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Monde

Le corbeau a été arrêté...

Février 2015 : ma prof d'histoire, dans mon lycée privé catholique d'Aix-en-Provence, a été arrêtée. Elle envoyait depuis des années des lettres anonymes accusant des femmes d'infidélité.

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Tout a commencé le mardi 3 février au matin. Nous commencions à 9 h, comme toute classe de première. Voyant que le professeur n'était pas là — chose inhabituelle, car ce professeur n'était jamais en retard — le brouhaha se faisait intense dans la salle de classe. Après une demi-heure, la CPE est apparue pour nous annoncer que le professeur d'histoire était absent. Plongés dans l'euphorie d'avoir une heure de cours en moins, nous nous sommes précipités vers la permanence. Quelle ne fut pas notre surprise en apercevant notre professeur d'histoire, bien présente, en train de discuter dans le couloir avec la CPE et un homme inconnu. Que se passait-il ? Sans nous poser de questions, nous sommes partis profiter de notre liberté.

Le lendemain, mercredi 4 février, nous commencions à 10 h. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que, dans l'enceinte du lycée, un raffut spectaculaire régnait. De l'extérieur, on entendait les gens parler, crier presque, tant la nouvelle semblait importante. Mes camarades me faisaient des signes derrière les portes vitrées. Nous étions quatre, perdus à l'extérieur, à ne pas comprendre ce qu'il se passait — les jeunes devraient davantage lire le journal ! J'ai collé mon oreille contre l'entrebâillement de la porte, et mon amie m'a crié : « Notre prof d'histoire s'est fait arrêter ! » Tout bonnement incroyable ! Elle, si à cheval sur la discipline et l'éducation, avait commis une faute grave. Mais laquelle ?

Quand j'ai enfin pu rentrer, poussée par une curiosité grandissante, les élèves se sont pratiquement jetés sur moi pour tout m'expliquer. La nouvelle était parue dans le journal La Provence. On pouvait y lire : « Un professeur d'un lycée privé catholique d'Aix-en-Provence, de petite taille, âgée de 51 ans, brune, a été arrêté. »

L'incroyable histoire des lettres anonymes

Cette femme avait, depuis 1999 (apparemment après une rupture), envoyé des lettres à des milliers d'hommes dans le Vaucluse et le Var, les prévenant que leur femme les trompait. D'après elle, elle agissait par inspiration « divine », car elle voyait le Christ — d'abord quelques fois, puis quotidiennement. Celui-ci lui indiquait les adresses ou les noms des personnes concernées. Des extraits de lettres ont été publiés dans le journal. De nombreuses personnes ont porté plainte pour « violence morale avec préméditation ». C'est pourquoi elle s'est retrouvée en garde à vue pendant 48 h, une épreuve moralement et physiquement éprouvante.

Elle est actuellement en congé maladie et bénéficiera d'un suivi psychiatrique prochainement. On ignore si elle sera suspendue de ses fonctions ; seul le rectorat en décidera. Le directeur et son adjoint sont venus s'exprimer dans les classes pour partager la tristesse et la surprise ressenties. En effet, ce professeur travaillait depuis 20 ans dans l'établissement.

Des accusations totalement inventées

Pour vous rassurer, les lettres qu'elle a envoyées ne reposaient sur aucune vérité. Par exemple, dans une lettre, elle mettait en garde un mari en lui conseillant d'écouter attentivement la messagerie de sa femme... qui n'avait pas de portable. Une célibataire depuis trois ans a reçu une lettre. Un boulanger a reçu la missive, semant la discorde dans le couple, jusqu'au jour où le tabaciste d'à côté a reçu la même missive. Un patron de restaurant a été informé qu'il devait surveiller les allées et venues de sa femme le week-end... alors qu'ils travaillaient ensemble le week-end.

Comment la coupable a été identifiée

Comment a-t-on réussi à l'interpeller ? Après avoir déposé une lettre sur le comptoir d'un bar, un employé, trouvant cette femme bizarre, a relevé sa plaque d'immatriculation et a rapporté les faits à la police. Ils ont ainsi pu l'identifier. Lors de l'interrogatoire, elle aurait précisé avoir un passé remarquable par ses bonnes actions et que ce qu'elle faisait depuis cinq ans visait à aider les gens. Elle se heurtait donc à l'incompréhension face à son arrestation : pourquoi l'arrêtait-on alors qu'elle voulait faire le bien ?

La justice décidera de la peine. Elle encourt au maximum trois ans de prison et 45 000 euros d'amende, mais tout cela reste évidemment flexible selon les conditions et la loi. On nous tiendra au courant dans les prochains mois. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'actuellement, n'importe quelle personne peut nous surprendre...

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boopoos
S M @boopoos
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