Image 1
Monde

La pictosculpture

La pictosculpture est un art nouveau fusionnant peinture et sculpture. Découvrez Dissakè, l'artiste camerounais initiateur de ce mouvement révolutionnaire.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Le Cameroun est le berceau de l'humanité. Tout le monde le sait. Ce que vous ignorez encore, c'est que désormais notre cher et beau pays va, une fois de plus, entrer dans l'histoire. En effet, c'est sur cette terre qu'une nouvelle école artistique a vu le jour. Je vous parle d'une détonante fusion entre la peinture et la sculpture. Ce que le linguiste Valère Epée a nommé : la Pictosculpture. Il l'a définie comme « un art nouveau qui n'est ni image ni sculpture. C'est les deux réunies », et « Dissakè en est l'initiateur ». Retenez bien ce nom, Dissakè, puisque c'est ainsi qu'il signe ses œuvres. Il réside et travaille à Babenga, un village situé à une quinzaine de kilomètres de Bonabéri, dans l'arrondissement de Douala IV, près d'une petite bifurcation asphaltée au départ de la ville de Limbé.

Image 2
Babenga, qui signifie « ceux de la continuité », est niché au cœur d'une forêt d'arbres géants aux longues lianes aussi abondantes qu'importantes. Il faut noter que la liane est utilisée pour fabriquer la canne des Chefs, et même les ornements destinés à la chefferie, une technique que notre artiste maîtrise bien. Hasard ou prophétie ? C'est en effet dans cet univers purement traditionnel que dame nature a choisi, il y a 26 ans, de faire venir au monde Élie Dissakè Dissakè Michel. Désireux de se consacrer entièrement à l'art, il interrompt ses études en 2ème année d'Arts plastiques à l'Université de Douala. Il va travailler avec le peintre Delphin Neo, par exemple, et sera longtemps inspiré par des artistes peintres camerounais tels que Joe Kessi, Jean Émati, Franck Mbella... entre autres.

Une rencontre va cependant changer sa destinée, faisant écho à un adage qui dit « vaut mieux chercher longtemps avant de trouver que de trouver sans longtemps chercher ». Sur les recommandations du poète Valère Epée, il va effectuer un passage initiatique d'un mois à Bonendale, aux côtés de l'illustre peintre camerounais Joël Mpah Dooh. C'est à partir de cette expérience que va s'opérer le déclic dans l'être et l'esprit de Dissakè. Le jeune artiste avoue s'être retrouvé dans une période trouble, l'esprit tout entier tiraillé entre le désir de grandir en esprit qui s'imposait à lui comme l'ultime mais nécessaire état à atteindre, et le quotidien, réalité des humains avec ses distractions abrutissantes. C'est bien après des déboires pour donner un sens à ses tourments qu'un jour, en observant une liane lors d'une promenade en forêt, il va avoir, enfin, une idée de ce qu'il pouvait en faire. Il avait trouvé sa voie.

Dissakè s'inspirera désormais des sculptures faites par la nature elle-même, et les associera ensuite à ce qu'il sait faire à son tour : la peinture et la décoration.

Qu'est-ce que la pictosculpture ?

Aujourd'hui, il nous ouvre les portes de son antre pour laisser parler son art. Un univers dans lequel liberté de la créativité et liberté d'expression prennent une nouvelle dimension pour n'évoluer qu'en parfaite symbiose jusqu'ici jamais connue. Tandis que l'une s'affirme à travers des matériaux comme le bois, la tôle, l'argile, le sable, le tissu de palmier, de vieux réservoirs de lampe pour « rendre l'inutilisable utile », ou la liane pour encadrer le tableau ; l'autre excelle dans la manière de nous raconter le vécu en parlant de l'immigration des Africains vers des chimères, du retour aux sources, aux choses du mboa, du néocolonialisme, ou encore de la musique en esprit (« musiki o mudi », du nom d'une de ses pictosculptures).

Petit-fils de Chef et filleul d'un linguiste Duala, Dissakè s'attelle, comme il le peut, à valoriser la langue Duala, déjà chargée d'histoire, en donnant à la plupart de ses œuvres des noms ou expressions exclusivement Duala. L'artiste peintre sera en exposition la semaine prochaine au parc des princes du 1er au 8 août 2009. Ceci dans le cadre du « tété combo », semaine culturelle à l'honneur de Rudolf Manga Bell, célèbre résistant camerounais qui s'est battu contre l'expropriation des terres du peuple, et avant lui le Chef Kum'a Mbappe (Canton Bonabéri).

As-tu aimé cet article ?
ebelle
ebelle @ebelle
1 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...