
La réalité sociale, le travail, le souci de produire, le profit sont autant de moyens de réprimer les besoins instinctifs de l'homme. En revanche, il est possible de concevoir une société qui libère les hommes au lieu de les réprimer.
Pourquoi la société réprime les besoins instinctifs
À partir des conceptions que Freud se faisait de la civilisation, Marcuse montre que la société industrielle réprime les désirs. En imposant à tous un principe de rendement, elle fait de l'homme un être angoissé et agressif.
Le principe de rendement contre les pulsions
Le principe de rendement réprime les besoins instinctifs. En effet, dans la société industrielle, l'individu doit renoncer en grande partie à la satisfaction de ses besoins instinctifs. Il doit de surcroît investir la plus grande partie de son temps et de son énergie dans le travail. Il est constamment soumis à un processus de rendement qui est non seulement inutile (on produit plus de richesses qu'on ne peut en consommer) mais absurde : il n'y a aucune fatalité à toujours accumuler plus de richesses.
La surrépression selon Herbert Marcuse
L'homme est soumis à une surrépression. Ce qu'Herbert Marcuse appelle la « surrépression », c'est la multiplication des interdits, des contraintes imposées par le travail, la vie économique : horaires, pause de midi réduite, employés rivés à leur ordinateur huit heures par jour... La vie sociale n'a pas besoin, pour maintenir son ordre et sa prospérité, d'exiger de l'homme qu'il renonce à ce point à sa vie pulsionnelle.
Angoisse et agressivité : les conséquences de la répression
La répression est à l'origine de l'angoisse et de l'agressivité. Dès lors que les besoins instinctifs de l'homme sont sévèrement réprimés, les élans pulsionnels, qui ne peuvent obtenir de satisfaction, se transforment en angoisse (angoisse de ne pas pouvoir vivre) et en agressivité. La pulsion, trop longtemps contenue, se décharge sous la forme de comportements agressifs.
Le principe de rendement réprime la vie pulsionnelle de l'homme. L'employé doit renoncer à ses désirs. La répression par le travail génère de l'angoisse.
Comment la société peut libérer l'homme
Le travail, la création de richesses ne sont pas nécessairement répressifs. Herbert Marcuse pense que le développement des sociétés industrielles est la condition même d'une libération de l'homme.
La réduction du temps de travail comme voie d'épanouissement
Il n'est pas du tout impossible d'envisager une société dans laquelle le travail n'occuperait plus une place aussi importante, et qui pourtant resterait au même niveau global de richesse. Les machines, les robots, les ordinateurs peuvent décharger l'homme d'un grand nombre de tâches contraignantes et sans intérêt.
Contrôler la production pour éviter le gaspillage
L'homme doit simplement produire assez pour répondre à ses véritables besoins. À partir de ce moment, les aberrations du système économique libéral disparaissent d'elles-mêmes. Il n'est plus utile de passer tant de temps à fabriquer des produits destinés à être jetés, remplacés. Il n'est plus nécessaire de gaspiller les excédents de production.
Le travail au service des besoins instinctifs
Le travail peut servir les besoins instinctifs de l'homme. Dès lors que le travail s'apparente au jeu, c'est-à-dire qu'il ne s'accomplit plus dans des conditions répressives, il peut permettre à l'homme de sublimer ses pulsions sexuelles. C'est pourquoi Herbert Marcuse écrit que « plus le travail nécessaire devient extérieur à l'individu, moins il l'enferme dans la nécessité ». Il devient objet de satisfaction et cesse d'être un instrument de surrépression.
La société industrielle peut permettre à l'homme de satisfaire ses pulsions. Pour cela, il faut juste qu'elle apprenne à corriger ses excès et ses aberrations. En un mot, il faut qu'elle devienne plus raisonnable.
Conclusion : vers une société plus raisonnable
Herbert Marcuse ne tombe pas dans le piège candide de préconiser un retour à la nature qui permettrait à l'homme de satisfaire librement ses besoins et ses désirs, d'avoir une activité sexuelle épanouie et insouciante. Il ne dit pas non plus que l'absence complète de toute répression des pulsions est une solution. Il rejoint par là Freud, lequel montre que, pour se développer, l'individu doit renoncer partiellement au principe de plaisir et prendre en compte le principe de réalité.
Ce que montre Marcuse, c'est que la société industrielle a transformé le principe de réalité en principe de rendement, lequel, alors même que l'équilibre de la société ne l'exige pas, ne cesse d'imposer aux individus des contraintes, des interdits qui n'ont aucun but raisonnable. Le rendement conduit à un rendement plus grand, et l'homme, finalement, n'y trouve aucune satisfaction. Cela n'est en aucun cas une fatalité, comme les économistes ne cessent de vouloir le faire croire.