
Après la publication du rapport de la Commission le 11 décembre 2003, un projet de loi sur la laïcité est "décidé", bannissant les signes religieux de l'école. Elle est rédigée comme suit :
Article 1 : Dans les écoles, collèges et lycées publics, les signes et tenues qui manifestent ostensiblement (sans discrétion, en cherchant à les montrer, ndr) l'appartenance religieuse des élèves sont interdits.
Article 2 : Cette loi est applicable en Nouvelle-Calédonie, à Wallis et Futuna et à Mayotte.
Article 3 : Cette loi entre en vigueur à la rentrée de l'année scolaire qui suit sa publication.
Actuellement, le débat parlementaire n'a pas encore eu lieu. Le projet de loi a cependant été autorisé à commencer la navette parlementaire lors du Conseil des Ministres du mercredi 8 janvier 2004.

Pourquoi l'UNL s'oppose à cette loi en 10 arguments
1) Une loi sur la laïcité n'est pas fondée : de nombreuses circulaires existent déjà et seront beaucoup plus complètes que l'énoncé de cette loi, trop générale et vague. Ainsi donc, il faudra s'en remettre à des interprétations, qui seront elles aussi présentées par des circulaires. Cette loi est donc inutile et n'apprend rien de nouveau.
2) Une loi ne peut résoudre les problèmes de laïcité. L'UNL tient à réaffirmer que la laïcité doit garantir la liberté des consciences et des cultes. Une éventuelle loi sur la laïcité doit mettre en place les conditions du respect des croyances, de la liberté et de l'intégration, d'un vivre ensemble fondé sur la fraternité et la solidarité.
3) Cette loi était à la base créée pour mettre un terme aux problèmes récurrents de voile islamique dans les écoles. Or, bien au contraire, cette loi sera un sujet de discorde pour les chefs d'établissements. Au lieu d'assister à un apaisement par la loi, on risque un embrasement dans les collèges et lycées en créant de nouvelles tensions. En effet, on nie même l'importance du dialogue dans le règlement de ces conflits, alors que maintenant on en appellera directement à la loi !
4) La Commission Stasi avait proposé une loi sur la laïcité complétée par un enseignement du fait religieux, et avait proposé d'établir des jours fériés pour la religion juive et musulmane. Seule la solution répressive, à courte vue, a été retenue par le Ministère de l'Éducation Nationale. En conséquence, le message est tronqué et semble vraisemblablement destiné à exclure plutôt qu'à intégrer.
5) Cette loi apparaît donc comme purement réactionnaire au problème du voile et exclut la communauté musulmane, alors qu'elle est la seconde de France.
6) En ayant recréé un débat sur la laïcité en France, le gouvernement joue avec le feu. En effet, on assiste à des démonstrations de force des camps extrémistes. On parle de "contagion islamique", le débat dévie vers une escalade raciste. Mais n'oublions pas non plus que ce débat suscite aussi un réveil des extrémismes religieux.
7) Aujourd'hui, en campagne pour les régionales, cette loi dévie vers une exploitation politique de ces mêmes extrémismes religieux, visiblement pour attirer l'attention des électeurs du Front National, qui joueront le rôle d'arbitres. Inutile de faciliter la tâche de ce parti xénophobe, qu'il faut au contraire combattre en réaffirmant que la tolérance est un principe fondateur inaliénable.
8) Si le problème posé est celui de la fonction humiliante du voile islamique pour les filles musulmanes, l'UNL répond que l'éducation a toujours été le meilleur garant de l'émancipation. La loi ne peut, dans les lycées, que susciter un durcissement brutal des positions. L'éducation est la seule qui puisse modérer les esprits.
9) Si le problème posé est celui de l'intégration de la communauté immigrée, ce n'est pas par une loi que l'on parviendra à transformer la situation, "d'un coup de baguette magique". Il faut reconnaître que la société française est multiculturelle et ne pas prétendre qu'une culture est meilleure qu'une autre. (Historiquement, c'est toujours là où il y a eu des brassages interculturels que le progrès a été le plus retentissant - exemple : caravansérails. Ndr)
10) Il n'est pas normal que les lycéens n'aient pas été consultés alors que ce sont eux les premiers concernés par cette loi.
Les revendications de l'UNL
Avec tous les syndicats de l'éducation, nous demandons simplement que cette loi soit réétudiée dans un climat plus calme. Il faut défendre la laïcité, mais pas en excluant ceux - et surtout celles - qui posent des problèmes. C'est en affrontant directement ceux qui œuvrent pour le repli sur soi et sur sa religion.
Pour plus d'infos : le site de l'UNL, premier syndicat lycéen.