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Les Juifs Algériens

Plongez dans 2000 ans d'histoire des Juifs d'Algérie, des Berbères judaïsés de l'Antiquité aux rabbins séfarades. Une communauté millénaire entre traditions, migrations et persévérance.

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Les origines antiques des Juifs d'Afrique du Nord

Bien avant la pénétration du christianisme, l'Afrique du Nord était acquise à la religion juive. Ses habitants, des Berbères, professaient en effet cette religion. Croyant en un seul dieu (Yahvé pour les Juifs orientaux et pour les Berbères), ils seraient à l'origine de l'appellation donnée au pays de Canaan. En effet, ayant été informés que Moïse avait parlé avec le Tout-Puissant, ils utiliseront cette fameuse phrase : « Izra Il » qui signifie « il a vu Dieu », d'où le nom d'Israël.

Les communautés juives en Algérie aujourd'hui

De nos jours, des communautés juives subsistent en Algérie. À Bab El Oued, un quartier populaire d'Alger, vivent des familles juives, non loin de la mosquée appelée « Essuna », un édifice religieux dirigé par des fondamentalistes. Avec l'arrivée de Bouteflika, les islamistes reprennent de plus belle leurs prêches incendiaires et le pouvoir actuel d'Alger, islamisant il est vrai, ne réagit nullement. Les partis politiques, dont la majorité est acquise à l'idéologie arabo-islamique (FLN, RND, FFS, PT...), refusent aussi de dénoncer cette résurgence qui a coûté (et qui coûte encore) très cher au pays tout en gardant envers cette communauté une certaine hostilité. Après l'indépendance du pays, le FLN avait donné des assurances aux Juifs algériens. Si la majorité a préféré émigrer vers la Terre promise, une importante minorité est tout de même restée et, afin de ne pas faire les frais des forces rétrogrades, elle s'intégrera dans le modèle de vie des musulmans sans toutefois renier sa religion.

Les cités fondées par les Phéniciens et les Hébreux

Au XIe siècle avant J.-C., les Phéniciens et les Hébreux, qui constituaient le même groupe, avaient des coutumes identiques et pratiquaient la même religion. Les Juifs fondèrent des comptoirs le long de la côte actuelle d'Algérie. Des villes seront ainsi créées : Hippo Regius (Annaba), Cumugu (Gouraya en Petite Kabylie, qui deviendra Béjaia), Iol (Cherchell à l'ouest d'Alger), Tipasa (qui garde toujours son nom et qui se trouve également à l'ouest d'Alger), Igilgili (Jijel en Petite Kabylie) et enfin Icosium (Alger).

Les vagues migratoires vers l'Afrique du Nord

Après le saccage subi par Jérusalem en 930 av. J.-C. par les rois pharaons d'Égypte (Hedj Kheperre II, Setenpere IX et Sesac Ier qui a régné de -950 à -929), les Juifs furent emprisonnés dans la vallée du Nil. Libérés, ils s'installeront en Afrique du Nord et les Berbères adopteront leur religion. À la suite de l'invasion du pays de Canaan par Ptolémée Ier Soter, plus de cent mille Juifs émigreront en Berbérie. Les relations entre les Juifs et les Berbères seront très étroites. En l'an 18, Claphyra, veuve d'un fils du roi juif Hérode le Grand, épousera Juba II, roi berbère de la Maurétanie (Algérie occidentale et Maroc actuels). En l'an 40, Rome annexa cette contrée qui sera divisée en deux : la Maurétanie césarienne (Algérois et Petite Kabylie) et tingitane (ouest algérien et Maroc). Au IIe siècle, les Juifs berbères de la Cyrénaïque (région du nord-ouest de la Libye) et les Juifs d'Égypte se soulevèrent contre l'occupant romain. Devant les massacres commis, les Juifs d'Égypte émigreront vers l'Afrique du Nord et rejoindront les Berbères. Forts de cet appui, les Berbères parviendront à empêcher les légions romaines d'occuper le nord-ouest de la Libye (la Cyrénaïque).

Vestiges archéologiques de la présence juive en Algérie

Des inscriptions prouvant que l'Afrique du Nord a été peuplée d'une importante communauté de Juifs (Berbères et Orientaux) ont été mises au jour. C'est ainsi que l'on a découvert des vestiges à Khalfoun à Aumale, des villes situées au sud de la Petite Kabylie. À Sétif, une synagogue existait au IIIe siècle ; des écrits dédiés à Avila Aster Judea M. Avilus Januarius Pater ont été ainsi mis au jour. Toutefois, les régimes politiques d'Alger, dominés par les islamistes et les baathistes pro-irakiens, ont étouffé cette découverte afin, bien évidemment, de nier toute évidence se rapportant à la présence du peuple élu sur cette terre algérienne que l'on voulait faire passer pour un pays arabe. Au IVe siècle, une synagogue sera d'ailleurs construite à Tipasa. Une chaîne continue de communautés juives s'étendra de l'Afrique du Nord jusqu'aux confins de... l'Euphrate (Irak).

La vie quotidienne des Juifs berbères

Les hommes travaillaient les champs, les femmes tissaient la laine et confectionnaient des vêtements. Les Juifs étaient d'excellents ouvriers ; tout en pratiquant leur culte, ils s'adonnaient à tous les travaux nécessaires.

Les Vandales, les Byzantins et l'émigration vers l'ouest

En 429, les Vandales envahissent à leur tour la Berbérie et trouveront avec les Juifs des alliés très solides. C'est ainsi que la liberté religieuse leur sera octroyée. Malheureusement, l'arrivée des Byzantins annihilera toute émancipation de la civilisation hébraïque. L'empereur Justinien Ier (482-565) musellera les Juifs berbères et leur imposera l'utilisation du latin pour leur religion. Mais plus grave, les synagogues seront transformées en églises et, devant ce nouveau péril, les Hébreux émigreront vers l'ouest et le sud, régions qui échappaient à l'occupation byzantine. Fuyant la répression exercée par les rois wisigoths d'Espagne au VIIe siècle, les Juifs de l'Andalousie émigreront eux aussi en Afrique du Nord et peupleront l'Oranie (ouest algérien).

L'arrivée des Juifs d'Espagne et d'Europe

À la suite de violentes émeutes survenues en Espagne du 6 juin au 13 août 1391, les Juifs d'Espagne connaîtront des pogroms provoqués par l'extrême droite. Ces soulèvements donneront lieu à un exode des Hébreux de la péninsule ibérique vers l'Algérie. En 1287 déjà, des Juifs avaient quitté ce pays pour s'installer en Afrique du Nord à la suite de la conquête de l'île de Majorque par les chrétiens dirigés par Jacques Ier d'Aragon. D'Italie (1342), des Pays-Bas (1350), de France (1403), du Royaume-Uni (1422) et d'Espagne (1462 à nouveau), des Juifs fuyant l'antisémitisme s'installeront en Berbérie.

L'implantation des Juifs espagnols en Algérie

Les Juifs espagnols s'établiront le long du littoral algérien (Oran, Mostaganem, Miliana, Ténès), dans des villes de l'intérieur (Constantine, Tlemcen, Blida), au sud du pays (Mzab, Touggourt, Laghouat) et enfin en Petite Kabylie (Béjaia). De toutes ces régions, celle de Tlemcen a connu un événement très important : la visite effectuée auprès de la communauté juive de cette ville du célèbre rabbin Ephraim Ankaoua encouragera celle-ci à s'affirmer davantage. Toutefois, les Juifs espagnols constitueront au début une entité spécifique et, afin de les distinguer des autres populations, on les appellera « les porteurs du capuchon ». Quant aux Juifs berbères, ils étaient surnommés les « porteurs du turban ». L'une des familles judéo-ibériques, les Stora, serait issue d'une fille de rabbi Isaac Bar Checheth ou Barfatils ; les Stora descendraient de Ribach. On peut relever d'autres familles. C'est ainsi que les Duran, Séror et les Benhaim seraient de la lignée du grand rabbin Simon ben Simah Duran. Ajoutons les Oualid et les Ayache qui seraient de condition plus modeste.

L'organisation du grand rabbinat en Algérie

Le grand rabbinat désignera des rabbins pour les principales villes d'Algérie. Ribach (1329-1408) et Simon ben Simah Duran (1361-1442), ou Rashbach, veilleront sur les communautés du centre (Alger). À Oran (ouest algérien), Amrane ben Merouas Ephrati y sera désigné. L'autre ville de cette même région, Tlemcen, verra sa communauté dirigée par Abraham ben Hakim et Ephraim Ankaoua. L'est du pays ne sera pas ignoré : Constantine devra obéir à Joseph ben Menir (Hasid) et Maimun ben Saadia Najar.

La renaissance juive et les Taqqanot d'Alger

Les grands promoteurs de la renaissance juive demeureront à jamais les rabbins Ribach et Ben Simah Duran. Le premier nommé sera désigné grand rabbin d'Alger par le sultan de Tlemcen et ce, malgré l'opposition de Duran. Ceci engendrera au pouvoir extérieur judaïque l'interdiction d'interférer, donc de nommer des rabbins. Aussi la communauté judéo-berbère souhaite-t-elle garder une certaine autonomie pour régenter le quotidien des Juifs algériens, qui s'appuiera dorénavant sur une équipe collégiale constituée de sages aux cheveux blancs.

Certaines communautés juives solliciteront de cette équipe dirigeante son autorisation d'apporter des rectifications sur certaines lois existantes. Ainsi, les lois du mariage et les héritages connaîtront des changements après l'aval obtenu des chefs charismatiques, et les Juifs qui n'avaient pas donné leur avis se retrouveront concernés aussi. Aucune opposition ne s'étant manifestée, ces bouleversements donneront naissance à l'unification des rangs de la communauté juive de l'Afrique du Nord toute entière. C'est ainsi que Simon ben Simah Duran légifèrera par ordonnances ce qu'on appellera les « Taqqanot » d'Alger.

Ces textes établiront des législations nouvelles, entre autres les relations matrimoniales qui seront scrupuleusement acceptées (et qui continuent à l'être) par les fils de la Torah habitant encore l'Afrique du Nord, confirmant ainsi l'autorité des lois votées et proclamées aussi en la synagogue le jour du Shabbat, et ce avant la sortie du Sepher Torah.


Notes :

  1. Taqqanot : ordonnance rabbinique.
  2. Torah : ensemble des lois juives contenues dans les cinq livres du Pentateuque.
  3. Shabbat : repos hebdomadaire commençant au coucher du soleil du vendredi et se terminant dès la tombée de la nuit du samedi.
  4. Sepher Torah : rouleau manuscrit contenant la loi juive, le Sepher Torah est destiné uniquement à la lecture publique dans les synagogues.
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rachidyahou
rachidyahou @rachidyahou
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