
Séisme en Algérie : magnitude 6,8 et origine tectonique
Le séisme enregistré mercredi en Algérie était d'une magnitude de 6,8 sur l'échelle de Richter. Il résultait d'une faille de chevauchement entre les plaques tectoniques eurasienne et africaine, a indiqué jeudi le centre mondial de sismologie américain de Denver (Colorado), dépendant du US Geological Survey. Le Réseau national de surveillance sismique (Rénass) de Strasbourg a pour sa part mesuré une magnitude de 6,7.
Le séisme est survenu à 18h44 GMT, soit 19h44 heure locale, dans le nord de l'Algérie, une région qui a déjà connu de nombreux tremblements de terre. L'épicentre de la secousse a été localisé à 36,88 degrés de latitude nord et 3,73 degrés de longitude est, avec une marge d'erreur horizontale de plus ou moins 12 km.
Le séisme s'est produit à la zone frontière entre la plaque tectonique eurasienne et la plaque africaine, « dans une région où la plaque africaine bouge vers le nord-ouest, contre la plaque eurasienne, à une vitesse d'environ 6 millimètres par an », a expliqué le centre sismologique. Le déplacement relatif de la plaque crée un environnement tectonique propice aux tremblements de terre provoqués par une faille de chevauchement ou par une faille dite coulissante, dont le rejet est parallèle à la direction du plan de faille. L'analyse des ondes sismiques générées par le séisme de mercredi indique qu'il est le résultat d'une faille de chevauchement.
Historique des séismes majeurs en Algérie
L'Algérie a déjà été frappée par de nombreux séismes destructeurs. Le 10 octobre 1980, la ville d'El Asnam (Chlef) a été fortement endommagée par un séisme d'une magnitude de 7,1 qui a fait au moins 5 000 morts, selon le centre américain. Ce site est situé à environ 220 km à l'ouest de l'épicentre du séisme de mercredi. La même localité d'El Asnam, alors appelée Orléansville, avait déjà été durement frappée le 9 septembre 1954 par un séisme d'une magnitude de 6,7 qui avait fait plus de 1 000 morts. Le 29 octobre 1989, un séisme d'une magnitude de 5,9 avait frappé à environ 110 km à l'ouest de la même ville, tuant au moins 30 personnes.
Témoignages : la nuit de terreur à Rouiba
« Allah Akbar ! C'est une malédiction, mais quel que soit le don de Dieu, qu'il soit le bienvenu ! » Le visage tordu par la douleur, Abderrahmane, un quinquagénaire employé comme veilleur de nuit dans une entreprise publique, est résigné. En apprenant le drame qui a frappé sa famille, ensevelie sous les décombres, il a perdu la raison.
Il est 22 heures. Rouiba, une ville sans âme, près de la zone industrielle située à 20 km à l'est d'Alger, vient de plonger dans un monde de terreur et de désolation. Toute la région du centre algérien est touchée, sur un rayon de plus de 200 km. En quelques secondes, interminables comme l'éternité, la population, prise de panique, tétanisée, entame une nuit de cauchemar.
Pourquoi les immeubles récents se sont-ils effondrés ?
Dans cette cité HLM aux murs gris, l'immeuble d'Abderrahmane s'est effondré. Paradoxalement, ce sont les constructions les plus récentes, érigées à la hâte pour tenter de résorber une crise chronique du logement, qui ont cédé.
Selon certains, même si ce tremblement vient de la nature, l'effondrement des immeubles relève de la responsabilité des promoteurs immobiliers. Un des locataires parle, les larmes aux yeux : « Nos immeubles ont été construits il y a seulement 2 ans, peut-être 3 ans au maximum... Comment expliquer leur effondrement ? Alors que ceux construits il y a 20 ans sont intacts ! »
Le courage des sauveteurs bénévoles
Sous les décombres, plusieurs dizaines de personnes sont enterrées dans ce terrifiant cercueil de fortune. Un groupe de jeunes, éclairés par une lampe de poche, tente de déblayer l'amas de ferraille et de gravats, à mains nues. Prélude à un spectacle insoutenable, les sauveteurs trouvent une chaussure d'enfant. Puis, sous des « Allah Akbar » retentissants, ils retirent quelques corps sanguinolents, écrasés, sans vie.
Le pantalon retroussé jusqu'au genou, Rachid, 19 ans, meneur de ce groupe de volontaires sans peur, s'aventure sous le pan d'un mur retenu par une fine tige métallique, qui menace de céder sous la fureur des répliques. Sa témérité n'est pas vaine : il perçoit, comme un lointain cri d'outre-tombe, les appels terrorisés d'une dame enterrée vivante. En attendant de la sauver, il tente de la réconforter.
Bilan humain : plus de 2 000 morts et des milliers de blessés
Dans un rayon de quarante kilomètres autour de l'épicentre, une panne d'électricité a plongé toutes les localités dans l'obscurité, aggravant le climat de panique. Affolées, plusieurs personnes ont sauté par les fenêtres ou les balcons. Elles inaugurent la liste macabre des victimes. D'heure en heure, le bilan ne cesse de s'alourdir : à 3 heures du matin, on dépasse déjà les 500 morts et 4 000 blessés.
Le réseau téléphonique est paralysé ; dans la nuit, le GSM est partiellement rétabli mais le réseau, vite saturé, ne répond plus. Dans les régions épargnées, nombre d'Algériens restés sans nouvelles de leurs familles résidant dans les villes sinistrées ont passé une nuit d'angoisse. La Chaîne III (francophone) de la radio algérienne a ouvert son antenne aux auditeurs, permettant aux plus chanceux d'entre eux de rassurer leurs proches.
Tizi-Ouzou et Boumerdes : villes dévastées par le séisme
À Tizi-Ouzou, située à une centaine de kilomètres à l'est d'Alger, c'est la première fois qu'un tremblement de terre est ressenti avec une telle intensité. Dans les localités de montagne, plusieurs maisons vétustes se sont effondrées, faisant une vingtaine de morts et des dizaines de blessés.
L'autoroute Est, qui relie la Kabylie à Alger, traverse la wilaya de Boumerdes. À Isser, plongée dans l'obscurité, les ruines encore fumantes annoncent un monde d'apocalypse ; les débris d'une vieille bâtisse effondrée bloquent une partie de l'autoroute, obligeant les automobilistes, qui ont oublié toutes règles du code de la route, à rouler à contresens.
Un peu plus loin, une colonne de fumée noire s'échappe d'une maison d'apparence cossue, qui s'est couchée sur le flanc. Un policier, seul représentant de l'ordre perdu dans ce paysage de fin du monde, veut se rendre utile sans savoir quoi faire. Aux automobilistes qui l'interrogent, il répond d'une voix monocorde, comme un automate : « Nous sommes coupés de tout. Pas d'électricité, pas de téléphone, c'est la panique. Tout ce que je sais, c'est que la wilaya de Boumerdes est complètement détruite. » Un diagnostic exagéré, mais significatif de l'ampleur du choc.
Thénia : au cœur de l'épicentre du drame
À mesure qu'on s'approche de Thénia, situé à quelques kilomètres de l'épicentre de la secousse, on s'enfonce dans l'horreur et la désolation. Le long de l'autoroute, des groupes d'adolescents, hagards, courent dans tous les sens ; d'autres font de l'auto-stop pour aller n'importe où, pourvu que ce soit loin de cet enfer.
Aux alentours de l'aéroport de Dar-el-Beïda, situé à une vingtaine de kilomètres d'Alger, la vie reprend péniblement le dessus. L'autoroute est de nouveau éclairée ; au loin, la capitale scintille de mille feux, malgré le spectre de la mort qui rôde encore. Dans certains quartiers populaires, on commence à compter les morts.
Alger : la capitale sous le choc du tremblement de terre
Dans le centre de la capitale, les Algérois, par milliers, se préparent à passer la nuit à la belle étoile. D'autres, ceux qui ont perdu leurs maisons et parfois leurs proches, sont livrés à eux-mêmes, errant dans la ville comme des âmes en peine. Les jardins et les places publiques, transformés pour la nuit en dortoirs à ciel ouvert, accueillent la détresse d'une population terrorisée.
Solidarité nationale : l'Algérie face à la catastrophe
Sitôt passée la surprise, la peur cède vite devant un extraordinaire élan de solidarité. Médecins, sapeurs-pompiers et Croissant-Rouge algérien se mobilisent pour organiser les secours. Spontanément, des centaines de jeunes bénévoles se portent volontaires, un peu partout, pour leur prêter main-forte. Éclairés par des lampes de poche, ils commencent à déblayer les décombres, à mains nues. D'autres se sont rendus dans les hôpitaux pour donner leur sang, mais les centres de transfusion étaient encore fermés. Pour nombre de citoyens en colère contre les autorités, c'est une preuve de plus du laisser-aller de l'administration. Les hôpitaux du centre algérien se sont pourtant mis sur le pied de guerre, sitôt la catastrophe connue.
Le CHU Mustapha d'Alger en état d'urgence
Au CHU Mustapha d'Alger, le pavillon des urgences est débordé. Les chirurgiens parent au plus pressé ; ils suturent, plâtrent et pansent des blessés sur leurs civières. Allongés à même le sol dans les couloirs, d'autres blessés encore sous le choc attendent leur tour en gémissant, le regard absent.
En plus des victimes de la capitale, l'hôpital accueille aussi celles qui arrivent de province et dont l'état nécessite des soins spécialisés. Les ambulances défilent à un rythme effréné. Les services d'ophtalmologie et de lutte contre le cancer, ébranlés par la secousse, ont subi des dégâts, contraignant les malades à passer la nuit dans le parking de l'hôpital. Malgré des moyens matériels limités, les hommes en blanc, formés sur le tas à la médecine de catastrophe, font face à la situation avec un dévouement exemplaire.
Une expérience acquise par l'épreuve
Depuis le séisme qui avait détruit El-Asnam en octobre 1980, celui de Tipaza en octobre 1989 qui avait fait des milliers de morts, les inondations de novembre 2001 qui ont sinistré Bab-el-Oued à Alger, ils ont acquis une incontestable compétence dans les urgences. Sans compter une décennie de terrorisme avec son lot d'attentats à la bombe et à la voiture piégée.
Hier, l'électricité et le téléphone n'étaient toujours pas rétablis malgré un retour progressif à la sérénité. Les secours, mieux organisés, ont été renforcés par des unités de l'armée, en attendant les équipes en provenance de l'étranger. À l'est d'Alger, où les conduites d'eau potables sont rompues, les autorités sanitaires redoutent déjà les épidémies.
Répliques et traumatismes : le calvaire des survivants
Les répliques qui n'arrêtent pas de se reproduire font trembler la terre et, en même temps, font trembler les cœurs de milliers de pauvres Algériens qui, presque chaque nuit depuis le tremblement, passent leurs nuits dehors, loin de leurs maisons.
Pour s'enquérir de ses proches, des amis et des familles, un site a été créé : boumerdes.com dès le vendredi suivant le tremblement.
Tous les Algériens se demandent : quand ces répliques cesseront-elles ? Et surtout, n'y aura-t-il pas un autre tremblement de terre ?
On remercie tous les Algériens qui ont fait preuve de beaucoup de courage et de solidarité, et tous les pays qui se sont mobilisés en apportant leur aide.