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Monde

La prison désinsère

Avec 60 % de récidive après libération, l'échec de l'insertion en prison est manifeste. Surpopulation, manque de personnel et peines alternatives délaissées : retour sur un système à la dérive.

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Les peines carcérales ont trois objectifs : protéger la société des délinquants, punir et permettre l'insertion. Pourtant, 60 % des sortants de prison récidivent dans les cinq ans suivant leur libération. Parmi les récidivistes, 40,7 % ont été condamnés à de nouvelles peines d'emprisonnement ferme.

L'insertion des prisonniers pose donc problème en France. Un décret du 13 avril 1999 a permis la création, dans chaque département, d'un service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) dont la mission principale est de faciliter l'insertion et l'accès aux droits des personnes concernées. Avec 2 000 travailleurs sociaux en 2002 contre 3 000 en 2006, le nombre reste insuffisant : cela ne fait qu'un travailleur social pour 100 détenus.

Surpopulation carcérale : un obstacle à l'insertion

La population carcérale ne cesse d'augmenter. Les prisons lyonnaises de Saint-Paul et Saint-Joseph, qui datent du XIXe siècle, ont une capacité de 364 places mais accueillent actuellement plus de 850 détenus. Certaines cellules de 9 m² reçoivent quatre détenus. Les surveillants, qui se doivent de participer à l'insertion des prisonniers, ne peuvent les aider à cause de cette surpopulation.

Selon un sondage de l'institut Fournier, 94 % des Lyonnais souhaitent que l'État facilite les formations et études en prison. Une personne incarcérée à la prison Saint-Paul explique que l'enseignement et le travail ne sont réservés qu'aux meilleurs détenus, après avoir « demandé de très nombreuses fois aux surveillants ». Les séances d'études sont plus ponctuelles que régulières car il arrive souvent que les gardiens oublient d'aller chercher les prisonniers.

Sortie de prison : 130 euros et peu de perspectives

Des associations travaillent en partenariat avec le SPIP pour faciliter l'insertion des prisonniers. Soixante pour cent des sortants déclarent ne pas avoir d'emploi — notamment les femmes, les étrangers, les moins de 25 ans et les plus de 40 ans. Des agents ANPE/Justice, saisis par le SPIP, proposent des offres d'emploi aux détenus durant leur détention. Mais le prisonnier ne peut faire de démarches et encore moins d'entretien. Le président de l'association Companio pense « qu'il est impossible qu'un employeur propose une embauche à un prisonnier qu'il n'a jamais vu ».

Le GREP (Groupe pour l'emploi des probationnaires), depuis sa création il y a 20 ans, n'a permis qu'à 4 600 personnes sur 10 000 d'obtenir un emploi définitif. Son responsable ajoute que beaucoup de personnes n'ont pas leur place dans un établissement pénitentiaire : 20 % selon le récent rapport du comité consultatif national d'éthique. Un quart des détenus ont des problèmes psychiatriques. Le responsable du service médico-psychologique Rhône-Alpes assimile même la prison à « une école de la régression ».

Des peines alternatives trop peu utilisées

La vie sociale carcérale reste difficile. Seulement 10 permissions de liberté ont été accordées pour la période de Noël et 7 demandes de libérations conditionnelles ont été acceptées durant l'année 2005. Un autre sondage de l'institut Fournier révèle que 75 % des Lyonnais souhaitent la favorisation des peines alternatives. Décidées par les juges d'application des peines, elles sont trop peu utilisées. Le nombre de personnes placées sous surveillance électronique baisse et s'établit à 699 pour les 59 303 détenus au mois de juin 2006 selon le Nouvel Observateur. En cinq ans, les peines de travail d'intérêt général ont diminué de 25 %.

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albertlondres
Jérôme Huchon @albertlondres
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