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La situation des tziganes en Roumanie

500 ans d'esclavage, des préjugés tenaces : plongez dans l'histoire méconnue des Rroms de Roumanie, de l'asservissement à la lutte actuelle contre la discrimination.

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L'origine, la peau ou la religion d'un être humain importent peu face à sa capacité d'accomplir de bonnes actions et de posséder une âme. Pourtant, quand on prononce le mot « tzigane », tout le monde éprouve une sorte de réticence, teintée d'une nuance péjorative. On pourrait croire que ses synonymes parfaits sont « voleur » ou « méchant ».

Pourquoi ne demandons-nous pas un instant – avant d'étaler les richesses de notre lexique – si toute autre personne ne possède pas les mêmes défauts ? Je considère qu'une personne peut être bonne ou mauvaise en fonction de ses actes, sans autre considération. Comme tout peuple, les tziganes ont une histoire, une musique, un métier et un habit totalement originaux.

Histoire et racines des Rroms en Roumanie

Nous avons dans notre pays plusieurs exemples de tziganes qui sont des personnes instruites et qui ont leur mot à dire dans une discussion. Un exemple éloquent est Mădălin Voicu – musicien et politicien, membre de la Chambre des Députés (PSD). Il possède un parcours académique impressionnant : le Lycée Allemand, le Lycée de Musique, l'Académie Nationale de Musique Ciprian Porumbescu (classe de violon à Bucarest), des bourses d'enseignement à Trèves, Mayence, Stuttgart et Londres, ainsi que des fonctions de professeur et chef d'orchestre à l'Académie Attatürk à Izmir, en Turquie.

En Transylvanie (qui se trouvait alors sous la couronne hongroise), le statut des tziganes était, par comparaison avec la Moldavie et la Munténie, le meilleur. Ici s'est créé au XVIe siècle un voïvodat de tziganes, une sorte de communauté dirigée par un noble voïvode.

Il est regrettable qu'aujourd'hui la situation soit restée la même qu'en Moldavie et en Munténie d'alors. Les tziganes occupaient le statut le plus bas de la société. Un voyageur anglais disait au début du XIXe siècle : « Bien que les tziganes forment une partie considérable de la communauté, ils sont traités comme des animaux ; et l'épithète offensante "voleur" pourrait être tolérée plus facilement que celle de tzigane. »

L'esclavage des tziganes : cinq siècles d'asservissement

Quand l'économie du travail a été introduite dans les années 1800, les esclaves tziganes étaient vendus et achetés comme n'importe quelle marchandise. Le code pénal de 1818 contenait l'article suivant : « Tous les tziganes sont nés esclaves. »

Mihail Kogălniceanu racontait leurs souffrances : « Dans les rues de Iași de ma jeunesse, j'ai vu des êtres humains avec des chaînes aux mains et aux pieds, des violences [...], des femmes séparnées de leurs maris et des filles séparnées de leurs parents... Des personnes vendues comme des animaux. »

Quand ils sont devenus libres, le Suisse Émile Kohly posait la question suivante (dans un mémoire publié à Iași en 1841) : « Oserez-vous, de votre vivant, vous compter parmi les peuples civilisés quand on lira dans l'un de vos journaux ? »

Les premiers témoignages de la présence de tziganes en Moldavie (1428) et en Munténie (1385) sont des documents où ils apparaissent comme des biens appartenant aux monastères, c'est-à-dire comme des esclaves. Ce qui est intéressant, c'est que les tziganes ont été transformés en esclaves en grande partie parce qu'ils étaient des ouvriers habiles et avaient une grande valeur économique. En général, le mot « tzigane » signifiait automatiquement esclave – une bonne raison d'utiliser aujourd'hui « rrom » en Roumanie, plutôt que « tzigane ».

Il est évident que dès lors, les opinions vis-à-vis de ces personnes n'ont pas été favorables. Ils subissaient un régime de vie très dur. Les esclaves ne pouvaient se marier qu'avec l'accord de leur maître. Un Roumain qui épousait un tzigane devenait lui-même esclave. Dans des cas exceptionnels, un esclave pardonné par son maître devenait « roumain » ou une personne libre (un exemple serait Ștefan Răzvan, à l'origine esclave tzigane devenu noble puis prince régnant de Moldavie). Voilà un argument de plus : toute personne a la liberté de lutter pour ses droits dans une société et la capacité de se faire connaître par ses propres forces.

Discrimination et préjugés actuels contre les Rroms

Peut-être les tziganes d'aujourd'hui vivent-ils dans le déshonneur parce que leurs ancêtres ont été des esclaves. Ici résiderait leur faute. Pourtant, les tziganes ont démontré un grand pouvoir en résistant 500 ans, et ont réussi à préserver leur langue, leurs traditions et leur identité en tant que peuple.

La discrimination raciale tient de la mentalité, et il est regrettable que les Roumains, comme les autres nationalités, souffrent de cette maladie grave.

Il existe cinq préjugés classiques concernant les tziganes :

  1. Ils volent – Si un tzigane vole pour nourrir sa famille, la culpabilité est individualisée, d'où la généralisation : « tous les tziganes volent ». En revanche, si un non-tzigane détourne des milliards du budget, on ne pense pas que tous les non-tziganes sont des voleurs.

  2. Ils ne se lavent pas – À cause de la couleur de leur peau et de leur situation matérielle, on suppose qu'ils manquent d'hygiène.

  3. Ils ne vont pas à l'école – Le système scolaire a refusé jusqu'à présent de reconnaître les tziganes comme une minorité culturelle avec des intérêts et des besoins différents de ceux de la population majoritaire.

  4. La discrimination à l'embauche – Un tzigane, même éduqué, a très peu de chances d'occuper un poste important. L'éducation n'est pas perçue comme un moyen de réussir pour eux.

  5. Le problème de l'identité – Un « rrom » n'est pas considéré comme Roumain, alors que la majorité des tziganes sont aussi roumains que les Roumains de souche. Ils sont perçus comme des envahisseurs, alors que l'histoire montre qu'ils ont été contraints de rester sur le territoire de notre pays.

Pour une reconnaissance de la communauté rrom

Nous nous trouvons dans un cercle vicieux de discrimination, de manque de respect et d'indifférence. Ces préjugés persistent parce qu'on a besoin d'un coupable. La Roumanie n'a pas une bonne réputation à l'Ouest, et tous disent que c'est à cause des tziganes. Une fois ce qualificatif attribué, il est très difficile de changer les mentalités.

Les tziganes que l'on remarque dans l'espace public ne sont pas des figures représentatives : un tzigane mendiant ou un enfant de la rue attire davantage l'attention qu'un enfant tzigane qui va à l'école. Et alors ? Qui s'intéresse à lui et aux tziganes qui honorent notre pays ? Personne.

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lavinia
lavinia @lavinia
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