
Partis il y a une semaine passer des vacances, ces Martiniquais n'auraient jamais imaginé que ce McDonnell Douglas MD-82 deviendrait leur tombeau. La Martinique n'aurait jamais imaginé perdre 152 de ses enfants le même jour et vivre le plus grand choc de ces 100 dernières années. Aucun événement depuis l'éruption de la Montagne Pelée (qui avait fait 30 000 morts en 1902) n'avait autant ébranlé notre île.

Le 16 août 2005, pour les 160 personnes embarquées sur ce vol quittant Panama City aux environs de 23 h, la perspective était de rejoindre Fort-de-France vers 3 heures du matin. Leurs proches présents à l'aéroport n'imaginaient pas l'horreur des événements qui allaient suivre. On ignore toujours pourquoi les deux moteurs de l'avion ont rendu l'âme presque simultanément. Défaut de carburant, négligence ? On n'en sait toujours rien. Une chose est sûre : le pilote a lancé un appel de détresse et l'avion s'est écrasé sur une hacienda de Maracaibo au Venezuela en tentant d'atterrir à l'aéroport vénézuélien. À cet instant, il n'y avait pratiquement plus d'espoir de retrouver des survivants.
Ici, on ignorait encore cette catastrophe, et des enfants, des parents, des époux et épouses attendaient des proches qu'ils ne reverront jamais. Quand la nouvelle tombe vers 6 heures du matin, on veut encore croire en la survie, des miraculés qui auraient pu échapper à la catastrophe. Chacun pensait que sa femme, sa fille, son époux, sa mère avait pu être sauvé.
Et ce matin-là, la Martinique se réveille en apprenant que 152 de ses enfants ont peut-être perdu la vie. Hypothèse qui se confirme vers 10 h : IL N'Y A AUCUN SURVIVANT. 152 morts, 152 vies brisées, 152 Martiniquais, laissant derrière eux des orphelins, des veufs, des familles éplorées et un pays sous le choc.
L'ancienne aérogare, trop petite pour accueillir les familles et amis, tremble à l'annonce des noms. Le temps se suspend et des cris déchirent l'assistance. Le poste médical avancé et la cellule d'aide psychologique sont débordés. Le choc est total.
Aujourd'hui, le pays est sous le choc et chacun a le sentiment d'avoir perdu quelqu'un. La grande famille martiniquaise est en deuil. Il nous faudra du temps et du courage pour surmonter cette épreuve. Restons solidaires et aidons notre pays à panser ses plaies, enterrer ses morts et repartir du bon pied.