
Un poète africain, très peu connu, chante :
« Oh Paris-Dakar, tu donnes à ma terre l'honneur d'être foulée par les chars de fer ; tu donnes à ma vie la chance d'avoir un sens... Youkoulalalyoukoula. »
Ce bref texte résume bien la fascination qu'exerce le Dakar à la fois sur les Français, mais aussi sur les populations locales.
Et comment pourrait-il en être autrement ? Les plus merveilleux fleurons de la société civilisée dépucellent avec vigueur les contrées vierges de sauvages arriérés.
Ceux-ci sont immobiles ; ils regardent ébahis. Le Dakar devient métonymie de notre monde global : l'Afrique admirant notre course effrénée vers un but noble, la Victoire. Il est naturel dès lors que si une petite fille ne nous laisse pas le champ libre, nous la strikons sans état d'âme. Ce feu d'artifice sanglant nous rappelle que le progrès est injuste, mais il est nécessaire et beau.
Même la pollution n'est pas que la rançon de la gloire globale. Elle crée d'ailleurs sur les dunes un mirage étonnant : on croit voir la figure du Prophète, noire, du Capital se dessiner au loin. Ça fait deux cents ans qu'on attend ici sa venue. On entend alors les suffocations de joie, qui se font en rythme. Car, ça se sait, « les Noirs ont du rythme ».
Le cortège flamboyant continue. On exhibe les grands héros de notre civilisation se démenant dans des sables maléfiques. Il faut abandonner sa monture, ou la vie même parfois. Qu'importe, il faut aller plus loin !
Johnny et d'autres Étoiles se font les symboles de cinq mille ans d'une culture conquérante. Dans la lignée d'Ulysse et de Godefroy de Bouillon, leur bravoure impose un respect silencieux. Et comme eux, ils reviendront au pays. Narrant leurs multiples exploits, ils susciteront chez la jeunesse trop molle de notre pays l'envie d'aller découvrir la rudesse de ces lieux trop lointains.
Pour éduquer aux vrombissements des moteurs, une Afrique sourde à nos valeurs.
Témoignages et citations du Dakar 2004
- « Aujourd'hui, 3 morts... Très bien, nous passons à la course. » (Gérard Holz)
- « On a gagné. » (Les vainqueurs)
- « Et splash la black ! » (un conducteur de camion)