
Pourquoi le prince Moulay Hicham s'est-il exilé du Maroc ?
L'opposition du prince Moulay Hicham aurait-elle provoqué son exil et l'interdiction de retourner dans sa propre patrie ?
Dans une interview, le prince Moulay Hicham a déclaré : « Je quitte le Maroc pour mettre fin à une ambiance malsaine, car ce qui était censé être un débat d'idées est devenu un bras de fer sécuritaire. La famille royale doit projeter une image d'unité. J'ai toujours pensé que la diversité nourrissait l'unité et qu'une homogénéisation de façade était une fausse unité. J'ai cru qu'on pouvait fonctionner dans ce cadre, mais ce n'est apparemment pas le cas. Aujourd'hui, l'institution monarchique est malmenée, la famille royale aussi. Elle a besoin de la plénitude de ses moyens pour jouer entièrement son rôle. Je prends donc du champ, car je ne veux pas être l'instrument par lequel d'autres viennent l'affaiblir, consciemment ou pas. »
Cela indique qu'il n'est pas opposé au principe monarchique, bien qu'il estime que Mohammed VI devrait se retirer de la magistrature suprême du pays — une fonction qu'il n'arrive pas à assumer comme il se doit. Il faut toutefois souligner qu'il ne s'agirait pas d'une abdication pure et simple puisque la monarchie continuerait au Maroc, mais d'un transfert de l'autorité d'un souverain alaouite à son cousin, jugé plus compétent et surtout plus démocrate.
Les débuts de l'exil du prince Moulay Hicham
Moulay Hicham n'existe plus dans l'ordre de succession au trône. Brouillé avec le souverain depuis plus de deux ans, le prince n'est plus convié aux cérémonies officielles. La presse contrôlée par le palais royal l'ignore. On ne voit plus son image à la télévision. Il a été mis à l'index. Convaincu que les services de renseignement complotent contre lui, le prince a quitté le Maroc fin janvier pour les États-Unis, où il veut « se ressourcer ». Oublié le tandem Mohammed VI-Moulay Hicham dont certains rêvaient à la mort de Hassan II pour conduire le Maroc vers la modernité. Ce projet est mort-né.
Prince Hicham et roi Mohammed VI : deux profils opposés
Le prince Hicham, c'est l'anti-Mohammed VI. Le roi est un introverti, secret et lointain ; son cousin — de quelques mois plus jeune — est ouvert, impatient, avec un côté « chien fou ». Mohammed VI fuit les journalistes, Moulay Hicham les fréquente avec gourmandise. En public, on sent le roi mal à l'aise, sur ses gardes. Son cousin est expansif et volubile. L'un se comporte comme s'il voulait se faire oublier ; l'autre aime faire parler de lui, intervient à la tribune de colloques savants qu'il finance, écrit à l'occasion dans les journaux. Mohammed VI donne l'impression de ne pas être intéressé par son métier de roi ; Moulay Hicham, au contraire, rêve d'être associé aux affaires de l'État. Aussi, faire le portrait du cousin, tout en relief, revient à tracer le profil, en creux, du roi.
Autant que deux caractères, ce sont deux mondes, deux éducations qui s'opposent. Le roi Mohammed VI a été façonné par le palais royal et ses traditions d'un autre âge, sous la férule d'un père jupitérien. Son cousin est un « enfant de l'extérieur », qui revendique une double culture où se marient le monde musulman et l'Occident. Ce que les deux cousins ont en commun, c'est la conscience d'être des Alaouites, d'appartenir à une dynastie régnant depuis l'époque de Louis XIV et réputée descendre en ligne directe du prophète Mohammed.
Les critiques publiques du prince contre la monarchie marocaine
Après la mort de Hassan II et deux ans après l'arrivée sur le trône de Mohammed VI, les relations avec son cousin restent exécrables.
Interrogé par le quotidien espagnol El País, Moulay Hicham a des mots sévères pour ceux qui dirigent à vue le royaume. « Le pays, dit-il, ne sait pas vraiment dans quelle direction il va. » Comme pour enfoncer le clou, le neveu de Hassan II récidive dans les colonnes du Monde fin juin. Que n'a-t-il pas écrit ! Que le Maroc est « en crise », que « depuis de nombreuses années, notre peuple — notre jeunesse en particulier — attend impatiemment les réformes indispensables » mais que « aucune de nos institutions traditionnelles — ni le Parlement, ni les partis politiques, ni même la monarchie — n'a sérieusement entrepris le travail nécessaire de reconstruction ». C'est de la monarchie marocaine dont parle le prince, c'est elle qu'il vise, c'est elle qu'il critique.

La réaction du palais royal face aux déclarations du prince
Peut-on dire que le palais ne sait rien des activités et des déclarations du prince, et combien de temps durera ce silence ?
C'est peu dire que Moulay Hicham agace. Le palais se tait mais, dans l'entourage du roi, on surveille de près le trublion. « Que cherche le prince ? Un poste d'ambassadeur, un portefeuille de ministre ? Est-ce qu'il veut être roi à la place de son cousin ? S'il tient à faire de la politique, qu'il abandonne son titre princier », s'insurge un général qui a l'oreille de Mohammed VI. Même les intellectuels progressistes sont divisés. « Le prince a dit tout haut ce que d'autres pensent tout bas », se réjouit, sous le sceau de l'anonymat, un conseiller du premier ministre socialiste.
Il y a ceux qui le tiennent en suspicion. « Le pacte qu'il préconise ne va pas dans le sens de la modernité. Il aboutirait à une sorte de triumvirat. Depuis César et Bonaparte, on sait ce qu'ils donnent. Les ambitions de ce prince vont trop loin », lance l'ancien opposant à Hassan II, Abraham Serfaty. « Le profil de Moulay Hicham le prédisposait à jouer un rôle positif auprès de son cousin. Sa mise à l'écart l'a peut-être poussé à une opposition frontale. Je ne suis pas convaincu que la démocratie marocaine en tire profit », note Aboubakr Jamaï, le directeur du Journal hebdomadaire, un magazine critique.
L'œil charbonneux, la voix grave, le prince se défend de toute ambition personnelle. « Je veux aider mon pays, aider à le sauver. Je ne suis pas dans une logique de rivalité », dit-il.
Parcours et atouts du prince Moulay Hicham
Deux ans après la disparition de Hassan II, l'ombre du souverain défunt continue à peser sur le Maroc. Le pays semble anesthésié. C'est cet « attentisme mortel » que Moulay Hicham ambitionne de rompre. Il a des atouts : des affaires florissantes, moins au Maroc que dans le Golfe et en Asie, qui le mettent à l'abri du besoin ; une vie de famille sans histoire (il a épousé une fille de la haute société marocaine avec qui il a eu deux filles) ; une image de marque enluminée par une longue mission au Kosovo aux côtés de Bernard Kouchner ; et un carnet d'adresses où dominent les noms américains, au grand dam d'une diplomatie française qui se méfie de lui.
Monarchie ou république : l'avis du peuple marocain
Après cet amalgame de données et d'oppositions entre le roi et son cousin, on a oublié le pilier et la tierce personne qui a tout intérêt à choisir son destin : le peuple est-il d'accord pour avoir un roi malgré ce conflit pour le trône ?
La plupart, puisque notre principe est la démocratie, veut un gouvernement qui gère tous les problèmes du pays, la monarchie restant le symbole d'honneur comme chez les Anglais et les Espagnols. Tout cela explique que le roi n'aurait qu'un rôle d'observation de haut ce qui se passe dans le pays.