Le Parlement européen a adopté le 29 avril 2026 des résolutions condamnant pour la septième année consécutive les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne. Les textes citent antisémitisme, incitation à la violence et glorification du djihad et du martyre. Ils conditionnent les futurs financements européens à une réforme du curriculum.

La condamnation de l’UE et la conditionnalité des fonds
Le vote a recueilli 418 voix pour, 207 contre et 14 abstentions, dans le cadre de la procédure budgétaire. Le Parlement rappelle « la nécessité pour l’Autorité palestinienne de supprimer tout matériel éducatif ne respectant pas les normes de l’Unesco, en particulier ceux contenant antisémitisme, incitation à la violence, glorification du djihad et du martyre, et rejet de la résolution pacifique du conflit ». L’UE a aussi appelé à ce que tout futur financement à l’Autorité palestinienne soit conditionné à la suppression de ces contenus.

En juillet 2024, l’Autorité palestinienne a signé un accord avec l’UE s’engageant à réformer le curriculum. Les manuels des classes 1 à 4 devaient être alignés sur les standards Unesco de paix et tolérance d’ici septembre 2025, et ceux de la classe 12 d’ici décembre 2024. L’UE a affirmé en octobre 2025 que les classes 1 à 4 étaient complétées. Pourtant, le ministère de l’Éducation de l’Autorité palestinienne a déclaré formellement en février : « les manuels actuellement utilisés par les élèves dans tous les gouvernorats n’ont pas été révisés du tout ». Il a demandé au public de ne pas croire les rumeurs contraires.
Les fonds européens continuent de circuler. Le 23 juin 2025, la Commission européenne a alloué 202 millions d’euros : 150 millions à l’Autorité palestinienne pour des services publics, dont les salaires d’enseignants, de fonctionnaires et de soignants, et 52 millions à l’Unrwa pour éducation, santé et aide. Ce versement s’inscrit dans un paquet de 1,6 milliard pour 2025-2027 annoncé en avril 2025. Selon l’ONG IMPACT-se, plus de 500 millions d’euros auraient été versés à l’Autorité palestinienne depuis juillet 2024. La Commission lie son aide à la mise en œuvre de l’agenda de réforme, mais la conditionnalité n’a pas bloqué les paiements.
Ce que révèlent les études sur le contenu
L’Autorité palestinienne a introduit des réformes de curricula en 2017, produisant de nouveaux manuels pour l’année 2017-2018. L’UE a commandé une étude indépendante au Georg-Eckert-Institut (GEI), dirigée par la professeure Riem Spielhaus et publiée en juin 2021. Elle a analysé 172 manuels et curricula selon les critères Unesco de paix, tolérance et non-violence. Le GEI décrit une « image complexe » : les manuels reprennent des normes Unesco, avec des chapitres sur les droits humains, la tolérance, la citoyenneté mondiale, mais contiennent aussi des récits antisémites et la glorification de la violence. L’institut n’a pas trouvé d’appels directs à la violence contre les Israéliens. Il note que les manuels présentent le dialogue comme une valeur, sans l’appliquer explicitement aux Israéliens.
Le rapport IMPACT-se (2025-2026) aboutit à une conclusion inverse. L’ONG israélienne a analysé 290 manuels et 71 guides d’enseignant du curriculum national palestinien. Elle affirme que l’antisémitisme virulent, la glorification du djihad et l’incitation à la violence restent profondément ancrés à tous les niveaux, enseignés à plus de 1,3 million d’élèves. Le rapport cite des passages où le « djihad violent » est présenté comme le sommet de l’islam, et où des attentats contre des civils israéliens sont loués. Cette expertise, financée par des sources privées, doit être lue avec une distance méthodologique compte tenu de son origine et de son ton.
La divergence entre le GEI et IMPACT-se constitue le cœur de l’incertitude documentaire. Le GEI, institut académique allemand, fournit une base objective demandée par l’UE pour le dialogue politique. IMPACT-se dénonce une violation systémique des standards. Les deux études portent sur des périodes et des corpus différents, ce qui limite la comparaison directe.
Le dilemme européen : financer l’éducation sans cautionner les contenus
L’UE maintient ses versements tout en exigeant une réforme non réalisée. Le contribuable européen finance des salaires d’enseignants dans un système dont les manuels incriminés restent en usage. Le soutien humanitaire, notamment via l’Unrwa, vise à préserver les services essentiels en Cisjordanie et à Gaza. Mais la conditionnalité posée par le Parlement et la Commission reste lettre morte tant que les fonds coulent sans contrôle public du Donor Platform promis en 2024 et jamais rendu public.
La question de l’antisémitisme dans les manuels scolaires dépasse le territoire palestinien. En France, des enseignants contestent certains manuels scolaires Bolloré pour leurs biais, et la justice française saisie de l’antisémitisme montre les difficultés à sanctionner ces contenus. L’arbitrage européen actuel laisse en suspens la cohérence entre ses valeurs proclamées et l’usage de son argent.