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La réalité socio-culturelle africaine face à la notion d'unité : le cas

L'unité africaine bute sur des obstacles socio-culturels profondément ancrés. À travers le prisme du Cameroun et de ses 150 ethnies, cet article analyse comment transformer cette diversité en levier d'intégration.

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La question de l'unité africaine est complexe et suscite un intérêt particulier sur la scène continentale comme internationale. Cette nécessité d'entraide réciproque ne date pas d'aujourd'hui : elle a pris forme il y a près de 40 ans par la création de l'OUA, toute première organisation supranationale de l'Afrique indépendante. Les contours de l'unité ont-ils été mal définis, ou simplement difficiles à atteindre ? La question reste d'actualité.

L'objectif premier des États africains était et reste la recherche d'une action commune sur le plan politique et économique, dans le cadre d'un organisme d'intégration et non celle d'un état de consensus généralisé et de globalisation unilatérale. Nous pouvons ainsi concevoir le concept d'unité africaine comme une réalité destinée à s'affirmer à travers une dynamique endogène d'essence africaine. Face à l'égocentrisme des uns, au patriotisme exacerbé et à la dénaturation grandissante des autres, l'afro-pessimisme s'érige en emblème continental et empêche la réalisation d'un programme aussi exceptionnel que celui-ci.

Comment réaliser cette unité à l'échelle continentale si chaque pays africain se voit dans l'incapacité d'affirmer sa propre identité politique, économique et surtout socio-culturelle ? C'est sur ce dernier aspect que nous axerons nos propos. Pour matérialiser l'obstacle socio-culturel à la réalisation de l'unité africaine, nous analyserons le cas du Cameroun.

Diversité ethnique au Cameroun : obstacle ou richesse ?

Au Cameroun, comme partout en Afrique, le potentiel humain s'identifie par sa diversité. Situé en plein cœur de l'Afrique, le pays du « Char des Dieux » aurait été, dans des périodes reculées, le point de convergence de nombreuses migrations de peuples venus pour la plupart de la Vallée du Nil. C'est ainsi qu'on y retrouve dans sa partie septentrionale les Kotoko (descendants des Sao), les Arabes Choa, les Mboum et surtout les Peuls arrivés au début du XIXe siècle sous la conduite d'Adama. Plus au sud, c'est le domaine bantou issu de la frontière nigéro-camerounaise (Dikoa) et à l'ouest, les semi-Bantous qui partagent des liens historiques et traditionnels avec les Tikar.

Au total, plus de 150 groupements ethniques disséminés sur une superficie de 475 000 km², chacun d'eux porteur d'une vision spécifique du monde : la tradition du grenier en pays Bamiléké, le caractère belliqueux des Eton, la galanterie Sawa et l'air bonasse des Kirdi. Cette diversité ethnique conditionne à certains égards l'appartenance aux partis politiques et pose l'épineux problème de la répartition des bénéfices du travail. L'action gouvernementale se trouve ainsi freinée par de multiples doléances aussi contradictoires les unes que les autres.

Héritage colonial et inégalités régionales

Il s'agit pour la plupart des régions côtières qui furent les premières à s'initier à la diplomatie et qui bénéficièrent des premiers postes dans l'administration coloniale (Douala et Beti). Sur un autre plan, le Cameroun présente une mosaïque de religions fort disparates. Le traditionnel « animisme » ayant cédé la place à l'évangélisation christiano-musulmane, le dualisme religieux s'impose en avatar suspect aux contours obscurs. Dans ce pays où l'oisiveté des jeunes, l'insécurité et la pauvreté ambiante constituent le lot quotidien des hommes, les sectes et autres organismes peu recommandables y trouvent un terrain fertile d'évangélisation et/ou de perversion spirituelle.

Rivalités interethniques et héritage linguistique

Au-delà de l'aspect religieux, soulignons les rivalités qui opposent momentanément les groupements ethniques, conflits justifiés soit par des conquêtes hégémoniques, soit par des rancœurs séculaires datant de la période esclavagiste. Par ailleurs, le contraste aveugle opposant le « motoh » (fils de l'étranger) au « mola » (fils du pays) souligne l'orgueil et la spécificité culturelle des différentes ethnies. C'est peut-être la seule chose qu'elles aient en commun : le fait de glorifier la loi sacrale du mariage inter-clanique.

Les aires linguistiques héritées de la colonisation (anglais et français) sont d'un apport déterminant dans l'illustration de l'obstacle socio-culturel à la réalisation de l'unité. Le Southern Cameroon National Council (SCNC) revendique toujours la souveraineté de l'ancien sud Cameroun britannique.

Valoriser la diversité culturelle pour l'unité africaine

Au vu de tout ce qui précède, on est poussé à croire que l'ennemi de l'Afrique, ce sont les Africains eux-mêmes. Cependant, se cantonner dans une telle affirmation serait vider de son sens premier la notion de diversité culturelle qui pourrait également désigner un signe de richesse et de variété. L'issue pour les Camerounais et pour les Africains en général se trouve dans la valorisation des principes fondamentaux de leur culture : la famille, l'amour, le respect des personnes âgées et la solidarité.

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ddnat@france-jeunes.net
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