
Je suis à moitié française par ma mère et à moitié québécoise par mon père. Mais dans une école aussi multiethnique, j'ai de la chance qu'on me voie comme une française.
Aujourd'hui, à l'école, j'ai entendu un de mes « amis » dire à un gars : « Ah les québécois, vous êtes tous pareils, vous n'avez pas de respect pour les autres, vous polluez la planète, etc. » Une partie de moi aurait voulu lui mettre mon poing dans la figure et l'autre voulait se retourner et partir en courant dans le sens inverse. J'ai eu tellement mal que je suis restée figée sur place, le cœur en mille miettes et les yeux pleins de larmes.
À mon école, ce genre de commentaire est tellement présent. Je me sens honteuse de n'avoir rien fait. Mais je ne suis pas sûre d'être prête à recevoir toutes ces injures qu'on réserve aux Québécois.

L'illusion de mon double identité
Oui, je réussis à entretenir l'illusion aussi longtemps que je ne suis pas sûre qu'ils m'accepteront telle que je suis. Tant que les gens ne me demandent pas où je suis née, j'ai l'accent français pour une oreille sans grande attention. Bien entendu, mes meilleurs amis sont bien au courant de mes origines ethniques. Et d'ailleurs, la plupart d'entre eux sont comme moi.
Quand le racisme s'invite en classe
J'ai une autre anecdote pour vous faire comprendre un peu mieux la situation. En cours de gym, nous avons profité d'une période « libre » pour écrire au tableau le nom de notre pays et rajouter un petit #1 à côté. J'étais toute fière de marquer « France #1 ». Mais en douce, j'avais aussi écrit plus loin, sans que personne ne me voie : « Canada #1 ». Jusque-là, tout allait bien. Mais rien ne va bien longtemps quand plusieurs nations se disputent une place.
Alors c'est là qu'un gars populaire de la classe a écrit « Algérie #1 ». Bon, vous allez me dire, il n'y avait rien de grave là et j'aurais été d'accord avec vous... S'il s'était arrêté là. Mais il a écrit d'autres nombres après les #1 des autres pays. Alors mon « France #1 » est devenu « France #12 » mais au fond de moi j'étais rassurée parce que c'était la deuxième meilleure note donnée.
Mais il est arrivé au « Canada #1 » et il a ri. Je sais très bien au fond de moi que je n'oublierai jamais ce rire. Puis il a rajouté une tonne de « 0 ». Mon cœur s'est resserré comme une éponge qu'on tord pour en faire sortir l'eau. J'avais tellement mal qu'une larme a coulé sur ma joue. Puis quand il a eu fini, ce fut la vraie bagarre pour savoir quel pays serait à quel ordre. Une de mes amies (qui sait que je suis canadienne et qui a vu, je pense, ma larme rouler sur ma joue) a pris la brosse et a commencé à effacer le tableau. À bien y penser, je pense qu'elle a commencé par le coin qui me faisait si mal à regarder.