

Medvedev-Poutine : un ticket diabolique ?
Le président, Dimitri Medvedev, et son omniprésent Premier ministre, Vladimir Poutine, mènent sans partage la politique du pays depuis bien des années. Si le premier s'est fait connaître depuis son élection en 2008, le second est à la tête de la Russie depuis 1999 et sa nomination par Boris Eltsine au gouvernement. Depuis, il a enchaîné deux mandats de Président et, ne pouvant briguer un troisième mandat consécutif, il a dû se résoudre à reprendre le commandement du gouvernement. De nombreuses voix se sont élevées contre le leader charismatique russe qui voient en cette nomination une manipulation visant à contourner la Constitution russe pour continuer à diriger le pays.
L'opposition, menée par le célèbre Garry Kasparov (ancien champion du monde d'échecs), tente tant bien que mal de faire prendre conscience aux Russes des dérives du système Poutine. Son parti, le Front civique uni, organise des manifestations, souvent écrasées par le gouvernement, appelées "Marches du désaccord". Et ces dérives autoritaires sont nombreuses. Si le pays n'est pas un régime autoritaire, il est bien loin d'être une véritable démocratie.

Quelles sont les traces d'autoritarisme ?
En effet, à chaque élection, le résultat est systématiquement controversé par les opposants politiques qui dénoncent des fraudes (bourrages d'urnes, pression morale...). D'ailleurs, alors que la côte de popularité de Poutine ne cesse de décroître, son parti progresse pourtant à chaque législative (Russie unie n'avait que 38 % des voix en 2003 contre 65 % en 2007). L'élection de 2011 constituera un tournant décisif pour la Russie et sa démocratie.
L'impact des médias aura forcément un rôle sur les législatives de 2011. Mais pour l'heure, le Kremlin (l'équivalent de l'Élysée en France) a une certaine emprise sur eux, surtout depuis la prise d'otages de Beslan en 2004 où le quotidien Izvestia avait publié des photos "chocs". Le rédacteur en chef fut remercié de ses fonctions à la suite de ces publications. Les chaînes de télévision privées ont également vu un contrôle plus présent des autorités russes à travers une prise de contrôle via le groupe Gazprom. Pourtant, tous les médias affirment ne subir aucune pression du Kremlin...
Il en va de même pour les ONG qui sont soumises à un strict contrôle de leurs activités et qui doivent souvent rendre des comptes. Certaines ONG ne supportant plus ce contrôle exacerbé ont décidé de quitter le pays. C'est le cas, par exemple, du WWF.
Enfin, la Justice russe est elle aussi dans le viseur des opposants qui mettent en cause des jugements cléments et dénués de toute logique. La criminalité ne cesse d'ailleurs d'augmenter sous Poutine. Et que dire du racisme ? Celui-ci n'est puni que par de petites sanctions qui n'incitent pas à arrêter ces propos. L'extrémisme ne cesse de monter en Russie.
Les méthodes policières sont aussi plus que limites. Les services secrets n'hésitent pas à éliminer tous opposants néfastes au gouvernement dans le plus grand secret. Certaines zones obscures, comme en Tchétchénie, ne nous amènent pas non plus à plus d'optimisme. D'ailleurs, les attentats meurtriers d'avril 2010 seraient dus à des exécutions de Tchétchènes par les services secrets russes en forme de représailles.
La Russie s'est débarrassée du communisme autoritaire mais n'est pas encore parvenue à trouver un bon équilibre. Elle essaie de devenir une véritable démocratie mais connaît des obstacles à sa mise en place. Poutine a réussi à remettre le pays sur le devant de la scène internationale en le relevant économiquement, mais sa politique sociale est incontestablement à revoir, tout comme son omniprésence.