentiel. Leur collecte de données permet de contrer la désinformation, de mesurer l’ampleur réelle des violences et d’analyser les tendances de manière rationnelle.
La data est une arme contre la peur. Comprendre les mécanismes de la violence, c’est se donner les moyens de les anticiper et de les contrer. Les chiffres ne sont pas froids : ils sont des outils de lucidité.
Conclusion : Comprendre la nouvelle ère de violence pour mieux y faire face
Le monde n’est pas simplement « en crise » : il s’est installé dans un nouveau niveau d’équilibre de la violence. Le record des 65 conflits, le doublement des guerres interétatiques, le coût astronomique de 21 800 milliards de dollars et l’impact direct sur les jeunes Européens ne sont pas des anomalies. Ce sont les traits d’une nouvelle normalité.
La lucidité est le meilleur bouclier contre la peur. Comprendre les mécanismes économiques, technologiques et géopolitiques qui alimentent cette violence permet de ne pas être une victime passive de l’actualité. Les données du PRIO et de l’IEP sont des ressources fiables pour s’informer sans angoisse. La pire des violences est celle que l’on ne comprend pas.