
La Tour Magne, immense bâtiment de 32,5 mètres de hauteur, trône au sommet de la ville de Nîmes à 129,9 mètres d'altitude depuis plus de vingt et un siècles. Après tant de temps passé et tant d'épreuves endurées, on se demande comment elle tient encore debout aujourd'hui.
Les origines de Nîmes et du Mont Cavalier
À la fin du VIe siècle avant Jésus-Christ, un groupe d'individus s'est installé au pied du Mont Cavalier aux abords d'une source. De cette fontaine, ils puisent un bien précieux : une eau abondante. Ces premiers Nîmois habitent des cabanes en bois, cultivent le blé et l'orge, élèvent des porcs, des vaches, des moutons, des chèvres et des chevaux, et chassent le cerf et le sanglier.
Au début du Ve siècle avant Jésus-Christ, les Volsques Arécomiques arrivent d'Allemagne du Sud et s'installent dans la petite cité. Ces nouveaux venus croyaient à plusieurs dieux. L'un d'eux était le dieu des sources : il s'appelait Némausus. Ils s'installèrent près de la source de la Fontaine, sur les pentes méridionales du Mont Cavalier, créèrent une ville et décidèrent de l'appeler du nom de leur dieu : Némausus.

L'âge d'or et la construction de la tour celtique
C'est le début d'un âge d'or commercial. Les richesses augmentent, ainsi que la population. La ville se développe lentement. Des maisons en pierres sèches liées avec de l'argile se construisent et sont adossées aux premiers remparts de la ville.
Vers le début du IIe siècle avant Jésus-Christ, des troupes d'envahisseurs arrivent. Les Volsques se replient alors dans les oppida, des places fortifiées situées sur une hauteur. Les enceintes sont renforcées par des murs de plusieurs mètres d'épaisseur et une tour est construite : la Tour Magne. Elle mesure alors 19 mètres de haut.

La conquête romaine et la reconstruction de la Tour Magne
En 125 avant Jésus-Christ, la Gaule est soumise aux invasions romaines. Quatre ans plus tard, les Romains ont conquis tout le sud de la Gaule. Nîmes a été détruite, seul le bas de la Tour Magne est resté.
La ville devient romaine. En 31 avant Jésus-Christ, Octave, remportant la victoire sur Antoine et Cléopâtre, devient l'Empereur Auguste. Entre 15 et 16 avant Jésus-Christ, il fait construire un rempart de six kilomètres de long et de 6,5 mètres de haut autour de la ville, qui comptait alors une superficie de 200 hectares. Aujourd'hui, les remparts n'existent plus, mais il en reste des traces : une base de tour devant les Arènes, la porte de France et la porte Auguste.
Les Romains ont reconstruit la Tour Magne en englobant les restes de la tour celtique à l'aide de pierres sèches (dont le sol est riche) et de terre. La Tour est alors incluse dans les remparts et mesure environ 42 mètres de haut.
Architecture et aménagement de la tour romaine
Le soubassement de la tour est octogonal. On ne pouvait pas entrer à l'intérieur de la tour car elle était pleine. Les Romains montaient par l'extérieur, par une rampe de 70 mètres de long. Celle-ci aboutissait au chemin de ronde qui parcourait le premier étage de la tour. De là, ils accédaient à la courtine qui se trouvait au même niveau, au nord et à l'ouest. Au-dessus de cet étage, une tour polygonale complètement aveugle, aménagée d'un escalier intérieur, était couronnée d'une terrasse. Les deux derniers niveaux étaient décorés de pilastres toscans ou de colonnes.

Un rôle militaire à travers les siècles
Quand les habitants de la ville abandonnent les hauteurs du Mont Cavalier, la Tour Magne continue de jouer un rôle militaire. Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, elle est utilisée pour se défendre des Anglais. Et lors des guerres de religion, elle est incluse dans un petit fort qui fut démoli après la paix d'Alès en 1629.

La quête du trésor de Nostradamus
En 1601, Michel de Notre-Dame, dit Nostradamus, médecin de Charles IX, prédit qu'un jardinier trouverait un jour un trésor gaulois dans la Tour Magne. Alors, François Traucat, jardinier nîmois, envoya une lettre au roi Henri IV pour avoir le droit de vider la tour. Le roi accepta sous condition que le jardinier finance lui-même les travaux et lui donne deux tiers du trésor qu'il trouvera. Le jardinier fit donc creuser la tour et chercha le trésor, mais ne trouva rien. La Tour Magne vidée s'affaiblit et, un jour, elle perdit le haut de sa tour.

La Tour Magne aujourd'hui : un monument fascinant
C'est ainsi qu'aujourd'hui, la Tour Magne ne mesure que 32,5 mètres et a repris l'aspect d'une ruine. Mais même sous cette apparence, on ressent la solidité de la construction qui a vécu plus de vingt siècles avec des guerres, des démolitions, des reconstitutions, des transformations, etc.
Il est dommage tout de même que la Tour Magne romaine n'ait pas pu être conservée correctement (comme le sont d'autres monuments de Nîmes : la Maison Carrée et les Arènes, par exemple, qui datent du Ier siècle après Jésus-Christ). Mais sans cela, peut-être que les vestiges de la tour celte ne seraient pas visibles aujourd'hui. Car si le jardinier François Traucat n'avait pas fait creuser la tour, ils seraient restés enfermés à tout jamais dans les entrailles de la Tour Magne.
Il est ainsi fascinant de pouvoir contempler les différentes mutations du monument au fil des âges.