

Un continent pillé et dévasté
Mais quelle est donc cette nouvelle donne ? Où et comment s'est-elle manifestée ?
Du Venezuela de Chávez à l'Argentine de Kirchner, en passant par le Brésil de Lula et la récente élection de l'ancien syndicaliste cocalero en Bolivie, Evo Morales, l'Amérique Latine est en effet balayée par une vague radicale. Abritant des réserves gigantesques de gaz, pétrole, minerai, charbon, cuivre mais également très pourvue en richesses agricoles (sucre, café, soja, sel, viande, etc.), celle qu'on appelle une "sous-Amérique" (n'avez-vous pas remarqué que les Américains sont toujours les habitants des États-Unis ?) entend aujourd'hui porter un coup sévère à ce capitalisme dévastateur, prédateur et générateur de misère.
Un exemple pour étayer ces affirmations ? La région de Potosi, en Bolivie, hier capitale de l'or dans le monde, compte encore aujourd'hui le plus grand nombre de mines du continent sud-américain (donc normalement une source de développement économique, sanitaire et culturel considérable), et paradoxalement présente le taux d'analphabétisme le plus bas, une répartition des richesses basée sur un modèle oligarque influent, une espérance de vie plus qu'indigente (64 ans), et une malnutrition qui tend à gagner du terrain. Les espoirs d'une révolution marxiste-guévariste sont par conséquent tout à fait légitimes. Dès lors, le changement est à l'ordre du jour, largement édulcoré : remise en cause du "modèle néolibéral" et de "l'État colonial", nationalisation des ressources naturelles (en particulier les hydrocarbures), réforme agraire, revalorisation des langues indigènes, avenir échafaudé par l'éducation, etc.

Une révolution moderne et indépendante
Les différences avec les méthodes russes ou chinoises sont notamment visibles : ici, c'est une majorité (indienne, africaine, métisse) qui est opprimée par une minorité blanche judéo-chrétienne. En Chine et même en France, le peuple est à l'image — que l'on veuille ou non — de ses dirigeants politiques et économiques : même couleur de peau, mêmes codes sociétaux, même errance culturelle. Ceci est donc une différence notable à ne pas négliger. N'en déplaise aux bien-pensants ou autres marchands d'opinions surannées, une prise de pouvoir en France, calquée sur la Charia ou l'idéologie monarchiste, serait donc contraire aux aspirations d'une majorité de la population... comme au Venezuela, au Paraguay, en Bolivie et au Brésil !
C'est cette vivacité et ce courage spécifiques aux mouvements et soulèvements des masses populaires d'Amérique Latine qu'il faut retenir comme leçon essentielle par tous les citoyens dans leur lutte contre le capitalisme financier et autres régimes impérialistes sévissant également dans le reste du Tiers Monde. Il va de soi que ces victoires apparaîtront comme des défis lancés aux transnationales, au gang Bush et à la clique fondamentaliste-islamiste qui ne reculeront devant rien pour détruire ces régimes, qui fleurissent dans toute l'Amérique Latine et le Tiers-Monde, quand bien même ils ont acquis une légitimité démocratique par le biais du suffrage universel.