
Le constat : plus de 3 millions de chômeurs en France
Plus de 3 millions de chômeurs en France, soit 10% de la population en âge de travailler...
Le 29 mai 2005, gageons que la quasi-totalité des chômeurs de longue durée ont voté NON à la constitution européenne. Les petites gens ont marre de courir. Les jeunes sont de plus en plus touchés ; une ambiance de pré-révolution règne, insidieuse, comme une tache de fond sur mon beau costume, vous savez, celui que j'ai acheté pour mon enterrement.
Quand on ne connaît pas le chômage, on ne mesure pas la difficulté
Le chômage était un problème dont je m'occupais très peu ! D'ailleurs, pourquoi m'en serais-je occupé ? J'enchaînais mes diplômes, je partais les week-ends pour profiter de ma jeunesse. J'avais énormément de théorie sur la vie, l'amour, les relations, la perversité ; bien des domaines qui me prenaient tout mon temps. Puis, sorti de l'école, on trouve un emploi sans vraiment chercher. Bah oui, on sort d'une grande école et les employeurs vous sautent dessus.
Oui, mais tout ça, c'était quand le marché de l'emploi pouvait encore nous offrir des garanties d'une insertion rapide dans la société. Une insertion professionnelle qui permet d'avoir des amis, enfin si on n'est pas trop timide. De pouvoir voyager, découvrir le monde. Bref, c'est un bien long préambule, mais justement, il faut savoir que quand on n'est pas concerné, on ne mesure pas la difficulté de trouver un emploi qui nous permette tout cela. Pire, on ne soupçonne même pas tous les codes, toutes les contraintes que doit suivre un chômeur.
La prise de conscience : l'épreuve personnelle de la recherche d'emploi
Bah, depuis, il m'est arrivé d'apprendre ! Vous savez, comme un juge qui vient de condamner un médecin qui a permis à un de ses patients agonisants de partir plus vite que prévu dans l'au-delà, mais qui par la suite, ce juge doit affronter les mêmes réalités de la vie et de la mort d'un de ses proches, et qui demande avec supplice au même médecin de permettre à son bien-aimé de partir de ce monde avec dignité et sans souffrance. Et oui, dure réalité.
Ma méthode de recherche d'emploi : magazines, Internet, cabinets de recrutement
Au début, j'étais très motivé ! Bien sûr qu'il y a de l'emploi pour ceux qui se lèvent tôt ! Il faut juste beaucoup de sérieux et une méthodologie. Je commence par acheter des journaux. Il y en a pas mal : Courrier Cadres, Le Marché de l'Emploi... Puis je me décide à fréquenter les agences pour l'emploi quelles qu'elles soient : ANPE, intérimaires, cabinets de recrutement. Puis j'entends que sur Internet, il y a des milliers d'offres chaque jour. Enfin, c'est ce que les pubs disent.
Ça ne marche toujours pas. Peut-être que je m'y prends mal. Je commence à acheter des livres : 350 pistes pour trouver un emploi, Les entreprises qui recrutent, Comment se préparer à un entretien, Ce qu'il ne faut surtout pas dire lors d'un entretien, Les régions qui recrutent. Je passe encore des heures à lire tout cela : chez moi, dans un café, dans une maison d'amis.
L'usure psychologique et financière du chômeur
Oui, mais entre temps, le temps passe et les économies diminuent. Le loyer à payer, les factures, les vêtements. Plus beaucoup d'argent pour acheter tous ces magazines. Je commence à en parler autour de moi : la famille te dit que tu dois persévérer et que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Ils ont peut-être raison, alors c'est reparti pour un tour, je me lève à 6 heures du matin, puis à 5. Mais toujours rien !
J'en discute avec des amis : mais ils ne comprennent pas comment tu ne trouves pas de travail. Il y a tellement d'emplois non pourvus !!! Ils ont raison, me suis-je dit : alors rebelote, faut être plus sérieux, plus efficace. Quelques entretiens par-ci par-là. Mais tu n'as pas les compétences qu'il faut pour ce poste, ou il te manque de l'expérience, ou encore... La liste devient longue. Il faut devenir parfait pour trouver un boulot.
Le cercle vicieux des refus : trop ou pas assez qualifié
Allez, une formation pour compléter mes compétences. Un autre entretien et on te dit : très bien mais votre profil ne correspond pas tout à fait au poste visé. Zut, mer... Credi. Que m'arrive-t-il ? Suis-je nul à ce point ? Est-ce qu'il y a une chose que je sais faire bien ?
On commence à en parler de plus en plus. Et on se rend compte très vite qu'on n'est pas le seul. Des chômeurs, des jeunes, depuis 2 à 3 ans qu'ils cherchent. Certains dépriment total. On essaie de se réconforter, de rester socialement inséré, de se détendre, de dire que notre tour va arriver.
Puis on s'imagine que c'est notre gueule qui plaît pas. Des amis d'origine immigrée sont persuadés que parce qu'ils sont noirs, jaunes, mats, ils n'auront jamais le poste qu'ils veulent. Je commence à penser comme eux. Puis d'autres amis, blonds aux yeux bleus, me disent qu'eux aussi ne trouvent pas. Ce n'est peut-être pas un délit de sale gueule alors.
Comment faire ? Je diminue mes ambitions. Je postule mais toujours la même réponse : ah non, vous êtes trop qualifié pour ce poste. Alors que d'autres ne sont pas assez qualifiés. C'est le grand bazar. On perd ses repères. Tous ces bouquins qu'on a achetés, on les regarde de loin.
L'humiliation ultime : le recruteur qui vous juge
Tiens, le téléphone sonne : c'est pour un poste de téléopérateur. Oui, je suis dispo, leur dis-je. Non, je n'ai jamais travaillé dans un call center, mais je peux très bien occuper le poste. D'accord, me dit-il ! Mais je vois que vous êtes resté plus de 6 mois sans travailler. Pourquoi ?
Je lui explique que je suis en recherche active, que j'ai des entretiens mais que je n'ai encore trouvé de postes correspondant à mon profil. Il me répond : vous avez essayé le bâtiment ? Ah !!! Ultime humiliation, il me dit que j'ai dormi pendant tout ce temps, et qu'en vérité, il me le disait, avec les compétences que j'avais, j'aurais dû trouver.
Et le poste dans tout ça ? Oui, mais me dit-il, nous cherchons des gens motivés. Ceux qui offrent ont trop de pouvoir et peuvent se permettre de vous dire n'importe quoi. Les frontières de la bienséance sont atteintes. C'est le grand flou.

Témoignage sur la réalité du monde des chômeurs
Voilà comment est le monde de la recherche de travail, de tous ces chômeurs que depuis des années, on accuse d'être tout simplement des bons à rien.
Mais j'ai une philosophie : tenir la barre pendant la tempête. Tant que le bateau ne coule pas, on peut avoir des conditions favorables pour voguer vers de meilleures contrées. J'essaierai, encore et encore. Mais il est vrai que les plus fragiles d'entre nous vont sombrer dans cette mer si inhumaine, si froide !
En espérant vous avoir fait découvrir la brutalité du monde des chômeurs, je prie pour que vous puissiez avoir un œil nouveau pour que tous ceux qui souffrent par les autres mais surtout par eux-mêmes de cette honte de ne pas pouvoir s'en sortir, puissent se sentir compris et pas rejetés. On ne comprend totalement que quand on est concerné. Mais on peut tout de même rester ouvert. Le monde de la recherche d'emploi recèle souvent de nombreux codes qu'il faut savoir déchiffrer pour ceux qui veulent trouver et n'y arrivent pas.