
Quelles sont les règles tacites du vouvoiement ?
Les usages nous apprennent de vouvoyer : 1 une personne que l'on nous présente, 2 une personne plus âgée que nous, 3 une personne avec qui on ne partage pas d'intimité ou une quelconque familiarité 4 une personne qui a un grade social plus élevé que nous. Et bien souvent ces quatre points se trouvent induits en un seul être. Lui montrera t-on pour autant plus de respect si l'on applique cette convention de langage, quand une intonation est autrement plus décisive pour cerner la relation entre deux individus ?
Le vouvoiement est-il une mise à distance sociale ?
À force d'être décliné à toutes les sauces, le vouvoiement a perdu de sa noblesse. Ainsi, une personne vouvoyant un collègue de travail de dix ans son cadet ne se place-t-elle pas avant tout dans le refus de la proximité, plutôt que dans la stricte marque d'égard ? On peut presque stigmatiser en une catégorie ces personnes qui vous lâchent que "vous" pouvez les tutoyer, cela ne les gênera nullement, mais qu'en retour eux continueront à vous vouvoyer "parce que", ce serait "comme ça", une expression leur venant naturellement. Derrière cette volonté de conserver le vouvoiement, il y a un étalage de la supposée différence d'éducation qu'eux auraient acquise contrairement à vous. Cet état de fait n'est pas sans transpirer le ridicule lorsque deux hauts cadres, enivrés lors d'un cocktail mondain, poursuivront ce maniérisme se situant à mille lieues de leur condition physique décadente. "Si tu dois tomber tombe avec classe !" a-t-on dû leur apprendre dans un séminaire.
Le vouvoiement dans les vieux couples bourgeois
Dans les vieux couples bourgeois, la pratique du vouvoiement perdure encore. L'exemple le plus célèbre étant celui des époux Chirac. Un véritable camouflet pour le vouvoiement comme automatisme verbal quand on connaît les élans de proximité et de bonhomie qui ont porté le célèbre leader du RPR aux plus hautes fonctions. En maintenant le vouvoiement avec sa femme, l'ancien président marque la différence de traitement qu'il lui réserve et met en lumière leur manque de complicité et la nature uniquement factuelle de leur mariage.