Image 1
Monde

Le Cyclone Katrina, les enseignements à en tirer

L'ouragan Katrina a révélé les failles de la gestion des risques aux États-Unis. Entre digues insuffisantes, évacuation chaotique et populations vulnérables abandonnées, retour sur une catastrophe « naturelle » en réalité profondément humaine.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Une catastrophe « naturelle » est, fondamentalement, une catastrophe « humaine ». Mais qualifier une catastrophe de « naturelle » rejette en partie les responsabilités humaines.

Il y a six ans, l'agence fédérale de gestion des urgences aux États-Unis avait identifié les trois désastres les plus catastrophiques auxquels les États-Unis étaient susceptibles de faire face : une attaque terroriste à New York, un tremblement de terre majeur à San Francisco et un ouragan à La Nouvelle-Orléans. La catastrophe était donc annoncée. L'ouragan Katrina frappa les États de la Louisiane, du Mississippi et de l'Alabama. Cet ouragan provoqua de nombreux dégâts matériels et humains. On peut donc se demander quels ont été les facteurs responsables d'une telle catastrophe et comment elle aurait pu être mieux gérée.

Pourquoi le sud des États-Unis est-il si exposé aux cyclones ?

Le sud-est des États-Unis, situé dans le golfe du Mexique, a historiquement connu de nombreuses catastrophes cycloniques :

  • Galveston (Texas), 1900, catégorie 4, environ 8 000 morts
  • Sans nom (Mississippi, Alabama, Floride), 1906, catégorie 3, 134 morts
  • Grand Isle (Louisiane), 1909, catégorie 4, 350 morts
  • Sans nom (Nouvelle-Orléans), 1915, catégorie 4, 275 morts
  • Lac Okeechobee (sud de la Floride), 1928, catégorie 4, au moins 2 500 morts
  • Labor Day (archipel des Keys en Floride), 1935, catégorie 5, 600 morts
  • Hazel (Caroline du Sud, Caroline du Nord), 1954, catégorie 4, 95 morts
  • Audrey (sud-ouest de la Louisiane, nord du Texas), 1957, catégorie 4, 390 morts
  • Camille (Mississippi, Louisiane), 1969, catégorie 5, au moins 250 morts
  • Ivan (Floride), 2004, catégorie 5, 38 morts

Il s'agit d'une zone deltaïque : la terre avance sur la mer, et la ville de La Nouvelle-Orléans est construite sur cette zone humide. Ce bassin sédimentaire récent existe depuis 30 000 à 40 000 ans, alors que le golfe du Mexique remontait au-delà de la Louisiane. Les terres y sont donc très meubles. Le Mississippi, l'un des grands fleuves du monde, atteint en période de crues un débit quatre fois supérieur à sa moyenne.

Des digues ont été construites pour empêcher le Mississippi de sortir de son lit, mais elles ne peuvent supporter qu'un cyclone de force 3, alors que cette région est soumise à des cyclones d'une intensité bien supérieure.

La Nouvelle-Orléans fait l'objet de pompages quotidiens qui l'empêchent de redevenir un marécage. C'est donc une région particulièrement vulnérable aux inondations et aux cyclones en raison de sa proximité avec le golfe du Mexique.

Une population précarisée et difficile à protéger

Les comtés de Louisiane, du Mississippi et du Texas abritent une population très pauvre, donc très vulnérable, car elle n'a aucun moyen financier pour s'enfuir lors d'une alerte. Le taux d'analphabétisme atteint 40 %, ce qui rend parfois la communication difficile. De plus, la population est difficilement gérable par les autorités en raison d'une hostilité et d'une méfiance historiques entre les habitants et la police.

Comment se forme un cyclone ?

Les cyclones tropicaux se forment au-dessus de l'eau chaude des mers tropicales. Pour que les conditions soient favorables à la formation d'un cyclone, il faut qu'une dépression passe au-dessus d'un océan à plus de 26 °C sur au moins 60 mètres de profondeur, à une distance supérieure à 550 km de l'équateur (c'est à partir de 5° de latitude que la force de Coriolis peut agir).

La dépression tropicale à l'origine de Katrina a été détectée le 23 août sur les Bahamas. La tempête traversa la Floride, se régénéra dans les eaux du golfe du Mexique le 26 août, puis reprit de la force pour arriver le 29 août sur les côtes de La Nouvelle-Orléans avec des vents de 280 km/h.

Une mauvaise gestion du risque

Les États-Unis sont le pays qui compte le plus de risques naturels, mais aussi le plus d'organismes de sécurité et de gestion des risques. Pourtant, il subsiste d'importantes défaillances dans certains comtés.

Les habitants ont été mal renseignés sur l'ampleur du cyclone ainsi que sur les consignes à suivre. Ils ne savaient pas quelle direction emprunter ni quels moyens de transport utiliser. Au lieu de leur fournir des informations concrètes, on leur a conseillé de prier pour que le cyclone n'anéantisse pas la ville. Certains habitants, notamment sur la côte du Mississippi, n'avaient même pas reçu d'ordre d'évacuation avant l'arrivée du cyclone. D'autres, qui pensaient avoir survécu au passage de la tempête, ignoraient que les digues avaient cédé et que le pire était à venir.

Un plan d'évacuation défaillant

Il n'y avait pas de véritable plan d'évacuation. Avant la catastrophe, les routes et les aéroports ont rapidement été saturés. Pendant l'événement, les routes étant inondées, de nombreux habitants ont estimé qu'il était plus sûr de rester chez eux que d'essayer de fuir. D'autres ne voulaient pas abandonner leurs biens, se sentaient à l'abri dans leur maison et, conformément à la culture américaine du « chacun pour soi », se sont barricadés pour affronter le cyclone.

Des autobus se dirigeaient vers le Superdome, un stade pouvant accueillir 30 000 personnes, mais qui présentait de graves défaillances : des fuites et des débris de toiture tombaient sur les occupants. Certaines personnes y sont mortes, car il n'y avait ni nourriture, ni eau, ni toilettes, ni couvertures.

La population pauvre a été évacuée en dernier — pour ceux qui ont été évacué —, car la plupart n'avaient pas de moyen de transport et nulle part où aller. En cas de cyclone de cette intensité, il faut s'éloigner d'au moins 400 km. Les habitants sont donc restés chez eux, se débrouillant comme ils le pouvaient pour survivre. En revanche, la population aisée est partie rapidement, disposant de voitures.

Pour ceux qui sont restés, l'aide alimentaire a mis plus de trois jours à arriver. Ils ont dû se servir dans les supermarchés non inondés, ce qui a provoqué des affrontements avec l'armée, qui les traitait de pilleurs.

Un bilan lourd

Finalement, 80 % de La Nouvelle-Orléans a été inondée, 233 000 km² de terres ont été dévastés et 273 000 logements détruits, provoquant 200 milliards de dollars de dégâts. On déplore plus de 1 000 morts et 35 000 pertes d'emplois dans un comté où le taux de chômage était déjà très élevé. Le gouvernement a alloué 5 000 dollars par personne pour la reconstruction des logements. Six mois après le désastre, plus de la moitié de la population n'était pas retournée chez elle et la reconstruction a été très lente.

Les leçons à retenir de Katrina

George W. Bush gérait le budget du pays de manière très déséquilibrée : la politique extérieure absorbait pratiquement tout le budget et l'armée, avec la guerre en Irak. À l'intérieur du pays, le reste du budget était consacré à la lutte contre les attaques terroristes — certes importante —, mais ces attaques sont moins fréquentes que les cyclones dans le golfe du Mexique. Résultat : moins de moyens pour la prévention des risques naturels et pas d'effectifs pour l'encadrement, puisque toute la garde nationale était déployée en Irak.

Des alertes ignorées

Bush n'a pas écouté les experts qui, dès 1999, avaient lancé un programme de recherche pour évaluer les effets d'une catastrophe de l'ampleur de Katrina. Grâce à des sondages, ils savaient qu'il y avait 125 000 personnes sans moyen de transport, qu'environ 100 000 personnes avaient des difficultés physiques pour se déplacer ou étaient sans abri, et donc n'avaient pas les moyens de quitter la ville. De même, 100 000 personnes pourraient potentiellement refuser l'évacuation. Soit 300 000 personnes qui ne partiraient pas même en cas d'évacuation. Les experts avaient aussi prouvé que les digues ne résisteraient pas et qu'il fallait effectuer des travaux. Ce projet a été rejeté par le président, qui consacra tout son budget à la surveillance des aéroports, par exemple.

Des refus d'aide internationale

Bush n'a pas accepté l'aide de Cuba et du Venezuela pour des raisons politiques (pays socialistes contre pays capitaliste), alors qu'au début de l'année, Cuba avait subi un ouragan de force 4 dont 1,5 million de personnes avaient été évacuées, le pays ayant mobilisé tous ses efforts pour le sauvetage de la population.

Une discrimination ressentie

La population a également ressenti une grande discrimination. D'abord parce que Bush ne s'est pas pressé pour se rendre sur les lieux, mais aussi parce que la population noire a été évacué en dernier et que les autorités auraient détourné l'inondation vers leurs quartiers pour épargner le quartier français, blanc et riche.

Réchauffement climatique et intensité des cyclones

Kerry Emmanuel, un éminent chercheur américain, a publié des articles dénonçant la consommation de son pays. Pour lui, le réchauffement climatique n'augmenterait pas le nombre de cyclones, mais rendrait ceux-ci plus intenses. Il attribue bien sûr ces changements aux émissions de CO2. Le gouvernement américain conteste cependant les scientifiques sur la validité de leurs modèles et rejette l'idée que les émissions de CO2 joueraient un rôle dans le changement climatique.

Un urbanisme à revoir

C'est un Français qui a eu l'idée d'implanter une ville sur le delta du Mississippi. Comme le fleuve est canalisé par des digues, il ne déverse pas ses sédments le long de ses rives mais les dépose sur son fond. L'altitude du fleuve augmente et il se retrouve aujourd'hui au-dessus des habitations. Des constructions s'élèvent jusqu'au bord du Mississippi, alors que c'est une zone d'ouragan. C'est une démarche très imprudente que d'avoir suraménagé ce secteur avec une surindustrialisation liée au pétrole — encore la société de profit américaine.

Le delta du Mississippi avance de 80 mètres par an sur la mer, mais comme le fleuve est canalisé, seule la pointe avance, et les cyclones pénètrent plus facilement. La solution idéale serait de ne pas construire dans ces zones et de « déplacer » La Nouvelle-Orléans, mais ce n'est pas vraiment possible. On peut cependant construire des abris anti-cyclones au large pour empêcher les cyclones d'approcher les terres. Il faudra imposer des normes de construction et les faire respecter pour éviter que la catastrophe ne se reproduise. Cette leçon doit aussi servir à d'autres États comme la Floride et la Caroline du Sud, qui bétonnent leurs littoraux.

Les changements après Katrina

Le 15 septembre, Bush, qui ne s'était pas senti à la hauteur face à Katrina, a demandé la révision de tous les plans d'urgence des grandes villes américaines, en augmentant les budgets fédéraux et en entretenant une meilleure relation avec des organismes humanitaires tels que la Croix-Rouge.

Le 1er septembre, un nouvel ouragan, Ophelia, a touché la Floride. Cette fois-ci, Bush s'est rendu rapidement sur les lieux. Pour l'ouragan Rita, qui s'est produit le 21 septembre de la même année avec la même intensité, il y a eu dix fois moins de morts et vingt fois moins de dégâts matériels. Le cyclone Katrina a eu son effet : une grande mobilisation a eu lieu à l'approche de Rita. Les secours étaient pré-positionnés, avec des navires de la marine dans le golfe et des hélicoptères.

Conclusion

La saison cyclonique de 2005 dans l'Atlantique nord n'avait jamais connu autant d'ouragans de catégorie 5. L'ouragan Katrina a été le plus coûteux et le plus meurtrier.

Cette catastrophe a révélé les défaillances de la gestion des risques américaine, pourtant présentée comme la plus organisée au monde. Les États touchés étaient très vulnérables et le gouvernement n'a rien mis en œuvre pour réduire cette vulnérabilité. Aucune information d'évacuation n'a été clairement énoncée. Après le passage du cyclone, les habitants n'ont pas été informés que les digues avaient cédé ; ils croyaient être en sécurité, alors qu'ils étaient encore plus vulnérables.

Le président Bush a mal agi du point de vue de la communication, et la population, en majorité noire, a ressenti une discrimination. Mais il faut aussi garder à l'esprit que cette région est sur-urbanisée : les terres gagnent chaque année sur la mer et sont de plus en plus construites, alors que si elles étaient laissées à l'état naturel, elles feraient davantage barrage aux cyclones.

Il faut peut-être repenser tout l'aménagement de La Nouvelle-Orléans en laissant les marais protéger l'intérieur des terres et en construisant des bâtiments plus hauts, donc accueillant plus de population, plus à l'intérieur des terres.

As-tu aimé cet article ?
alexiane8
alexiane8 @alexiane8
1 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...