
Après sa conquête des Gaules, Jules César, champion du parti populaire, inspira les pires craintes aux sénateurs qui gouvernaient Rome. Pour éviter qu'il ne s'empare de la ville et du pouvoir absolu, le Sénat limita ses troupes à quelques légions et, surtout, lui interdit de franchir le ruisseau Rubicon, qui séparait la Gaule cisalpine de l'Italie proprement dite. César, fort de sa puissance militaire écrasante, franchit le Rubicon en prononçant ces mots : « Alea jacta est » (le sort en est jeté), entra dans Rome avec ses légions et se déclara Empereur des Romains. Rome devenait un Empire jusqu'à sa chute, après une longue période de décadence...
Il existe une similitude frappante entre Jules César et George W. Bush, et l'histoire, une fois de plus, se répète à plus de deux mille ans d'intervalle. En déclarant unilatéralement la guerre à l'Irak sans l'accord des Nations Unies, contre l'opinion publique mondiale et contre une énorme majorité de pays opposés au conflit, Bush s'est mis hors la loi. En engageant cette guerre malgré les réticences de son Congrès, Bush a franchi le Rubicon et devient, de fait, le chef d'un Empire américain qui se prépare à modeler le monde suivant ses seuls intérêts ou ceux de ses alliés.
Les vrais motifs de la guerre en Irak
La guerre en Irak était inévitable. Les vrais motifs qui poussent de façon obsessionnelle les Américains à envahir l'Irak sont le contrôle militaire et le remodelage du Moyen-Orient où se trouvent 66 % des réserves mondiales de pétrole, et la protection de leur allié Israël, pour faire de ce pays leur base stratégique dans cette région du monde. Les faucons pro-sionistes de l'administration Bush ont gagné. Ils ont leur guerre — les Wolfowitz, Perle, Cheney, Rumsfeld — et ils verront sûrement leur rêve se réaliser : un remaniement complet du Moyen-Orient. L'Irak en premier, ensuite la Syrie, le Hezbollah, l'Iran. Tout cela pour donner le gros coup de pouce à Israël, et faire que Sharon et le Likoud aient enfin mis Israël à l'abri de ses voisins.

Pourquoi la diplomatie internationale a échoué
Les vrais motifs étaient donc cachés, et toutes les négociations, tractations, palabres et autres discussions portaient sur un prétexte : les armes de destruction massive. Il était donc normal que rien n'aboutisse. La diplomatie a échoué, d'abord et avant tout, pour cette raison. Mais aussi parce que le temps jouait contre les Américains et que Bush s'était mis dans une impasse. Avec plus de 200 000 soldats qui attendaient impatiemment à la frontière, et les températures qui allaient vite devenir insupportables, Bush avait mis la charrue avant les bœufs et ne pouvait plus faire marche arrière. Sans compter que s'il avait décidé de revenir bredouille, il aurait perdu toute crédibilité auprès de ses électeurs. Comment voulez-vous dans ces conditions que la diplomatie puisse fonctionner, en dépit des efforts considérables de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin ? Dans cette crise, la France a montré le visage lumineux de la justice. Quelle classe, comparé au triste sire de Bush.
Les responsabilités des alliés des États-Unis
Quelques réflexions au passage : beaucoup d'ex-pays de l'Est qui font partie ou non de la Communauté européenne, mais qui sont les vassaux de Washington, ont montré leur myopie politique. Honte sur eux. On les attend au tournant. Honte à Tony Blair, laquais de Washington. Tiens, quelle belle distinction. On pourrait l'anoblir quand il sera viré par les Anglais et il pourra garder ce titre qu'il a bien mérité. Honte à Aznar, qui se range aux côtés des Américains alors que 90 % de son opinion publique est fermement opposée à la guerre. Honte aussi aux pays arabes qui restent sans réaction, alors qu'on envahit un des leurs au mépris de la justice internationale. Ces mêmes pays arabes restent bien inactifs alors que leurs frères palestiniens subissent leur martyre depuis plus d'un demi-siècle.
Mais bravo, bravo aux quelques pays africains et sud-américains qui ont refusé de vendre leur âme alors qu'ils avaient vraiment besoin de cet argent promis par Bush. Quelle leçon de noblesse, de grandeur, de dignité. Bravo enfin aux quelques politiciens anglais qui ont eu le courage et la sagesse de démissionner pour ne pas salir leur nom dans ce qui restera comme un des plus méprisables conflits qui aient ensanglanté la planète.
Les conséquences géopolitiques de la politique américaine
Les conséquences des politiques désastreuses de Bush seront nombreuses, et elles changeront radicalement l'avenir des relations entre les grandes puissances mondiales. L'Europe de la défense devra se faire le plus vite possible. On ne peut plus compter sur le parapluie américain. Il va falloir prendre ses responsabilités et casser sa tirelire. Quid de l'OTAN, qui va en prendre un vieux coup, sinon disparaître ? Quant à l'ONU, elle survivra, mais la castration infligée par l'administration Bush va être dure à oublier et sa légitimité, qui faisait l'orgueil de l'humanité, a été bafouée. Comment les membres de l'ONU pourront-ils encore se réunir pour discuter en vue de prendre une décision avec les Américains qui, de toute façon, n'en feront qu'à leur tête ? La raison du plus fort est toujours la meilleure, on le sait depuis toujours, même avant que ce bon Monsieur de La Fontaine l'illustre si joliment dans une de ses fables.
L'avenir de l'impérialisme américain
L'Amérique, elle, aura maintenant le choix d'étendre son impérialisme sur le monde entier en continuant d'abuser de sa puissance militaire, ou de se ressaisir en virant Bush avec pertes et fracas fin 2004. En espérant que Bush n'ait pas fait le dessein de s'installer définitivement à la Maison Blanche et de devenir Empereur en s'imposant par la force aux Américains ou par la ruse d'élections truquées. Les élections truquées, il connaît ça, le Président Bush — c'est ainsi qu'il est arrivé au pouvoir en janvier 2001. Couronné, il deviendrait « Dobeuliou 1er », le premier Empereur des États-Unis d'Amérique, avec pour sceptre un mini-derrick de pétrole. Con comme il est, c'est peut-être ce qu'il a en tête... D'ailleurs, les Bush, c'est déjà une dynastie : il y a eu le papa qui a fait sa guerre en Irak lui aussi, pour une bonne cause il faut bien le dire, mais qui doit quand même être consterné des énormes bêtises de son rejeton, alcoolique repenti au fondamentalisme chrétien mal placé.
Diplomatie face aux desseins cachés de Bush
Dans cette bataille diplomatique qui restera dans les mémoires, on retiendra que les dés étaient pipés depuis le début. Les diplomates n'avaient aucune chance de s'entendre. D'un côté, Bush avec ses desseins cachés qui s'impatientait de plus en plus au fil du temps ; de l'autre, les diplomates du camp de la paix qui voulaient prouver que Saddam désarmait, mais ils étaient hors sujet. Un quiproquo qui va coûter la vie de milliers d'innocents et d'agresseurs. Les hommes de bonne volonté, dont je suis, pleureront les uns et les autres, alors que les responsables — les faucons pro-sionistes de l'administration Bush — savoureront leur victoire.
Israël, les pro-sionistes et le risque d'embrasement mondial
Les Juifs ont été martyrisés depuis l'aube de l'humanité, et leur mainmise sur le pays le plus puissant du monde leur donne une revanche sur l'histoire. Je ne les blâme pas d'avoir accaparé le plus de pouvoir possible, et je comprends quelque part qu'ils veuillent créer un monde qui ne présente plus de risques pour leur survie. Je ne suis pas antisémite, je pense qu'un État d'Israël a le droit d'exister en paix, mais je me battrai pour qu'une minorité de pro-sionistes belliqueux, dangereux et sans conscience ne mette pas le monde à feu et à sang.

D'ailleurs, je ne suis pas sûr que les plans fumeux de l'administration Bush pour ériger des barrières de démocratie arabes et musulmanes autour de l'État hébreu réussissent. La démocratie est un phénomène endogène, elle doit venir des peuples concernés eux-mêmes, pas d'une administration d'Américains obtus, qui ont prouvé depuis toujours ne rien comprendre au monde arabe. Avec Sharon comme conseiller, ils ne risquent pas d'œuvrer pour la paix.
Pour un réveil citoyen face à la guerre
Pour ceux qui n'ont pas encore compris que l'Irak n'est que la partie émergée de l'iceberg, et que beaucoup d'autres guerres et conflits sanglants suivront très bientôt au Moyen-Orient si on ne stoppe pas Bush et son administration, le réveil sera difficile. Ils feraient mieux de se décoller le cul de leur fauteuil confortable devant leur télé, ces voyeurs, et d'aller manifester dans la rue pour montrer qu'ils sont humains, les télespectateurs des misères du monde. La démocratie participative est le seul moyen de protéger le pouvoir des peuples. Sacrifier pendant quelques heures un peu de confort pour gagner sa liberté, ce n'est pas trop cher payer.
Les prochaines cibles de l'administration Bush
La guerre d'Irak n'est que le premier épisode d'un feuilleton macabre et irréaliste. Ceci dit, si Bush a pu dorer la pilule aux Américains pour les convaincre d'aller faire cette guerre en Irak, ils vont se réveiller quand il leur annoncera que c'est maintenant le tour de la Syrie, de l'Iran, du Hezbollah, et pourquoi pas, dans la foulée, de la Corée du Nord. Les services de propagande de Bush vont devoir se surpasser. Quoiqu'ils soient très forts, ils viennent de le prouver, appuyés par une presse aux ordres du pouvoir. Ils savent y faire, ces lèche-culs pourris de Wolf Blitzer, Aaron Brown ou Lou Dobbs. La manière magistrale dont ils ont enfumé ces ploucs d'Américains leur permet d'espérer pouvoir les mener en bateau pour plusieurs guerres.
Quel avenir pour la paix au XXIe siècle ?
Quelle déception cruelle que cette guerre inique pour ceux qui pensaient que le XXIe siècle serait le siècle de la paix sur terre... L'ONU explose, une double vision du monde s'installe et divise pour longtemps les grandes puissances, l'Amérique affiche ouvertement son impérialisme et seule maintenant la raison du plus fort prévaudra. Les traités de désarmement nucléaire sont gelés pour au moins une décennie, tant qu'un équilibre des forces entre l'Amérique et le reste du monde soit rétabli. Il faut inventer une nouvelle diplomatie, former les diplomates du monde entier à des techniques adaptées à cette nouvelle donne.
Nous sommes des milliards, oui, des milliards et pas seulement des millions, dans le monde à pleurer sur la brutalité des Américains qui violent nos libertés de façon incroyable et qui continueront, car rien ne peut aujourd'hui se mettre en travers de leur puissance militaire.
Bush se croit inspiré par Dieu. Inspiré, il l'est, mais par le Diable. Et s'il continue comme il a commencé, il ira rejoindre Hitler et Staline en enfer, où il brûlera pour l'éternité. Et si les destins de Jules César et de George W. Bush sont semblables, Bush trouvera peut-être un jour son Brutus.