
La puissance médiatique a été utilisée par le président Bush et son équipe gouvernementale pour justifier la guerre dans un premier temps, puis immédiatement après le premier pas d'un Marine sur le sol irakien, pour la promouvoir.
Pourquoi les belligérants utilisent-ils les médias pour promouvoir la guerre ?
Promouvoir la guerre devient donc une nécessité, une obsession... Et cela dans chaque camp. Maintenir son niveau de popularité en dépend. En effet, montrer les images d'une guerre facile et gagnée d'avance permet aux belligérants de maintenir le moral du peuple et de l'opinion publique, tout en enracinant leurs convictions aux côtés du gouvernement.
Médias et diplomatie : une tension permanente
Une grande part de la promotion de la guerre consiste à la faire paraître inévitable.
Les médias, en couvrant l'effort de persuasion d'une guerre nécessaire par les États-Unis et le Royaume-Uni, ont oublié que la communauté internationale joue un rôle essentiel et que la diplomatie ne doit pas être écartée de la situation. Le but de la diplomatie est justement d'apaiser les tensions avant qu'elles ne mènent au conflit. La confiance mutuelle et la foi dans le processus sont essentielles pour réduire les possibilités que la guerre éclate. Un devoir constant de la communauté mondiale devrait être de chercher la paix tout en maintenant l'intégrité de chacun et en trouvant des solutions viables pour tous.
La paix nécessite un minimum de compréhension de l'adversaire, mais les médias ravivent l'hostilité entre les camps, négligent les voies de la paix et demeurent, au bout du compte, des instruments de promotion de la guerre.
Pourquoi le processus de paix est incompatible avec les médias actuels
Il faut aussi questionner le rôle des médias. Il est souvent dit qu'il est beaucoup plus difficile de construire la paix que d'initier un conflit. La paix demande de la patience. Les médias demandent de l'immédiat. La paix a plus de chances de se développer dans un contexte calme. Les médias ont un intérêt obsessif pour la peur et la violence. La construction de la paix est complexe. Les médias savent surtout encadrer des événements simples. Le processus de paix n'est pas compatible avec la forme actuelle des médias.
Mais G. W. Bush l'a compris : en ce qui concerne sa guerre, les mots et les images sont aussi des armes à longue portée...
L'importance des médias dans les conflits modernes
De nos jours, une guerre se doit d'abord d'être gagnée au niveau médiatique.
De la Guerre du Golfe 1991 à l'Irak : l'évolution de la communication de guerre
Déjà en 91, l'armée américaine s'était empressée, bien avant l'opération Tempête du Désert, de détruire les installations de la télévision irakienne. On peut d'ailleurs se demander pourquoi, depuis le début de cette 2ème Guerre du Golfe, la télévision irakienne n'est toujours pas neutralisée et que Saddam Hussein peut encore diffuser des clips à la gloire de son régime, ou encore communiquer dans tout le pays pour former la résistance et maintenir le moral de la population. Certainement parce que les Américains croyaient à une guerre courte, et que dans cette optique ils auraient eu besoin de ces infrastructures pour diffuser dans le pays les images de la mort de Saddam Hussein et de la libération de la capitale.
Malheureusement, on ne voit que la moitié anglo-américaine de cette guerre et l'on ne peut réellement connaître les effets de la propagande cyclique de Saddam Hussein sur sa population.
Censure et manipulation de l'opinion publique
En Grande-Bretagne, l'effet sur l'opinion publique des images de soldats morts, prisonniers, capturés ou même de drones neutralisés, peut provoquer facilement l'émoi dans une population déjà minoritaire sur la scène mondiale. C'est sans doute pour cela que ces images y sont censurées par Scotland Yard et la BBC.
Aux États-Unis, l'opinion est particulièrement manipulable. On nous rappelle sans cesse que sur 10 Américains, seulement 3 sont contre cette guerre. Mais on oublie trop souvent de dire que la majorité des Américains (c'est-à-dire ceux qui n'ont pas voté pour G. W. Bush aux dernières élections) pensent que cette guerre n'a pas assez été préparée. Y aurait-il une faille dans la propagande américaine ?
Fox News vs CNN : la bataille de l'information américaine
L'opinion publique américaine a une particularité : elle est impulsive et naïve. Beaucoup de chaînes américaines jouent d'ailleurs sur cela.
La chaîne ultraconservatrice Fox News rythme les interventions de ses journalistes par des mensonges et de la propagande, exactement comme le fait la chaîne Irak TV. Le rapprochement entre ces deux chaînes est réellement possible. À la seule différence que l'une va disparaître et que l'autre restera sans doute encore longtemps. Mais plus grave, à mon sens, l'une, chaîne d'État, est obligée par un régime dictatorial de diffuser des programmes de propagande, alors que l'autre le fait en libre conscience.
D'autres chaînes américaines comme ABC sont plus sobres, plus calmes et plus distanciées vis-à-vis de ce conflit, mais voient leur audience baisser. Révélateur des choix culturels et informationnels des masses américaines.
Surchauffe médiatique : surinformation et désinformation
Les chaînes qui traitent de l'information en continu et en temps réel n'échappent pas à la surinformation, qui mène souvent à la désinformation. Ces chaînes à gros titres rouges, à scoops, à images vertes phosphorescentes brillantes, à flashs spéciaux comme CNN, LCI ou encore BBC News 24.
Ces chaînes inondent leur programme d'images infrarouges, d'images choc, de cartes stratégiques commentant la suite hypothétique du conflit. Elles se contentent de donner l'information dans sa forme la plus brute, et l'analyse n'est absolument pas de mise.

Al-Jazira : la voix du monde arabe
Al-Jazira. C'est certainement la seule télé au monde, propriété d'un pays allié aux États-Unis (le Qatar), qui donne la parole aux partisans comme aux adversaires de la guerre, en restant en phase avec ses millions de téléspectateurs.
C'est une chaîne tout info située à deux pas du centre de commandement US à Doha et qui ne se prive pas de dire, par l'intermédiaire de son imam maison, que cette guerre est impie.
Quand CNN ou Fox News vendent du patriotisme, Al-Jazira, elle, vend l'illégitimité de cette guerre et la détresse des populations. Sur fond de musique hollywoodienne, les clips qui reviennent sans cesse à l'antenne comme des bandes-annonces montrent un Bush guerrier avec une croix gammée incrustée dans la main, un Saddam Hussein acculé (« on va résister »), des enfants qui pleurent et des civils qui scandent : « Le sang des Arabes vaut-il moins que celui des Américains ? »
Les codes de l'information à l'arabe
Cette chaîne a malheureusement repris tous les tics et tous les codes de la grande sœur CNN. Flash déroulé en bas de l'écran, parlote de journaliste comblant le manque d'images, ivresse du direct.
Mais Al-Jazira, et c'est toute sa force, reflète les sentiments de la rue (comme la colère, l'humiliation, le sentiment d'impuissance) en court-circuitant les régimes arabes qui, souvent, soutiennent Washington.
Être en phase avec les opinions arabes, et donc en opposition avec les régimes, c'est le message subliminal d'Al-Jazira. C'est son incroyable liberté, sa raison d'être.
Dans un monde arabe habitué depuis un demi-siècle à la langue de bois, il faut imaginer l'effet tornade d'Al-Jazira qui, depuis 1996, pulvérise la propagande des télés officielles.
La force de cette télévision vient aussi de son implantation parfaitement harmonieuse dans le monde musulman.
« N'oublions pas qu'Al-Jazira est le vidéo-club préféré de Ben Laden qui lui confie ses précieuses cassettes »
Al-Jazira face aux pressions saoudiennes
Mais finalement, comme le souligne le directeur de la chaîne, le Dr Kadidi : « Plus que les Américains, ce sont les Saoudiens qui ne digèrent pas la chaîne. » Car les Saoudiens voient leur monopole ébranlé, eux qui ont investi des millions pour la chaîne MBC à Londres et se voient donc inquiétés par l'insolente petite chaîne qatarie.
Comment fonctionne la machine médiatique en temps de guerre
Depuis le Vietnam, la télévision couvre les conflits officiels. La véritable guerre en direct est née lors de la Première Guerre du Golfe en 91.
L'embedding : les journalistes intégrés aux troupes
Mais aujourd'hui, les reporters sont carrément embarqués aux côtés des militaires. Le ton est plus prudent mais les sources plus nombreuses : en réalité, le traitement de l'information a changé par rapport à la première guerre du Golfe.
La couverture médiatique commence par les hommes sur le terrain. Dans la guerre actuelle, les journalistes – « que l'on appellera chanceux » – sont intégrés aux troupes au sol. En effet, le système médiatique a radicalement changé. En 1991, les reporters étaient trimbalés dans des pools et dirigés par des accompagnateurs militaires. Généralement, ils arrivaient sur les lieux après l'action. Cette fois-ci, l'armée américaine les a intégrés dans leurs unités, ce qu'ils appellent « embedding », que l'on peut traduire par « ancrage ». Un député conservateur américain a même proposé qu'ils participent à toutes les actions des troupes, de l'entraînement jusqu'au défilé de la victoire à Times Square ! Normalement, on devrait voir les actions en cours et les victimes, ce qui ne fut pas le cas en 1991. L'administration américaine a renoncé à la niaiserie de la « guerre zéro mort ». Ce qui est sûr, c'est que l'armée américaine est obsédée par deux points : faire en sorte que les journalistes ne divulguent aucune information susceptible de trahir ses intentions stratégiques – les reporters intégrés aux troupes ont signé une charte en ce sens – et, bien sûr, montrer les bons morts, c'est-à-dire ceux de l'autre camp.
Les leçons de la Guerre du Golfe 1991
Cependant, il y a aussi des erreurs que les journalistes veulent éviter en ayant tiré les leçons de la première guerre du Golfe. Ils ne veulent pas se faire manipuler comme en 1991, avec l'histoire de l'Irak « quatrième armée du monde ». Déjà, ils donnent davantage les sources de leurs informations. Cela dit, de nombreuses rumeurs ont déjà circulé dès la première journée de la guerre. Saddam Hussein est-il mort ? Tarek Aziz s'est-il enfui ? Les puits de pétrole sont-ils en feu ? Les rumeurs, encore une fois, font vivre les médias et ceux qui les dirigent.
De CNN à la multiplicité des sources d'information
Autre nouveauté mise en place : la diversité et le nombre de chaînes autorisées à retransmettre. Car la guerre de 1991 était la première diffusée en direct. CNN détenait alors un monopole. Elle était au départ des missiles et à leur arrivée, si l'on peut dire. Si les Irakiens voulaient se voir mourir, ils devaient regarder CNN. Aujourd'hui, il y a beaucoup de concurrence, beaucoup plus de sources d'images. Fox News, LCI, et bien sûr les chaînes arabes comme Al-Jazira. Il y a aussi un grand nombre de journalistes de toutes nationalités qui ne sont pas intégrés aux forces américaines et disposent de leurs propres moyens de transmission, par satellite et téléphones-vidéo, à Bagdad par exemple. On peut se demander d'ailleurs ce qui se passera si les États-Unis décident de « casser » les communications en Irak avec leurs bombes électroniques. Bagdad pourrait être privée de toute transmission. Si les Américains tirent partout où il y a des signaux électromagnétiques, ils risquent aussi des bavures.
Le vocabulaire de guerre : décoder le jargon militaire
Le langage a lui aussi changé. On n'entend plus parler de « frappes chirurgicales » ni de « dommages collatéraux ». C'est le jargon des guerres passées. Aujourd'hui, on nous sert de la « décapitation », du « shock and awe » (« le choc et l'effroi »). Chaque nouvelle guerre a son vocabulaire, inventé par les militaires, repris par les journalistes, et qui sert toujours à dissimuler la réalité.
On comprend facilement que dans ce contexte, les informations divulguées sont plus que jamais à vérifier, voire à écarter parfois. Car comme tout conflit, on connaîtra la vérité dans les livres d'histoire de nos enfants, lorsque le secret défense sera levé ou les langues prêtes à parler.
L'opinion publique face à la propagande médiatique
Mais même si notre PPDA national nous répète sans cesse qu'il faut faire attention aux informations données, il y a des choses que l'on admet parce qu'elles sont concevables, des choses que l'on croit parce qu'elles sont culturellement croyables. Et cela est inévitable. Lorsque l'on déclare aux premières heures d'un conflit que les « Libérateurs » ne rencontrent aucune résistance et sont profondément infiltrés dans le territoire, il y a des choses que l'on ne dit pas. Et lorsque l'on montre des colonnes de prisonniers se rendant et que deux semaines après, au même endroit, la coalition réduite se bat toujours pour contrôler cette même zone, je pense que le spectateur n'a pas toutes les données du problème. C'est la loi des médias, ou pour mieux comprendre, ceux qui les contrôlent (J'entends par là non pas l'AFP ou Reuters mais les directeurs de chaînes, moutons du gouvernement).
La bataille de l'opinion perdue par Bush
Aujourd'hui, le fait nouveau, c'est que le plus fort Bush s'est montré le plus faible sur la scène internationale. Il a perdu, malgré sa force de frappe audiovisuelle, la bataille de l'opinion. Aujourd'hui, à part le public américain dont le traumatisme n'a cessé d'être sciemment réveillé depuis ce 11 septembre, le monde entier rejette cette guerre. L'autre nation qui a engagé des soldats sur place, le Royaume-Uni, cédera sans doute à de vieux ressorts psychologiques menant à l'Union sacrée ; elle se rangera derrière son gouvernement. En revanche, particulièrement en France, la grande nouveauté relève d'une possible distanciation par rapport à l'événement. Il est donc fort intéressant d'observer comment nos médias, qui ont appris à ne plus tomber dans les mêmes ornières qu'il y a dix ans, rencontrent la vigilance pacifiste d'un public qui a commencé d'apprendre à lire le petit écran pour ne plus s'en laisser conter.
Internet et la contre-information
Avec l'importance d'Internet, qui permet de réfuter la propagande et de se livrer, désormais à grande échelle, à une contre-information, l'issue de cette guerre (qui ne laisse aucun doute sur le plan militaire) est loin d'être jouée sur le terrain des consciences, à l'heure de la mondialisation.
En réaction à un article récemment écrit sur France-Jeunes, c'est effectivement un autre article sur la guerre et sur ce dont il faut se méfier, à mon sens, dans ce conflit. Je crois que l'on ne peut pas me reprocher de réagir moi aussi sur ce qu'il se passe là-bas. Le côté « Guerre » ne me plaît pas tellement et c'est pour cela que j'ai choisi de traiter les médias dans cette guerre. J'espère que les réactions seront positives.